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SIÉ, Jean. (Université de Toulouse II) « Les Anarchistes et la Guerre de 14-18 »
Notes prises au cours de l’exposé présenté au Colloque de l’Université de Toulouse 1999, "L’anarchisme : quel avenir ?"
Article mis en ligne le 19 novembre 2005
dernière modification le 24 avril 2015

par r-c.
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La manière dont les anarchistes voient la guerre dépend de la manière dont ils voient l’État. Sur l’État, existe un accord des opinions : l’État ne respecte pas la volonté des individus. L’abolition de l’État est toujours à l’ordre du jour.

En revanche, pour Bakounine, la patrie est un fait naturel qui donc doit être défendue. C’est la même chose que l’on trouve chez E Reclus. Mais pour eux la patrie a été dévoyée par l’État et le capital. La patrie, oui, le patriotisme, non.

Avant la guerre de 14, les anarchistes ont organisé une ligue antimilitariste, qui devient en 1902 la ligue antimilitariste, qui fonde à Amsterdam une organisation internationale.

Mais le débat ne s’arrête pas avec la fondation de cette organisation, car il y a désaccord entre les individualistes comme Armand qui va quitter le congrès d’Amsterdam sur la question de l’antimilitarisme. Le courant autour de Jean Grave est beaucoup plus anarchiste communiste : dans le Libertaire on trouve des débats sur la question.

Avec le temps, la propagande antiguerre devient offensive de la part des anarchistes : la guerre approche, en effet.

A côté de cette orientation, il y a une autre tonalité — Kropotkine : la France est la patrie de la Révolution donc de la démocratie — il faut donc faire la révolution en France. Attitude très différente qui va dans le sens de la défense nationale.

Quelles seront les attitudes des anarchistes

1er degré : A l’éclatement de la guerre, il y a paralysie des anarchistes. Quelques rencontres de militants, pour se soutenir, mais se constituent progressivement en groupes des Temps nouveaux et en Amis libertaires. Fondamentalement, les revues s’arrêtent ; la plupart des militants vont au front, il n’y a pas d’opposition fondamentale, et l’ensemble des anarchistes qui parlent se rallient à la défense nationale et non des moindres : Malato déclaration pour l’Union sacrée ; etc.

2e degré : Peu à peu des formulations vont apparaître contre la guerre :

a. anarcho-syndicalisme des Temps nouveaux envoie une lettre de démission au bureau confédéral (déc. 1914).

b. Commence par la déclaration des anarchistes réfugiés à Londres : Malatesta, Domenhuis, etc., déclaration beaucoup plus résolue. A partir de ce signal vont apparaître des déclarations beaucoup plus résolues contre la guerre. 15 août 1915, la Fédération des métaux propose au nom de la minorité une déclaration contre la guerre.

c. Commence avec un manifeste de Zimmervald. Armand publie une revue qui veut se situer au-dessus de la mêlée. D’où la cassure des Temps nouveaux. Jean Grave va rassembler à Paris un certain nombre de gens en faveur de la guerre et s’attirer des hostilités

d. Face à cette propagande, les ralliés de l’aube vont tenter de publier le Manifeste de Londres, qui repose sur l’idée de défense nationale. Ils tentent de freiner la propagande contre la guerre : en fait ils obtiendront le résultat inverse. 1916, Ce qu’il faut dire va publier à quelque 20000 exemplaires, donc important et hostile au militarisme. Toute la campagne pacifiste va s’essouffler avec l’échec de la conférence.

e. Toute guerre n’est pas nécessairement anti-impérialiste. Le peuple allemand ne veut pas revenir à de plus simples notions de droit, donc il faut se battre. La responsabilité de l’éclatement de la guerre est portée sur le peuple allemand. On fait la guerre pour inviter le peuple allemand à réagir.

Chez les opposants à la guerre, plusieurs idées  :

1e : c’est une guerre de l’État. Donc elle ne nous intéresse pas. L’argumentation de Malatesta est, en fait, beaucoup plus virulente : les États et le capitalisme font la guerre. Si vous voulez faire la guerre à un État en soutenant un autre État, finalement vous le rendez semblable à l’autre.

Réactions : il faut faire une grande réunion de travailleurs pour susciter une médiation. Une autre orientation, les travailleurs doivent s’unir pour imposer la paix : donc pas d’annexion, réparation juste, etc. Une dernière : la guerre est inhérente à la concurrence entre pays. Donc elle doit être un mouvement fort de lutte contre les États.

Questions et réponses.

Il semble qu’il y a globalement un problème de générations entre les vieux qui ont connu la Commune de Paris, comme Kropotkine. D’autre part, une grève générale ne se déclenche pas facilement : il y a un sentiment d’impuissance.

Q.- Il y a aussi cette contradiction entre refus de guerre internationale et volonté de guerre de classe, donc guerre civile.

R. : Oui

Q. : Y a-t-il une idée d’entrisme à l’armée qui permettra de se former à la guerre civile ?

R. : non, il y a haine de l’autorité, donc pas question d’entrer dans l’armée.

On peut penser que la propagande anarchiste a été un des moteurs de la désertion croissante.

Q. : Le défaitisme révolutionnaire en Russie qui transforme une guerre impérialiste en guerre civile a un effet important en 1917. Monatte, Rossmer, etc. représentent un moment de collaboration entre marxistes et anarchistes. C’est peut-être un moment aussi important.

R. : L’anarchisme et la révolution russe, l’anarchisme français et la révolution russe. L’été 1917 est un moment creux de la propagande anarchiste contre la guerre. C’est un moment bas de la vie de ces groupes. En même temps, il y a un développement de la propagande antiguerre venant de la fraction marxiste qui se retrouve d’abord à Zimmervald, puis ailleurs. Apparemment, au niveau du combat contre la guerre, à partir de l’année 17, les courants marxistes qui sont contre la guerre —spartakistes, bolchevistes, etc.- vont être dans le développement de la situation et avoir un écho de plus e n plus grand. C’est eux qui à partir de 1917 représentent plus la lutte contre la guerre que les anarchistes eux-mêmes.

Le nombre de publications anarchistes est tellement réduit qu’il est difficile de juger ces impacts.

Q. : Il y a tout un travail souterrain, par exemple dans poésie, etc. de gens qui sont moins connus comme Émile Masson, et beaucoup de tracts anarchistes également. Dès les années 15, il y a projet de nouveau journal.


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