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COLOMBO, Eduardo. "Oskar Panizza et la psychopathia criminalis"
Article mis en ligne le 8 juillet 2005
dernière modification le 25 avril 2015

par r-c.
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"Affranchissons-nous de tout ce qui est sacré, soyons sans foi et sans loi, et nos discours le seront aussi. " [1]

Proposition de Max Stirner qui exige, pour se réaliser, une formidable révolte sociale. L’oppression et l’aliénation tendent à faire fléchir chez l’individu toute volonté de libération - à condition qu’une telle volonté existe - et l’obligent à trouver refuge dans son ultime défense : la folie. L’ironie d’Oskar Panizza ne doit pas nous tromper : " Qui peut me dire qui est fou ou ne l’est pas, si ce n’est le percepteur ? " Parce que comme l’écrivit un contemporain de Stirner et de Panizza, J. Jacoby : " Lorsque la folie devient épidémique, elle s’appelle raison. "

Le 30 avril 1895, Panizza comparaît devant le tribunal royal de Munich pour avoir écrit le Concile d’amour, pièce de théâtre qui marqua le triomphe littéraire de l’auteur dans toute l’Europe, mais qui fut représentée pour la première fois à Paris en 1969 !

En cette année du siècle finissant presque personne ne lut la pièce. La police chargée de confisquer le texte ne trouva dans les librairies de Munich que deux exemplaires. Tout au plus une vingtaine d’exemplaires avaient été vendus dans un cercle restreint d’intellectuels. Mais la presse cria au scandale, et la communauté catholique fut offusquée par une œuvre qui mettait en scène Dieu, sénile et rhumatisant, la Vierge, coquette et frivole, et un Jésus un peu idiot et écholalique. Il n’y a que le Diable d’intelligent et d’humain, et il le sait : " Pourtant tu vaux mieux que cela ! Mieux que ces pantins célestes vautrés dans leur félicité ! Tu es au centre du monde, toi ! C’est dans ta tête que gîtent les pensées de la Terre et quand tu es là, solitaire, avec ton odeur terrestre et que ton esprit s’illumine, alors jaillit de cette tête douloureuse, malgré le désespoir, une étincelle - force ou poison - qui s’élance, tel l’éclair, à travers le monde, tonnant, crachant le feu, et qui fait trembler ces têtes vides, là-haut dans leurs nuées ! " [2]

Panizza fut condamné à un an de prison, qu’il purge à Amberg. À sa sortie, il se réfugie à Zurich pour échapper à un avis de recherche après la saisie de son pamphlet Adieu à Munich (Zurich, 1896) et demande la nationalité suisse, qui ne lui sera jamais accordée.

Pendant son séjour à Zurich il écrit et publie dans sa propre maison d’édition la satire politique Psychopathia Criminalis (1898) " où il raillait les procureurs allemands, enragés de persécutions, en inventant une maladie politique qui se serait emparée du peuple allemand. " [3]

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Notes :

[1Stirner, Max : L’Unique et sa propriété, Stock, Paris, 1899, p. 333

[2Panizza, Oskar, Le Concile d’amour°, éd. Jean-Jacques Pauvert, Paris, 1969, pp. 57-98.

[3Panizza, Oskar : Autobiographie, in Le Concile d’amour, op. cit.,p. 177.


flèche Sur le web : Article paru dans Réfractions n° 3

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