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Lyon 22 mai 2004 Matin. Tour d’horizon
Article mis en ligne le 6 juillet 2004
dernière modification le 25 mai 2004
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Lyon, 22 mai 2004 Matin. Tour d’horizon

Ronald présente sa lecture de quelques approches : Bookchin, Colombo, Colson, Clark, Thévenet.

Il se pose surtout la question de l’adéquation de l’anarchisme aux problèmes contemporains : catastrophes écologiques, guerres, ethnocides etc. Il est important de voir les différences entre les regards américains et européens, par exemple les questions de postmodernité, d’essentialisme etc. mais cela aussi semble un détail par rapport à l’immense actuelle inadéquation du travail intellectuel par rapport aux besoins urgents actuels des humains et de la planète.

Francis.- Ma position est que je suis super isolé dans l’université en tant que chercheur. C’est un problème psycho, humain. Donc content de voir que d’autres gens avec lesquels on peut discuter, échanger.

Je ne me sens pas isolé en termes militants, il y a beaucoup de militants au Québec, mais en université je me sens hyper isolé. On est donc presque dans le psychologique.

J’attends de cette réunion voir ce qu’on travaillait, on sortirait avec plus de questions, mais en réfléchissant ensemble.

A part les livres, en termes de milieu universitaire, les gens sont très rigoureux en termes de travail, mais ils ne sont pas très politiques. Dans les workshops, ils se mettent dans la perspective de celui qui écrit, donc très bon travail académique, mais pas de débat politique. C’est machinique, ils sont très bons, mais restent dans leur cadre méthodologique de construction de texte, mais pas dans le cadre philosophique.

Pour plusieurs universitaires, parler d’anarchisme en France avait un sens. Ici ils sont à côté des trotskystes, des pc, etc. Alos qu’au Québec, ça se vrait comme si on parlait des papous.

Ce serait la même chose que si on parlait d’extrême-droite : ce serait une aberration.

Jesse

Je suis très ouvert, j’aime les conversations qui laissent les portes ouvertes. J’aimerais voir les liens qui émergent, aussi bien que les différences. J’aimerais éviter que l’on tombe dans les arguments répétitifs ou dans des positions figées.

Y a-t-il un sujet que tu voudrais discuter ?

J’aimerais discuter de deux choses que j’ai particulièrement à l’esprit en ce moment : le débat entre Colson Thévenet et Colombo, particulièrement certains points ; et le texte de John sur les microcommunautés de libération .

John : si nous voulons en discuter, il faudrait le texte.

J’ai envoyé des textes à Alain et Ronald.

Il faudrait avoir les textes, car sinon je n’ai aucune idée de ce dont il s’agit.

Alain :

Que chacun dise le cheminement qui l’a amené à ce qu’il pense actuellement et les soucis qu’il a par rapport à l’anarchisme ou la vie en particulier.

(A Ronald ) : Je suis surpris que tu dises que pour moi le bonheur est l’objectif principal. Je précise que je ne suis pas universitaire, psychologue de profession, très marqué par Wilhelm Reich, et l’idée de bonheur m’est assez proche. Passant mes jours et mes nuits avec Godwin, les encyclopédistes du 18e siècle, j’ai tendance à considérer que la philosophie politique est dans la recherche du bonheur commun. Toute la discussion sur les groupes affinitaires m’intéresse, personnellement, en tant que membre de l’ACL mais aussi à la CNT, qui au départ était syndical, mais les affinités assez profondes se créent.

Ce qui me travaille en ce moment c’est l’idée qu’on est anarchistes, du côté des gens reconnus, mais nous n’avons aucune possibilité de contact avec toute une partie de la population aliénée par le système, qui ne nous voient qu’assimilés à toute la catégorie des politiciens différents d’eux.

I l y a des groupes affinitaires parmi les « voyous » de banlieue. J’ai cru que vous voyez un côté positif dans les affinités. Mais il y a aussi des affinités entre tortionnaires… Pour moi la raison n’est pas quelque chose de figé, mais qui pousse à la curiosité, à l’ouverture.

Je veux opposer la raison raisonnable, du pouvoir, à la raison raisonnante qui fait que toute évidence est remise en question ; les élèves raisonnables, qui sont obéissants , travaillent bien etc. et les « raisonneurs » qui remettent tout en question.

Daniel :

j’ai un problème assez proche de Francis sur la position académique et l’implication politique. Je l’éprouve notamment en sociologie : je me heurte à des espèces d’experts. Je me sens concerné par la possibilité d’une approche très rigoureuse et très impliquée en même temps.

Les étudiants choisissent des sujets de recherche, sont pris dans une machine universitaire qui fait tout un travail de couper toute implication subjective et personnelle pour une espèce de sociologie que je déteste. Je souhaite qu’un truc commun paraisse à l’échelle internationale.

La notion d’affinité est intéressante mais j’ai très peur que le groupe affinitaire devienne comme le municipalisme libertaire un nouveau drapeau rigide, comme communiste libertaire, un gadget politique, donc avoir un peu de temps pour discuter de la complexité de cette notion.

John :

pas beaucoup d’idées précises sur la réunion mais je trouve tous les sujets proposés intéressants. L’idée de créer un groupe affinitaire pour faire quelque chose est aussi problématique pour moi. On peut discuter l’idée du développement organique des groupes d’affinité. La question d’une technologie des groupes affinitaires : est-ce qu’on peut utiliser les groupes affinitaires comme une technique ?

J’aimerais discuter l’article de Jesse sur l’essentialisme. On peut faire une lecture assez précise de ce texte et discuter de points très spécifiques.

John : discours d’Al Gore, qui a écrit sur l’équilibre écologique etc. Il n’a pas dit un seul mot sur l’écologie dans ses deux discours en Louisiane. Il a occulté le sujet. Donc pas seulement les républicains, mais aussi les démocrates.

Daniel :

Ce qui me semble intéressant dans ton angoisse, Ronald, je le perçois aussi que la planète sera disparue dans deux ou trois siècles. Il me semble que cette prise de conscience écarte tout le schéma du 19° siècle sur le sens de l’histoire, le développement des forces productives, puisque l’humanité peut disparaître. Fin de tout télos

Du coup, la question que je me pose est : face à cette situation, de quoi la peur est-elle porteuse de pratique ? Est-ce que cette angoisse est productive ?

L’autre aspect c’est : que peut produire l’angoisse puisqu’on ne peut plus faire confiance dans le devenir historique, et peut-on faire conscience à ce besoin de maîtrise que nous pensons avoir en matière d’écologie ? En quoi est porteuse l’écologie ?

Un autre sujet, au sujet de la raison, les critiques que me fait Alain sont injustes sur la place de la raison. Il y a un problème qui fait que dans le mouvement anarchiste il y a un divorce en train de se créer entre un anarchisme très rationaliste comme Bricmont, Stevens, Chomsky, et les anarchistes critiques de la science et de son statut.

Alain : pour Derrida, la déconstruction est bien un travail de la raison. Il se réfère aux Lumières, fait critique de la domination de la raison au nom de la raison même.

Du coup les distinctions entre académique et impliqué sont sur le terrain de la raison, alors que dès qu’on affirme que la recherche est impliquée, donc liée au corps, au désir, on est accusé de se situer hors de la raison.

Francis : Il y a une conception méthodologique visée politiquement. On m’accuse d’être trop près de 50 punks de Montréal. On me dit que je suis biaisé parce que ce sont mes amis. Mon approche rationnelle serait biaisée. Mais le travail universitaire de beaucoup de politiques est tout aussi discutable : ils travaillent avec des décideurs politiques, en jouant sur leur statut d’expert, et ne voient aucun problème dans le rôle qu’ils ont auprès des décideurs.

Alain : il y a un choix de classe à faire : on est obligé de le faire. La raison fonctionne partout, y compris pour l’enfant qui vient de naître. C’est inhérent à la vie, au développement : n’importe quel gamin, si on discute avec lui, a son raisonnement. Il y a un travail de la raison qui est constant chez tous les êtres humains. La question est sur quoi on la fait travailler.

On est amené à faire travailler notre raison pour qu’elle porte un jugement sur les autres. On est donc placé devant un choix en fonction d’être avec ceux qui possèdent le pouvoir, qui « ont raison », qui ont des positions élitistes, ou au contraire d’aller ailleurs.

Francis : quelle différence tu fais entre la raison et la pensée. Dans la façon d’utiliser le concept de raison, celle qui serait détachée de la conception du monde, expérimentale, et le pensée qui est la rencontre de l’émotion vécue, qui est la raison vivante.

Si on est anar : il y a des étudiants qui viennent faire un travail de recherche et on leur dit : vous devez être impliqués, sinon vous ne comprendrez pas. Mais les étudiants répondent : on ne peut être impliqués si on veut être objectif.

Jesse : ceci me rappelle une idée que je suis en train de développer dans un livre actuellement en voie de révision, une herméneutique anarchiste. Je conçois ainsi les choses : je vois d’où tu viens, ton objection sur cette fausse notion de l’objectivité comme « détachement », mais en même temps je comprends ce qui est devenu une herméneutique de suspicion : « On est si immergé dans l’environnement qu’on ne se rend pas compte de la structure où l’on est : le poisson ignore la structure de l’eau. » Une herméneutique anarchiste peut être développée comme le refus d’une position vue d’en-haut, « métaphysique », objective, mais plutôt le développement dialogique de matériaux pour l’étude, une lecture de texte qui serait en quelque sorte inductive, prenant de nouveaux matériels dans le texte pour lire ce texte.

On aboutit à un point de vue qui n’est ni complètement ni entièrement immanent, ni entièrement extériorisé. Une perspective immanente est celle du point de vue de l’indigène : la culture punk vue par un punk ; la perspective extérieure, celle du punk vue de l’extérieur. L’herméneutique anarchiste serait toutes les deux et aucune.

Francis : il n’y a pas d’extérieur, on est toujours dans une culture, et en fin de compte il n’y a pas de culture innée, immanente : la culture punk peut être aussi très différente de l’un à l’autre, etc. Dans le discours de méta rationalité, on reste au niveau du discours. Dans les faits, le discours de rationalité est contredit par celui qui travaille avec l’État.

Daniel : il y a un premier problème : peut-on refuser l’opposition entre subjectivité et objectivité, peut-on en tant qu’anarchiste affirmer un subjectvisme radical, donc refuser toute extériorité. Du coup la raison – la raison critique me semble tout aussi féroce – ne faut-il pas la remettre en cause par le concept de raison d’être. Si chaque chose a sa raison, on est complètement bouleversé et c’est très fort.

La divergence est sur la position dialectique de Clark, la position dialogique de Jesse, je suis pour une position monadologique, le dedans est dehors etc. Le fédéralisme ne passe pas par la communication, mais par l’affinité, l’analogie. Donc pas la raison au sens moderne. Une prise de position esthétique peut entrer en analogie avec l’expérience d’un groupe punk. Ansart utilise « homologie », Spinoza : il y a plus de rapport entre un cheval de labour et un bœuf qu’entre un cheval de labour et un cheval de course, quoique tous deux soient des équidés.


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