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« La souffrance et la réalité concrète des tentatives expérimentales »
Claude Sigala
Article mis en ligne le 26 avril 2004

par r-c.
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Notre souci est de pérenniser le lieu. Ce que je n’arrive pas à comprendre c’est pourquoi les mouvements restent autour de quelques individus et personne d’autre ne s’intéresse et vient. Pourquoi les anars ne sont-ils pas dans le coup ? Pourquoi ne viennent-ils pas au Coral ? Pourquoi sommes-nous si isolés ? Pourquoi les technocrates nous soutiennent-ils parfois plus que les anars ? Il faut dire cela, sinon on fait de la nostalgie.

On va essayer de faire un colloque sur « vivre avec » an mai ou juin à Montpellier. Autant le Coral est une expérience vitrine, est connue, autant pour moi c’est un échec politique. Le problème n’est pas que les jeunes qui viennent chez nous soient intégrés dans la société mais que leur différence soit acceptée par la société.

Si je suis autiste ou psychotique, ce n’est pas ma faute, c’est la société qui m’a fait ainsi et doit accepter ma différence.

Ce qu’il faut mettre en avant c’est la microstructure. Il faut partir de la « molécule ». La seconde réalité c’est la problématique du morcellement. Les problèmes que nous avons — schizophrénie, délinquance, etc. proviennent du morcellement. Celui-ci est voulu par tout pouvoir, y compris le mien. Nous-mêmes sommes morcelés, pris par cinquante choses.

Le problème apparaît quand le morcellement nous enferme dans une catégorie, une étiquette. Dans ce cas on crée des lieux pour les autistes, etc. ce qui est une folie. On crée des foyers pour toxicomanes, comme s’ils ne pouvaient vivre en société. Et cela est fait au nom de la sécurité « on les met ensemble parce qu’ils seront ainsi protégés ». Il y a réussite justement parce qu’ils ne sont pas ensemble mais avec d’autres jeunes différents, des autistes, des psychotiques, etc.

Il est faux de dire que l’autiste ne communique pas : il communique avec des moyens différents, car il n’a pas été capable, à un stade de sa vie, de franchir certains caps. Il y a aussi des problèmes physiologiques qui entrent en jeu. Quand on le met dans l’accueil, l’amour.

Un autre concept important est la créativité. La seule thérapeutique du médicament ou de la psychanalyse ne suffisent pas. La créativité, c’est donner à l’individu les moyens de se révéler en tant qu’humain. Créer ce n’est pas être Van Gogh, mais de mettre quelque chose à côté de soi, faire naître un légume ou un poussin, être capable de porter et de partager de l’amour.

Le problème lorsqu’on entre dans une institution, c’est qu’on est automatiquement étiqueté. Dans la réalité il n’y a que des étiquettes. Les autistes souffrent d’être ainsi étiquetés, de même les délinquants, surtout quand vous êtes ensemble dans une institution pour autistes ou pour toxicos. Les étiquette c’est de la mort aux rats.

Nous n’avons pas réussi à être politiques. Nous sommes toujours prisonniers d’un enfermement de spécialistes et nous n’avons pas réussi à accepter la différence. C’est difficile à vivre de voir un enfant se masturber devant toi. Quand un garçon ou une fille font un acte délictueux, ils le font parce que la société est malade. Tant que nous ne serons pas capables de vivre avec la différence de l’autre, nous serons enfermés.

L’expérimentation du Coral est en train de se pérenniser sans ses fondateurs. Nous avons eu des gens motivés, pas des spécialistes qui nous ont toujours boudés.

Les libertaires ont peur des fous. Que fait-on de notre cohésion dans notre vie ? Il faut trouver des liens, du sens.

Il y a actuellement un retour violent des électrochocs dans les hôpitaux psychiatriques, énormément de médicaments qui renferment ; ce n’est pas l’enfermement carcéral mais ils sont aussi violents. On file des piqûres. L’électrochoc crée des effets dont on ignore scientifiquement les conséquences. On stérilise les femmes qui sont considérées débiles. Il y a des tuteurs qui les font stériliser.

Il y avait eu en 68 un effort pour faire tomber le morcellement, mais on est revenu dessus. Il y a eu un grand mouvement d’antipsychiatrie, avec Battaglia en Italie, Laing, etc.

Thyde : Depuis quatre ans, en hôpital, on soigne des enfants pour « hyperactivité ». Il y a une volonté pour rendre génétiques certains comportements. Il y a une incapacité générale du monde actuel pour accepter les gens qui ne marchent pas dans les clous.

Sigala : Il est étonnant qu’il n’y ait pas de débat plus violent dans la société.

Compte-rendu par Ronald Creagh. Cet exposé a été présenté aux Rencontres de Bieuzy (1999. Hommage à Ferrer)


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