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BLANCHON, Jean-Louis. « Une Expérience libertaire en Cerdagne : Pugcerda (1936-1937) »
Article mis en ligne le 30 juin 2004
dernière modification le 18 août 2006

C’est une région propre qui a une expérience de la guerre civile très différente des autres. Si on se promène en Cerdagne, les anarchistes du passé, d’après les documents, révèlent leur grande popularité alors qu’aujourd’hui c’est le contraire.

Mémoire : Histoire, Toulouse : Université de Toulouse-Le Mirail/, 1986. 185 p : ill ; 30 cm

PERPIGNAN-BU Droit-Lettres

L’Expérience de Pugcerta est très connue parce qu’elle est sur la frontière et elle servira de boîte à lettres entre l’Espagne et l’Europe. On y trouve des lettres, des armes, un assentiment européen vers cette expérience. D’autant plus étonnant que dans les années précédentes pas beaucoup de présence de la CNT (Confédération nationale des Travailleurs) en Cerdagne : les grandes révoltes des années 32 ne les touche guère. Sauf le bâtiment, qui touche la CNT, il n’y a pas grand monde.

On note comme caractéristiques la présence de la frontière, la haute personnalité de Fernando Martin, son attitude de chef peu contesté ( !) ; il n’y a pas de combats. Les officiers fuient les carabiniers et se rangent avec la population ; le monde ouvrier prend le pouvoir immédiatement.

Mais le prend-il ? Au début, c’est la panique, le pillage bénin, un mouvement où tout le monde sort des armes sans qu’on sache trop pourquoi. Toutes les églises de Cerdagne sont brûlées, ce qui crée une mauvaise impression dans un pays relativement conservateur.

Les premiers crimes n’apparaissent en réalité que de juillet en octobre. C’est le 31 octobre que le pouvoir se met vraiment en place.

La chute d’Irun sera mal vécue par les anarchistes, qui estiment que le pays basque est menacé par là. La presse française va diffuser des idées affolantes et susciter un moment de folie le 9 septembre, avec 21 assassinats qui vont susciter l’hostilité de la population. La population est catalane, alors que les anarchistes viennent d’ailleurs.

Qui sont ces anarchistes ? Martin a été chassé d’Espagne par Primo de Rivera, des Français — moins nombreux qu’on ne le dit — des femmes, notamment une Toulousaine, qui joue un rôle important mais difficile car les anarchistes espagnols sont " machistes " : on essaie de les cantonner au rôle traditionnel des femmes. En fait, ils sont peu nombreux au total, si on excepte les fuyards de Barcelone.

Il s’agit de faire table rase du passé : en particulier, de l’État. Cependant, les hommes sont pris pour le front d’Aragon, la démocratie est détruite car elle est considérée comme néfaste : on est pour la démocratie directe sur la place publique. Il n’y a aucune élection, mais semble-t-il seulement au début de l’expérience. L’antimilitarisme est curieux car on se déplace avec des armes considérables.

Les anarchistes ne cherchent pas à séduire, à se faire bien voir. On cherche à créer aussi une situation nouvelle : au niveau agricole, ces anarchistes sont tous des ouvriers ; le monde agricole ne les intéresse que peu. La collectivisation les intéresse seulement dans les cas où le patron a fui. L’industrie, surtout dans le textile, où la CNT a peu de pouvoir, verra la revalorisation des salaires. Le plus étonnant est la coopérative : on prend les stocks de tous les commerçants, et on leur demande de venir travailler là : naturellement, les commerçants prennent ça mal et franchissent la frontière rejoindre les troupes de Franco. La coopérative a en fait fonctionné.

La fin de cette expérience : à partir du 2, 3 mai 1937, les anarchistes ont vu qu’ils étaient coincés par les staliniens. Ils étaient extrêmement prestigieux et on hésitait à les éliminer. On a voulu démontrer qu’ils étaient vulnérables. En avril 37, les carabiniers arrivent à la gare et ils sont chassés. Mais peu de jours après ils arrivent en camion et s’installent. On rencontre une volonté générale de prendre en main Pugcerda.

En sentant que les franquistes arrivent, il y a volonté de prendre décision : mais ils se trouvent dans une affaire de provocation : leurs ennemis laissent entendre que les anarchistes sont en nombre formidable et qu’ils vont être défaits. La chute de ce faible basion de Puigcerta a été utilisée de manière symbolique pour faire tomber la Cerdagne.