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Une polémique libertaire : Déterminisme et Volontarisme.- Première intervention de Benjamin Cano Ruiz

Traduit de l’espagnol par Irène Pereira

jeudi 25 août 2005, par ps

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Présentation de Chantal Lopez et Omar Cortes

Introduction

Première intervention de Benjamin Cano Ruiz

Dans sa genèse et dans son essence même, l’idée que l’humanité s’est toujours faite de la justice est restée identique dans le temps et l’espace. Le concept de justice s’est toujours uni à celui de responsabilité et de libre détermination. Si nous n’avions pas considéré l’être humain comme possesseur de cette liberté de se conduire, en bien ou en mal, selon que cela plaise à sa volonté totalement libre, on n’aurait pas considéré comme dignes de récompenses ou de punitions les actions humaines, alors que seul peut être digne de récompense l’homme qui, mis dans l’alternative d’agir bien ou mal dans certaines circonstances, sans aucune autre force qui l’incline, est induit par sa volonté vers la bonne action. Et dans les mêmes circonstances, seul mérite la punition, l’être humain qui, mis dans la même alternative, sans autre force, néanmoins, qui l’incline vers le mal, est porté par sa volonté vers la mauvaise action. Sans cette idée racine, tout l’arbre de la justice historique s’abat. Et il est très intéressant et curieux de signaler le fait permanent dans le discours de l’histoire que dans tous les codes de tous les lieux et de toutes les époques, cette idée racine sert de base et d’essence a tout l’engrenage des concepts juridiques et encore à ceux régissent la justice des civilisations modernes.

Dans le même ordre d’idée, les pays tombés sous la férule du marxisme, qui avaient parus être ceux appelés à donner une interprétation différente de cette conception spiritualiste, et en définitive de l’essence même de l’idée de justice, ont suivi les traces de la conception classique de la justice en rétrogradant vers les applications les plus bestiales, les plus dogmatiques et inhumaines des temps modernes.

L’idée, selon laquelle l’être humain a une volonté absolument libre qui dirige tous ses actes, qui est supérieure et détachée de la vie physique de ce même être est indissolublement unie à l’idée du dualisme du corps et de l’esprit dans l’espèce humaine. La conception spiritualiste est un élément permanent dans toutes les religions. Il n’y a pas de libre détermination sans volonté, pas de volonté sans esprit, pas d’esprit sans religion. D’où l’on peut déduire que l’idée classique de la justice est essentiellement religieuse.

Or est-ce que cette conception de la justice, sous-tendue par le libre arbitre, se concilie avec les réalités scientifiques sur la nature humaine ?

Durant les dernières décennies, les sciences de la vie ont progressé de manières étonnantes, et l’une d’entre elles, la génétique, a ouvert de larges horizons sur la nature humaine. Depuis que Mendel a posé les bases de la génétique moderne jusqu’à nos jours, on a ouvert de larges perspectives sur les fondements biologiques de l’Homo sapiens, fondements qui auparavant étaient toujours restés mystérieusement obscurs. Et ces perspectives, largement ouvertes désormais et presque complètement connues, concordent peu avec l’idée classique de la justice basée sur le volontarisme.

L’observation a démontré que dans les organismes supérieurs, y compris l’homme, l’existence de l’individu commence avec deux éléments distincts provenant de deux individus que nous appelons géniteurs, et sa vie débute quand ces deux morceaux s’unissent pour former une cellule. Durant cette première phase, le nouvel individu est une seule cellule, avec un seul noyau, l’œuf fertilisé. Cette cellule se divise et se subdivise jusqu’à former le corps entier composé de millions de cellules.

Par des expériences, on a pu vérifier que la cellule originale contient un grand nombre de substances différentes et séparables qui apparaissent au microscope comme de minuscules particules. Nous savons que les individus commencent leur existence avec une combinaison déterminée de ces substances et que leurs développements, ce qu’ils deviennent, les caractéristiques qu’ils acquièrent, les particularités qu’ils présentent, dépendent, à égales conditions, de la série de ces substances avec laquelle on commence son existence. Cela est ce que l’on considère en biologie comme son hérédité. Actuellement, grâce à Morgan et son école et à C.D. Darlington et la sienne, on en sait déjà beaucoup sur les résultats que l’on obtient quand on altère une seule ou quelques unes ou une grande partie de l’infinité des différentes substances présentes dans la cellule originale. Certaines combinaisons de ces substances donnent des individus imparfaits, débiles mentaux ou monstres. D’autres combinaisons donnent des individus normaux et d’autres des individus qui dépassent le niveau normal de leur genre. Il a été prouvé expérimentalement que les différentes combinaisons de ces substances produisent des différences physiologiques de tout ordre, y compris des différences dans le comportement de ce que nous appelons la mentalité.

Cette multitude de substances différentes, que l’on trouve dans l’individu quand son développement commence, s’appellent les gènes. Les gènes existent dans les deux morceaux, provenant des deux géniteurs, qui s’unissent pour former le nouvel individu. Ceux-ci, à savoir les gènes, existent dans la cellule œuf sous la forme d’infimes particules qui se regroupent formant ainsi des structures visibles au microscope et connues sous le nom de chromosomes. Les chromosomes, avec les gènes qui y sont contenus, forment une vésicule, appelée noyau, à l’intérieur de la cellule. La cellule œuf est constituée par une pâte de matière, semblable à de la gelée, appelée le cytoplasme, dans laquelle se trouve le noyau avec ses chromosomes et ses gènes. On a confirmé, que dans les noyaux, les gènes en viennent à former quelque chose comme les maillons d’une chaîne très longue composée de paires successives de maillons.

Nous savons que chacun de nos géniteurs nous donne une série complète de gènes sous la forme d’une chaîne comprenant de nombreux maillons. Par conséquent, nous avons dans chaque cellule deux de ces chaînes de gènes, chacune d’elle étant complète par elle-même. Pour autant, en ce qui concerne nos gènes, nous sommes doubles. Chacune des deux séries, dans une cellule, contient tout la matière nécessaire pour produire un individu ; par conséquent, nous commençons notre vie comme des individus doubles. Cette double individualité s’applique à chacune des milliers de substances différentes ou gènes, avec lesquelles nous commençons notre vie. Chaque type est présent dans chaque cellule en deux exemplaires formant ainsi une paire de gène. Un gène de chaque paire provient du père et un autre de la mère. Cela fait, la combinaison par paire des gènes, est la clef pour comprendre l’hérédité, la nature de l’être humain et presque tous les problèmes de la biologie.

Chaque paire de gène a une fonction distincte dans le développement de l’être humain et les deux gènes de chaque paire ont la même fonction dans ce développement : si l’un à un rôle dans la couleur des cheveux, par exemple, l’autre aussi. Cependant, bien que les deux gènes d’une paire doivent effectuer une tache de même nature, chacun d’eux peut avoir une tendance à le réaliser de manière différente. L’un d’eux, que ce soit celui du père ou de la mère, peut être défectueux et provoquer une déficience. Si l’on parle de la couleur des cheveux, il peut avoir tendance à produire un albinos, avec la peau et les cheveux blancs. Si l’autre gène est normal, il peut réaliser un travail sans aucun défaut parce que le gène normal suppléer aux déficiences du gène défectueux, mais s’il se trouve que les deux gènes de la paire ont le même défaut, infailliblement, l’individu souffrira du même défaut dont souffrent les deux gènes.

Cette double individualité des gènes, néanmoins, agit comme une sécurité qui réduit au minimum les conséquences des défauts des gènes ; en effet ces défauts sont tellement communs que la société serait pleine d’individus défectueux, que l’humanité aurait peut être déjà périt ou que nous nous ne serions peut être pas, sans cette double ration de gènes dont nous sommes dotés lors de notre conception.

Par ailleurs, avec ces principes, la génétique expérimentale a démontré que toutes les caractéristiques de l’individu : structurelles, internes et externes, les couleurs, les formes, les tailles, les propriétés chimiques, les fonctions physiologiques jusqu’au comportement peuvent changer lorsque l’on modifie les gènes.

On a aussi démontré que l’environnement ou le milieu ambiant dans lequel se développe la cellule influe également de manière identique sur les caractéristiques selon les conditions dans lesquelles elle se développe. Un individu qui, dans les conditions normales, serait femelle peut en grande partie se transformer en mâle si l’on fait circuler dans son corps l’hormone masculine ou si on enlève les ovaires et que l’on transplante à sa place un testicule. Un individu destiner à être un imbécile ou un crétin peut se transformer en une personne normale si on l’alimente adéquatement avec de la thyroïde.

La génétique, en effet, a démontré que l’individu est le produit des matériaux de base qui orientent son développement, à savoir les gènes, ainsi que du milieu dans lequel ce développement se produit ; toute sa nature obéit à ces deux facteurs.

Donc la conduite de l’individu, conformément à ce qui a été établi par la génétique, est toujours déterminée par l’hérédité et le milieu.

Ceci étant admis, que devient la volonté ? Qu’est ce que la volonté en définitive ? L’individu a-t-il, comme l’affirme l’idée classique de justice, la liberté de déterminer par une volonté absolument libre ses propres actions ? La génétique répond à ces questions de manière absolument négative.

Par conséquent, un concept scientifique de la justice doit être fondamentalement différent du concept classique que l’on a depuis toujours. Si on a vérifié que les actions humaines sont influencées et déterminées par une grande quantité de facteurs qui se polarisent dans l’action elle-même ; si d’une part, on a démontré que cette action n’a pas pu être autre que celle qu’elle fut et que d’autre part, en réalité, la volonté, la libre détermination sur laquelle s’appuie le fait de mériter la punition ou la récompense, selon la qualité de l’action ne cessent d’être des idées obscures nées de la mentalité religieuse primitive de l’homme, alors l’attitude de la société devant l’action de l’individu ne peut plus être la même. Dans son essence, l’origine primitive de la justice classique est la vengeance. En analysant le problème de la justice à la lumière de la science ; étant donné ce que l’on connaît aujourd’hui sur la nature humaine, le principe vindicatif de la justice doit disparaître si nous voulons être logiques avec nos propres connaissances actuelles.

Au moment où nous sommes parvenus de l’histoire humaine, il y a une crise générale des valeurs et une subversion générale des idées. Tout ce qui est considéré comme la base de la pensée humaine, aristotélicienne pour sa plus grande partie, et toutes les raisons pour lesquelles on en est venu à développer l’éthique et toutes les manifestations des relations humaines sont en train de s’effondrer devant les vérités indiscutables de la science. Le monde n’est pas comme le croyait Aristote et comme a continué à le croire la pensée officielle durant de nombreux siècles. Sur la nature de l’homme, la science est en train de démontrer chaque jour que l’on a toujours eu des idées fondamentalement fausses. Seuls quelques penseurs, qui ont eu peu d’influence sur la pensée officielle à travers les siècles, ont pressenti la véritable nature de l’homme et du monde, comme Démocrite, véritable précurseur des découvertes sur les atomes. Et les idées qui indéfectiblement surgissent des vérités que la science produit chaque jour, sont totalement antagoniques avec celles qui ont dirigé la vie sociale de l’humanité durant presque toute son histoire. C’est de là qu’est en train de surgir une morale complètement neuve et que les idées de bien et de mal sont en train d’être profondément révisées ; que les concepts de juste et d’injuste sont en train de céder le pas à des concepts nouveaux et scientifiques de la justice ; que les idées de base de l’équité sociale sont en train de s’effondrer devant les conceptions anarchistes de l’identité d’origine biologique, démontrée par la science ; qu’enfin s’est élevé un monde social complètement différent, édifié sur les sédiments de la science, surgit d’entre les décombres de ce monde qui s’effondre et qui était construit avec tous les matériaux de la religion.

Suite :

Première intervention de Jose Peiratz