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Table ronde « Écoles en liberté » Penser l’éducation... ou panser l’éducation ?
Article mis en ligne le 26 avril 2004

par r-c.
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Evelyne Hugues, Joseph Rio, Catherine Pasco, Fabrice Le Restif.

Evelyne Hugues, "La vie, la mort et l’éducation".

Quand je suis devenue enseignante, je me suis ennuyée à l’école alors que ce n’était pas le cas quand j’étais élève.Je me suis spécialisée comme enseignante en hôpital depuis 1976 et je suis auteur de « La maîtresse de l’hôpital ». En 1985 mon travail a considérablement changé car j’ai instauré le travail à domicile pour les enfants qui souffraient d’une pathologie lourde. A l’hôpital, j’étais « protégée » par les murs de l’institution. A partir du moment où je suis allé à domicile, mes rapports avec les enfants et les parents ont considérablement changé.

Je me suis mis à écrire un roman. Pourtant, je n’avais aucune envie de parler de mon métier.

J’ai beaucoup appris dans mon travail. Il ne s’agissait pas d’utiliser telle ou telle pédagogie. L’hôpital est un monde clos, seul compte l’intérieur de l’hôpital. A l’époque, les enfants faisaient de longs séjours à l’hôpital, ils y étaient enfermés.

La présence de l’enseignement à l’hôpital apparaît comme une rupture. Il y a maintenant un travail en classe avec les enfants qui ne font que passer — souvent à peine trois jours — on bloque tout sur cette période.

Les enfants en chambre qui ne peuvent se déplacer : je vais les voir.

Je vais à domicile pour les enfants que j’ai connus par l’hôpital ou qui me sont signalés par d’autres. Par exemple des enfants accidentés pour quelques mois ou qui ont une pathologie lourde qui entraîne des absences à répétition. Dans le contexte de la maladie grave, l’enfant vit l’enseignant comme une espèce de normalisation, car il a été marginalisé par la maladie.

Il est important que je ne sois pas là pour les remettre dans une situation d’échec. Il faut, même pour les très bons élèves, atténuer le retard personnel qu’ils vont nécessairement prendre.

...

Joseph Rio

Il est important de créer tout un vocabulaire en breton des données mathématiques, scientifiques, etc.

Apprendre à vivre en breton a choqué, gêné un certain nombre. Cette méthode est très efficace. C’était valable pour d’autres langues, ça l’est aussi pour le breton.

Le breton a une construction syntaxique très mobile, très malléable, qui ressemble sur ce pont à l’allemand. C’est très différent du français de ce point de vue car il n’y a pas d’équivalent syntaxique, il faut changer de système syntaxique pour passer au français. Les Bretons vivent depuis des siècles la même culture que les Français, même s’il y a eu une présence de l’Eglise très forte, les structures mentales des Bretons ne sont pas différentes de celles des Français.

Catherine Pasco : Le choix du breton ne se fait pas forcément en fonction d’une idéologie, il peut se faire en fonction de ce qu’on a vécu. Pour moi, c’est un enracinement solide.

Question d’une auditrice : L’éducation en breton est-elle plus libertaire nécessairement ? L’éducation à la maison ne fait-elle pas des individualistes ? Si les enfants sont tous ensemble, ils peuvent comprendre les différences ?

Joseph Rio : Les problèmes idéologiques se posent en Bretagne comme en France. Le système des écoles bilingues subit les mêmes aléas que l’enseignement primaire dans l’enseignement public. Choisir de donner à ses enfants un enseignement dans une langue donnée contraint dans une certaine mesure à changer les méthodes pédagogiques car les effectifs sont moindres très souvent. Que les courants idéologiques, nationalistes etc. traversent les courants bretons ou autres c’est évident, les manuels des uns ou des autres ne sont pas plus révolutionnaires ni conservateurs que les autres.

On est dans le cadre d’État-Nation, que ce soit en Catalogne ou en Bretagne. Le nationalisme catalan ou breton sont des réalités assez fortes. Tout nationalisme a quelque degré de fanatisme.

Il y a eu en gros deux conceptions de l’enseignement public : pour Condorcet, l’égalité des droits (pas des chances, ce qui est autre chose), ne pas laisser les enfants sur les bords de la route. Seul un service public peut assurer l’égalité des droits. Il fallait se baser sur une méthode cartésienne, raisonnée, qui ne se contentait pas d’informer mais d’instruire.

Cette manière de voir ne plaisait pas aux jacobins qui pensaient qu’il fallait une éducation nationale. L’éducation nationale demande des enjeux publics pour se retrouver en communauté. Le besoin de communautarisme importe plus que celui des connaissances et, d’une certaine manière, c’est très autoritaire. C’est cette conception des jacobins, qui s’appuie sur la loi, représentant la volonté générale, qui va triompher.

Cent ans plus tard, on a parlé de Jules Ferry, pour s’en gausser. La bourgeoisie n’avait plus les mêmes besoins économistes — et Jules Ferry faisait partie de cette bourgeoisie. Il ne faut pas oublier que ces enseignants ont débarrassé le monde ouvrier de la chape du cléricalisme.

Encyclopédie anarchiste : L’humanité progresse quand elle s’instruit, même mal. Il ne faut donc pas exclure l’enseignement public.

Un militant syndicaliste, anarchiste ne doit pas oublier ces dimensions.

Fabrice Le Restif.

- Atomisation du service public dans le cadre de la décentralisation.

- Les grandes décisions sont prises dans le cadre européen.

- La loi d’orientation de Jospin : autonomie des établissements, privatisation, contrats d’objectifs. On assiste au développement du pouvoir des conseils d’administration où entrent les payeurs, la police, etc. Contrats éducatifs locaux, municipalisation de l’école, en fonction des couleurs politiques, des groupes de pression. On aura ainsi du n’importe quoi. Par ce biais, on peut imaginer que le maire donne ses ordres au maire. C’est le retour à l’école du 19e, les féodalités, les petits châteaux et les églises. Multiplication des contractualisations... Et tout cela va de pair pour casser l’éducation nationale.

Derrière tout cela on trouve une logorrhée pédagogique qui masque l’inégalité des élèves devant l’instruction. Ainsi dans l’avenir et même dans le présent, on aura des variétés d’horaires. On a une nouvelle réglementation européenne qui va permettre le travail des enfants de 14 ans. A Bordeaux, le recteur a accepté de commencer les lycées professionnels en juillet pour que les élèves de la restauration puissent faire leurs stages en été et remplacer ainsi les personnels utilisés par les entreprises de restauration.

On demande aux enseignants d’évaluer les conduites sociales des élèves, donc à avoir des comportements de flics.

On n’a plus de travail mais une activité d’insertion. On peut donc dire avec Reclus que « la revendication redevient d’actualité ».

Joseph Rio. Si l’éducation en breton est actuellement proposée, ce qui est le cas des conseils généraux, c’est pour des raisons économiques et sociales car on pense au tourisme et aux particularités régionales. On vend la culture bretonne comme on vend le cochon breton, ça marche bien. On fait danser la musique celtique à la planète entière. Ce n’est pas forcément de la culture bretonne.


Compte-rendu par Ronald Creagh. Cet exposé a été présenté aux Rencontres de Bieuzy (1999. Hommage à Ferrer)


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