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COLSON, Daniel. Petit lexique philosophique de l’anarchisme de Proudhon à Deleuze
Article mis en ligne le 12 juillet 2005
dernière modification le 27 avril 2015

par r-c.
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Librairie générale française (Coll. Livre de poche Biblio essais n° 4315) 2001. 378 p. ISBN : 2253-943150

Cette année voit une prolifération d’ouvrages sur l’anarchisme, dont plusieurs de qualité. Après celui de Manfredonia, le Que sais-je ? paru sur l’anarchisme en Europe, les ouvrages de Normand Baillargeon, voici un ouvrage précieux, parce qu’il apporte un regard neuf sur l’anarchisme.

Naturellement, le mot "philosophique" fera peur à certains, et sans doute la lecture du texte demande une réflexion du lecteur. Mais l’auteur manie l’ironie, la provocation et l’humour, et les articles, toujours très courts, peuvent généralement être lus indépendamment les uns des autres, ce qui en permet une assimilation assez facile. Décidément, Deleuze intéresse les anarchistes, contrairement à quelques marxistes qui souhaiteraient l’accaparer. Vient de paraître en effet, en anglais, un article qui le concerne dans Anarchist Studies que nous signalons sur la liste anglaise. Pour en revenir à l’ouvrage de Colson, il a aussi le mérite de provoquer la discussion, ce que d’ailleurs souhaite son auteur et de réfléchir sur des mots trop banals : il y a des articles sur Contrariété, Immédiat, Répulsion, Respect. Parmi les noms cités, il y a bien sûr Zarathoustra, mais aussi Edith Piaf, Nathalie Sarraute et même Hercule et ... Caïn. A ce prix, l’ouvrage devrait être dans toutes les bibliothèques ; l’anarchisme se met à la portée de toutes les bourses.

Ronald Creagh

Commentaires et Réponses

Eduardo COLOMBO. "À propos du Petit Lexique philosophique de l’anarchisme de Daniel Colson"

« L’anarchisme, parce qu’il ne possède ni Académie française, ni agrégation, ni pape, ni grands prêtres, ni comité central, autorise tout le monde à parler en son nom », dit Colson. Je suis d’accord et pas tout à fait. Derrière l’apparence de simplicité, il y a quelque chose dans cette formulation qui me contrarie. Nous, les gens de Réfractions, nous avons écrit dans le dernier numéro qu’« il ne peut pas y avoir dans l’anarchie une doctrine ou un dogme. Nul ne viendra donc donner l’imprimatur ». La nuance est que n’importe qui peut dire ce qu’il veut, mais je ne vois pas pourquoi on lui ferait crédit sur parole.
L’anarchisme nie par principe la possibilité même qu’une instance puisse se constituer à l’intérieur ou à l’extérieur du mouvement, pour définir une orthodoxie : il n’y aura alors ni assemblée, ni concile, ni grand inquisiteur, qui viendra donner le label d’anarchiste. Ainsi, une parole qui dit quelque chose « au nom de l’anarchisme », ne sera crédible qu’à partir d’un jugement raisonnable, sensé, qui mettra en accord la doxa avec le corpus théorique et social d’un mouvement qui, dans sa diversité (multiplicité) – diversité pas seulement acceptée mais aussi voulue –, maintient la cohérence de ses propositions centrales"

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Réponse de COLSON

"l me faudrait beaucoup de temps pour discuter toutes les remarques, objections et critiques développées par Eduardo Colombo à propos de mon Petit Lexique philosophique de l’anarchisme. Mais, dans son texte, Eduardo souligne un point sans doute déterminant et qui peut permettre, d’une part, d’aller d’un seul coup à l’essentiel de nos divergences, d’autre part, sinon de les résoudre tout au moins d’indiquer la voie d’une résolution possible.

Idée et Action, Raison et Force

Ce point de rencontre et de divergence, sur lequel Eduardo revient plusieurs fois, porte sur le rapport entre Idée et Action, deux notions centrales du projet anarchiste, deux notions que l’on retrouve sous la plume de Proudhon et à travers le rapport qu’il établit entre Raison et Force, deux notions présentes chez un grand nombre d’autres auteurs, à travers les distinctions entre signification et puissance, mots et choses, théorie et pratique, forme et contenu, signes et désirs, pensée et étendue, âme et corps, humain et non-humain, etc. Pour ma part, je suis entièrement d’accord avec la formule d’Eduardo, lorsqu’il explique que pour ce qui concerne “ la signification et la puissance, l’idée et la force : la tentation est toujours forte d’hypostasier l’une ou l’autre ”. Eduardo me reproche d’avoir succombé à cette tentation d’hypostasier la force et la puissance. Mais on pourrait évidemment (avec infiniment plus de raisons, me semble-t-il) lui faire le même reproche, puisque trois lignes avant de souligner ce double risque, Eduardo écrit que, pour sa part, il “ privilégie la signification, l’intentionnalité, le système de signes ou symbolique, devant la force ou la puissance ”. On pourrait ainsi lui reprocher d’hypostasier l’idée en oubliant que l’idée est aussi une force, d’hypostasier la signification en oubliant que toute force possède une signification et que toute signification est l’expression d’une force."

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Commentaire d’Alain Thévenet

Le mérite premier et incontestable du livre de Daniel est de « faire penser ». À ce titre, le procédé des renvois est des plus fertile : la pensée part dans une direction, revient, repart ailleurs et au bout d’un moment on se met soi-même à avoir ses propres renvois et à feuilleter le bouquin dans tous les sens. Ainsi est mis en pratique ce qui court théoriquement tout au long de l’ouvrage, l’aspect fondamental de la multiplicité, et le refus de l’unicité, de l’arrêt de la pensée ou de l’action des anarchistes. Ce qui les distingue fondamentalement de toutes les autres tendances politiques et sans doute même de la politique telle qu’on la conçoit généralement. Corollaire évident : l’action politique spécifique des anarchistes est l’action directe. Colson cependant recherche dans la multiplicité l’unité qui s’y révèle et s’y dérobe et il reste fidèle à une conception holiste de l’univers. Cette multiplicité, gage de richesse, est également signe d’une unité non pas construite, mais toujours en train de s’élaborer.

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Réponse de D. Colson

Quand j’ai reçu le texte d’Alain Thévenet, j’étais déjà engagé dans ma réponse pour Eduardo. Mais je voudrais cependant faire quelques remarques à propos de ce que dit Alain et en profiter pour le remercier, lui et Eduardo, de l’intérêt (même critique) qu’ils ont pris à mon bouquin. Mes remarques seront brèves.
– Sur la science, on en a discuté de vive voix avec Alain. Je m’intéresse effectivement aux écrits d’Isabelle Stengers et à son approche deleuzienne. Mais je ne comprend pas tout et je ne me prononce pas vraiment sur l’intérêt de ses analyses d’un point de vue libertaire. Surtout (comme le montrent certaines réactions au Lexique), je crains que l’on puisse au contraire me reprocher à juste titre d’être beaucoup trop critique vis-à-vis de la science, d’ignorer la dimension émancipatrice d’une pratique scientifique différente, consciente des conditions de sa mise en œuvre.
– Sur la question de la violence, de la guerre et sur l’article « guerrier », il faudrait discuter plus à fond la question. En aucun cas, il ne me semble possible de se réjouir de la mort ou de la destruction d’un autre et je ne cultive aucune illusion (même romantique) sur le caractère forcément sordide et répugnant d’un acte qui consiste à tuer un autre être (qu’il soit humain ou autre d’ailleurs, et c’est ici que l’antispécisme a raison). Je renvoie ici Alain aux entrées « mise à mort », « souffrance » et surtout à l’analyse de Spinoza, à propos du mal et en particulier à propos des matricides de Néron et d’Oreste. Ce que j’essaie de dire, c’est que la révolte anarchiste, dans le cadre de la violence qu’impose l’ordre existant, implique inévitablement la violence pour soi et pour les autres (et ça n’a évidemment rien d’une métaphore), mais que la valeur émancipatrice de cette révolte et de sa violence réside entièrement dans l’acte de révolte, dans le mouvement de révolte, et non dans ce que celle-ci entraîne comme effets de violence. Si l’effet ou l’acte de la violence devient le moteur de l’action (y compris sous sa forme de vengeance ou de revanche), cette action cesse pour moi d’être libertaire (ou émancipatrice). Mais, de la même manière, si la négation et le refus des effets et des actes de violence deviennent le moteur de l’action, celle-ci cesse tout autant d’être libertaire, comme ce
fut le cas du pacifisme intégral et de son mot d’ordre si évidemment étranger à l’anarchisme : « Plutôt la servitude que la guerre, que la mort. » Mais là-derrière il y a un autre problème qui, me semble-t-il, nous différencie, Alain et moi. Le refus de la violence, de la mort – et surtout le refus de prendre en compte le caractère dramatique et violent de la vie (et donc de la mort), si répandu actuellement – me semble être un des principaux instruments de domestication qu’emploie l’ordre actuel (comme le perçoivent très bien Proudhon et Bakounine, entre autres) pour imposer ses dominations
et une violence symbolique dont le
caractère sordide, le plus souvent invisible, anesthésiant, est infiniment plus répugnant que la confrontation directe
à la mort, au sang versé et aux implications de la révolte, de la lutte et de l’affrontement.

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