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SHALAZZ. "Terre libérée, Luynes (Indre-et-Loire), 1923-1949".- 01. Anarchisme, illégalisme et végétalisme
"Centre libre de Pratique Végétalienne. Oeuvre de Retour à la Terre, de Régénération et de Libération individuelle"
Article mis en ligne le 11 septembre 2006
dernière modification le 27 avril 2015

par r-c.
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Terre Libérée, Luynes, 1923-1949.

Terre Libérée, Louis Rimbault : l’une ne va pas sans l’autre. Non pas dans un désir de personnaliser absolument l’expérience ou de lui trouver nécessairement un chef (ce que Rimbault lui même récuserait). Mais parce que tous les écrits, tous les témoignages sur Terre Libérée tournent autour de ce personnage haut-en-couleur, mégalomane et fantaisiste et malgré tout d’un rationalisme poussé...

Anarchisme, illégalisme et végétalisme

Début du XXe siècle. Une mouvance nouvelle s’affirme dans les milieux anarchistes : les anarchistes individualistes décident de vivre, sans attendre, leur anarchisme et pour cela transforment, parfois radicalement, leur mode de vie, refusant le salariat et le conformisme bourgeois. Poursuivant leurs attaques contre les autorités quelle qu’elles soient (l’Etat, le patron ou la morale bourgeoise), ils sont illégalistes, milieux-libristes, végétaliens, buveurs d’eau, faux-monnayeurs, partisans de l’amour libre, nudistes ou naturiens.

Louis Rimbault

Louis Rimbault a une trentaine d’années lorsqu’il découvre ce milieu. Né à Tours le 9 avril 1877, dans une famille pauvre de huit enfants et dont le père est alcoolique, il a d’abord appris la tôlerie puis il "trimarde". Suit un emploi dans un hôtel restaurant, d’où il s’enfuit avec la fille des patrons, alors enceinte. Ils reviennent, se marient, montent une quincaillerie à Livry-Gargan (Seine-et-Oise). Rimbault travaille ensuite comme serrurier. Vers 1903, il est élu conseiller municipal sur une liste radicale-socialiste. Et puis, en 1908, il devient abstentionniste en matière d’élections sans être à proprement parler anarchiste. Son frère, Marceau Rimbault vécut alors quelques mois à son domicile. Ce dernier écrit dans l’anarchie, journal anarchiste individualiste. Et Louis Rimbault commence à fréquenter les individualistes.

Attiré par les "milieux libres", il vit quelques temps à Bascon (Aisne) avec Georges Butaud et Sophia Zaïkowska, les plus fervents bâtisseurs de milieux libres. Il tente également sa propre expérience aux Pavillons-sous-Bois (Seine), avec son frère et Garnier, futur allié de Bonnot. C’est à cette période (vers 1910) qu’il devient végétarien. Les récits sur ce milieu libre manquent, lui-même n’en narrant après coup que les âpres querelles entre carnivores et végétaliens :

"Dans ce milieu essentiellement libertaire, il y eût, entre carnivores et végétariens, des luttes violentes (...) Le budget de la colonie était difficile à boucler par les exigences coûteuses et les pratiques démoralisantes des buveurs de vin, de bière, de café, de thé, par les mangeurs de viande de boucherie, de charcuterie, de poissons, de volaille, de conserves, par les gourmands d’oeufs, de lait, de beurre, de fromage, de chocolat, de pâtisserie, de confiserie, etc., etc. Ces faux besoins plaçaient les colons dans l’obligation de recourir à leur propre exploitation, au "tapage" ou à des expédients peu dignes d’hommes vivant pour un exemple de libération" [1]

Chez certains individualistes, l’opposition classique entre un ordre social et un ordre naturel se renforce dans l’idée qu’il y aurait des lois de la Nature, physiques et biologiques, dictées par la science et la raison. Et ainsi des besoins "factices" et des besoins "naturels". Cette conviction donne lieu à la mise en place de luttes contre des aliments et des substances toxiques. Ainsi au journal l’Anarchie, le végétalisme ou l’anti-alcoolisme sont de mise avec des propagandistes tels que Libertad ou Paraf-Javal. Les "Bandits tragiques" sont connus pour leur régime alimentaire et leur hygiène de vie.

Ces restrictions alimentaires, outre la justification théorique, sont aussi un moyen de mener une vie à moindre coût, et de prendre, parfois, ses distances avec l’esclavage salarial... Mais le végétalisme n’y suffit pas toujours. Ce besoin d’une libération immédiate, en particulier du travail salarié, qui reste une idée très forte chez Rimbault jusqu’à sa mort, s’accommode parfois mal de la grande pauvreté de certains individualistes.

Une des idées de Rimbault pour gagner de l’argent est de créer les C.O.S. (Conseil d’Ouvriers Syndiqués), "application du communisme économique en pleine société bourgeoise". Il va exposer son projet à plusieurs reprises, notamment à Tours où il rencontre Victor Coissac (futur fondateur de la colonie "L’Intégrale") en 1911, puis en 1919, au moment de la grande grève des cheminots. L’association disposerait d’ateliers où chacun pourrait venir travailler gratuitement le samedi après-midi.

« On ne peut envisager l’émancipation des producteurs qu’en modifiant les conditions économiques qui saturent et pourrissent les hommes les plus fiers, les esprits les plus libres ; par exemple : réserver une part des cotisations syndicales à monter tous établissements dans lesquels ils pourraient aussi travailler à assurer leurs besoins les plus immédiats, tout en s’affranchissant d’un patronat qu’ils priveraient graduellement de sa propriété en lui retirant la main d’oeuvre. [...] c’est là toute la théorie des « C.O.S. » » [2].

On retrouve là l’idée chère au milieu libre de vivre par ses propres moyens. Seulement, peu de producteurs semblent emballés par l’idée de travailler plus en attendant et la proposition n’est guère au goût de la C.G.T qui l’accuse d’être un agent provocateur....

L’illégalisme va être une solution nettement plus prisée par les anarchistes, et Rimbault n’y échappe pas : en 1911, il va être impliqué dans le procès des « Bandits tragiques » et incarcéré deux ans pour complicité. Emprisonné, il simule la folie. Et lorsqu’il comparaît, il est acquitté et libéré.

Cette recherche d’une libération, d’une émancipation immédiate, le refus du salariat et dans une certaine mesure de la société industrielle et l’hygiène de vie adopté avant-guerre dans les milieux anarchistes vont marquer Rimbault de manière durable. Après guerre, il mûrit peu à peu l’idée de fonder une cité végétalienne...

Suite :

- 02. Le projet d’une cité végétalienne

- 03. Terre Libérée, les buts

- 04. Terre Libérée, historique

- 05. Des anarchistes, des naturistes, des végétaliens...

- 06. Anarchisme, révolution et évasion

Notes :

[1RIMBAULT L., "Libération économique", Le Néo-Naturien, n° 16, février 1924

[2Louis Rimbault, « Pour ne jamais fumer », Le Néo-Naturien, n° 22, août-octobre 1927 (extrait d’une brochure parue en 1920

P.S. :

- Bibliographie de Louis Rimbault
- Texte intégral à télécharger et imprimer en brochure


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