RAForum
Slogan du site
Descriptif du site
France 1996 : "Transmission d’héritage anarcho-espagnol à Toulouse"
Article mis en ligne le 10 janvier 2005
dernière modification le 2 avril 2005

par r-c.
logo imprimer

Sous la bannière fraîchement repeinte de la CNT-AIT (Confédération nationale du travail-Association internationale du travail), trois cents exilés espagnols ont célébré, dimanche 21 juillet, le soixantième anniversaire de la "révolution espagnole" à Toulouse, où vivent encore plusieurs milliers de républicains qu ont fui la victoire franquiste en 1939 [1].

Cette commémoration a été marquée par la projection du film de Vincente Aranda Libertarias. Donnée an avril 1996 sur les écrans espagnols, l’œuvre du cinéaste catalan, âgé de soixante-dix ans, était présentée pour la première fois en France. La salle de l’ABC, qui compte trois cents places, n’a pu accueillir tous les militants de la CNT et les compagnons de route curieux de comparer cette production de deux heures avec, notamment, Land and Freedom de l’Anglais Kean Loach.

Photo : "Libertarias" de Vincente Aranda
"Après quarante ans de silence et vingt ans de consensus, l’Espagne est encore très divisée",

estime Vincente Aranda, venu en voisin de Barcelone. Agé de neuf ans au moment du soulèvement provoqué par le général Franco, le 18 juillet 1936, Vincente Aranda nourrissait son projet depuis seize ans, mais, comme il le dit, "l’Espagne consensuelle ne voulait pas parler de cette époque". Aujourd’hui, avec la baisse d’influence de l’Eglise et de l’armée, derrière la movida culturelle et sous les effets conjugués de la démocratie et de l’ouverture européenne, l’Espagne a décidé de visiter son passé.

La jeunesse était présente, dimanche, à Toulouse, aux côtés des survivants de l’époque héroïque. "C’est une émotion énorme de pouvoir rencontrer et discuter avec nos grands-parents porteurs de l’idéal anarchiste", confie Hector Chera, membre de la CNT de Madrid. Rafaël Henares, de Barcelone, renchérit : "Après la disgrâce et l’amnésie durant soixante ans, il est temps de rendre leur dignité aux vaincus !"

Pour la première fois à Toulouse, les débats au sein de la CNT française et espagnole ont été suivis par les caméras de la télévision espagnole. Les "rouge et noir" redeviendraient-ils à la mode ? Ils s’y refusent, en tout cas, selon Floréal Samitier, secrétaire régional de l’extérieur à la CNT, qui souligne :

"Notre organisation syndicale n’a jamais voulu s’aligner sur le consensus mou pour transformer la société. Ce n’est pas aujourd’hui qu’elle va changer !"

Il est sûr, cependant, que le film de Kean Loach a cassé les schémas d’une histoire semi-officielle, même si les anarcho-syndicalistes récusent, bien sûr, la part belle faite aux trotskistes du POUM (Parti ouvrier d’unification marxiste) dans Land and Freedom. Vincente Aranda, lui, rend davantage hommage à l’anarchisme, cette idéologie "impossible" pour laquelle il a un profond respect.

Ni mode, ni résurrection, l’anarchisme espagnol jouit peut-être, simplement, d’une révision de l’histoire au bénéfice des aïeux. Considérés il y a soixante ans comme des "illuminés" qui prétendaient se libérer en même temps qu’ils libéraient autrui, ces octogénaires sont célébrés aujourd’hui parce qu’ils ont vécu des événements héroïques. Il faut dire qu’à l’heure où se multiplient les affaires politico-financières , les "rouge et noir" ont le sentiment que leur dénonciation des abus du pouvoir - de tout pouvoir- démontre chaque jour sa pertinence.

Franck Demay

Notes :

[1Article paru dans Le Monde, 23 juillet 1996, p.1.


Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL 4.0.52