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Luigi NONO : "Al gran sole carico d’amore"

Opéra en deux actes, Italie, 1972-74.

mercredi 10 septembre 2003, par ps

Luigi Nono

Luigi Nono (1924-1990), compositeur vénitien, était pendant toute sa vie un militant de gauche, inscrit au parti Communiste Italien. Nous n’allons donc pas essayer de nous l’approprier. Nono, toutefois, homme d’avant-garde et, en même temps intellectuel « engagé » n’a jamais dédaigné de collaborer avec d’autres composantes de la gauche. Il s’est, par exemple, associé, en 1966, au Living Theater (fondé, entre autres, par les deux anarchistes américains, Judith Malina et Julian Beck) dans un spectacle milanais.

A l’état actuel de la recherche aucun témoignage ne l’approche de l’anarchisme, toutefois, cet opéra-ci, contient bel et bien au moins un personnage anarchiste important, traité avec beaucoup de sympathie et d’admiration révolutionnaire. Il s’agit de la « pétroleuse » Louise Michel, dont la contribution á la Commune de Paris de 1871 est bien connue, soit par son procès, par la condamnation qui lui a é infligée, l’exil en Nouvelle Calédonie et les mémoires des événements narrés par elle-même.

Dans l’oeuvre de Nono elle apparaît en tant que personnage dans toute sa splendeur. Son rôle habite quatre soprano soli et s’étale sur plusieurs scènes.
A la sixième scène, la voix de soprano chante l’ »Auto-défense de Louise Michel » au Procès. On écoute la description de l’épisode de Montmartre, puis la deuxième partie de son auto-défense.

La septième et huitième scène évoquent le Mur des Fédérés (déjà immortalisé par des peintres anarchistes tels que Maximilien Luce et Félix Vallotton, entre autres) et le massacre des Communards perpétré par les hordes de Thiers. La « vierge Rouge » chante de nouveau dans la neuvième scène.

Bien que montée à La Scala seulement le 4 avril 1975, cette « action scénique » a été conçue quelques années auparavant et il n’est pas interdit de penser que l’auteur ait ajouté ce psersonnage (les autres étant tous communistes)dans le sillon des événements de mai 1968, qui ont quelque peu contribué à remettre à la une le modèle de la Commune de 1871 et le communisme libertaire et autogestionnaire proposé et représenté par Louise Michel, égard au concept de la dictature du prolétariat soutenu par les « cousins marxistes ».

Le choix des textes de Louise Michel est très évocateur de son courage. La soprano (accompagné par le choeur, l’orchestre et une bande magnétique) chante (scène VI) : Je ne veux pas me défendre/ je ne veux pas être défendue/ j’appartiens tout entière à la révolution sociale/ je déclare accepter la responsabilité de tous mes actes » et, dans un autre solo : « Nous reviendrons, foule sans nombre/Nous viendrons par tous les chemins/ Spectres vengeurs sortant de l’ombre/ Nous viendrons nous serrant les mains ».

Est-ce par hasard qu’un autre anarchiste, qui n’est pas dans la liste des personnages, conclut l’opéra. Il s’agit d’Eugène Pottier, auteur de L’Internationale :

« Plus de serfs, plus de patrons ! »

Pietro Ferrua


P.S. La partition musicale a été publiée par Ricordi (Milan, 1978). Une version CD a été enregistrée par l’Orchestre de Stuttgart, sous la direction de Lothar Zagrosek, en 1999