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Lyon 23 mai matin. Réflexions sur le marxisme
Article mis en ligne le 6 juillet 2004
dernière modification le 16 juin 2004
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Francis :

Negri a une vision qui semble proche des libertaires, mais ne s’appellera jamais anarchiste

Daniel :

Ils ne peuvent utiliser l’anarchisme parce qu’ils s’approprient des formes, des apparences antibureaucratiques, antiautoritaires, dans une logique absolue de domination totale. Le socialisme a brisé les êtres humains : Trotski, Kassel, Zinoviev, Radek…

Mensonge absolu

Marx etc. Révolution culturelle, reprendre l’anarchisme en le dénaturant , Lénine Staline en truc de travail. C’est une falsification , c’est Lénine disant le pouvoir aux soviets ; Mao disant feu sur le quartier général. Mao en bleu de chauffe, abolition de l’armée permanente = armée rouge. Les Maoistes ont récupéré l’anarchisme par certains cotés, luttes antiautoritaires, etc. Balibar, sur la Commune de Paris : État/non Etat, la dictature c’est la liberté,

Cf. multitude chez Négri. Deleuze dit le contraire de Negri .Négri c’est le Pol Pot de la culture.

C’est toujours comme ça. On est au cœur de la raison pour laquelle jamais on ne parlera d’anarchisme.

Chomski n’est pas anarchiste quand prend le Cambodge démocratique [interruption de plusieurs voix : non, non, ce n’est pas vrai, etc.]

Projet de domination totale, c’est une logique de pouvoir.

Le journal Libération ne fera jamais rien sur l’anarchisme parce qu’il vient d’une tradition « on a raison de se révolter » : c’est le mensonge de la mise en scène du pouvoir du peuple.

Francis :

C’est un exemple de rejet de l’étiquette anarchiste mais en faisant quelque chose qui en est proche. Mon sentiment au sujet de Negri est qu’il ne cherche pas le pouvoir politique mais le pouvoir intellectuel.

Jesse :

Hardt et Negri dit explicitement « nous ne sommes pas anarchistes. Nous sommes communistes. » Le langage utilisé est intéressant : ce qu’ils définissent comme anarchisme, dans leur perspective marxiste, c’est une sorte d’idéalisme, réduisent l’anarchisme à un idéalisme transcendant, un humanisme (plus un idéalisme qu’un humanisme), une idéologie extérieure à la « matrice » du matérialisme historique. En même temps qu’ils présentent les anarchistes comme idéalistes, ils peuvent se définir comme vraiment matérialistes.

C’est là que je suis d’accord qu’il y a un moment qui s’ouvre à la logique de domination, car en un sens ils se rapprochent de l’ultra économisme de la 2e internationale

John :

En quoi disent-ils qu’ils sont économistes ?

Francis :

Ce qu’ils appellent « la multitude » et en réalité pour eux un concept économique, la force de production, ce qui produit les choses. Postfordistes, aujourd’hui le contrôle et l’exploitation de l’information.

Jesse : quoiqu’ils parlent du pouvoir des masses, implicitement ils parlent de cette multitude comme le produit du capitalisme global, qui est le dieu du système. C’est un théodicée du capitalisme, dont la classe ouvrière est le produit.

Francis : Negri est un peu l’inverse. Il dira « le capitalisme est le produit de la multitude, il dépend de celle-ci, et c’est pourquoi elle peut le renverser ».

Jesse : Mais pour Hardt et Negri, parce que le capitalisme est le produit de la multitude, le marché est l’expression de la volonté générale. C’est comme le discours médiatique sur capitalisme critiqué par Thomas Frank dans son livre « One market under God », l’idéologie qu’il appelle « market populism ».

John :

Un aspect de Marx est dangereux : « la classe ouvrière n’est rien, création du capitalisme ». La classe ouvrière ne serait qu’une réponse mécanique à la création du capitalisme.

Cet aspect a été critiqué par Baudrillard dans « Le miroir de la production ».

L’autre côté de Marx est son aspect hegelien : l’humanité s’exprime à travers chaque mode de production. Elle est capable de devenir créative et libre. Pour moi, cet aspect n’offre aucune difficulté.

Jesse :

Il y a un problème, dans la mesure où c’est déformé par des Negri.

Daniel :

Si on remonte au 19° siècle, on voit la différence radicale : dans le schéma de Marx, il y a l’idée d’un système de plus en plus autoritaire qui détruit les singularités, unifie et produit le socialisme. Un telos. D’une certaine façon Marx va défendre l’idée que la destruction des singularités par le capitalisme est un bien. Voir par exemple Paul Sweezey et Charles Bettleheim qui demandent « comment la révolution peut se faire dans pays du tiers monde ou il n’y a pas d’ouvriers ? ». Réponse de Bettleheim : non seulement le socialisme est possible, mais c’est plus facile puisque l’absence d’ouvriers fera l’économie du syndicalisme, de la conscience anarchiste etc. puisque le parti a la théorie scientifique.

C’est un idéalisme, où l’on voit la multitude ; ce serait d’inventer un homme nouveau, dépouillé de toutes ses singularités, nécessairement issues du passé.

Par rapport à Proudhon, la différence est que celui-ci part de la situation du moment, la recherche de ce qu’elle autorise comme possibilité émancipatrice.

Le système est capitaliste est destructeur par définition, le mouvement émancipateur n’est possible que de l’extérieur, mais l’extérieur est infini.

D’où son ralliement aux Canuts, etc.

On trouve cela surtout dans Proudhon, De la Justice.

P.S. :

Here is a letter I (Jesse) wrote to _The Nation_ in response to an essay by Doug Henwood (online at http://www.thenation.com/docprint.mhtml?i=20031201&s=henwood), in which I raise some of the same problems apropos of his own "theodicy of capitalism" (which borrows from that of Hardt and Negri) :

Doug Henwood (“Beyond Globophobia,” Dec. 1, 2003) is right to question those who would oppose “globalization” while shielding the state and capitalism from criticism. However, his misguided defense of globalization makes the same errors. First, he attempts to deny that capital has gotten more mobile, and that this has placed workers in an even weaker position. Then he pretends that globalization at least does us the favor of making borders irrelevant. Far from defanging the state, as events from Baghdad to Miami attest, globalization merely strips it down to its repressive functions.

For Henwood, however, these concerns are trumped by the logic of “progress” : globalization is destined to “junk local self-reliance as an ideal,” creating a world of “cooperative labor.” This echoes the catchphrases by which Marx dignified capitalist conquests as necessary for the unification of “parochial” peasants worldwide into a single proletariat. I find this theodicy of capital as repellent as Marx’s anarchist critics always have (where Marx hailed imperialism as a matter of historical “necessity,” Bakunin compared it to “the necessity of dying when one is bitten by a mad dog”).

The real alternative to globalization is not some “nostalgia” for “a lost world of nation-states” ; it is precisely the “local self-reliance” which displaced Argentine workers pursue via their network of producers, consumers, and popular assemblies. This is “cooperation” ; labor under an IMF regime is not “cooperative” but competitive and coercive.

But Henwood is uninterested in what workers might actually choose ; for him, “globalization” is really the product of workers’ own “creative” genius ! Here, Henwood’s Marxism becomes indistinguishable from the ideology skewered by Thomas Frank in One Market Under God – the fantasy of “market populism,” which has it that whatever the market imposes simply is what “the people” want. Ridiculous !

Jesse Cohn

Valparaiso, Indiana


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