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DAVRANCHE, Guillaume. Réponse à Yves Coleman
Lettre publiée par Courant alternatif de novembre 2005
Article mis en ligne le 14 avril 2006
dernière modification le 30 novembre 2015

par r-c.
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Textes du débat

1. COLEMAN, Yves. "La farce de la ’victoire’ du non".

Du nationalisme des partis bourgeois de gauche et des manœuvres politiciennes de l’extrême gauche, trotskyste et libertaire

2. COLEMAN, Yves. Quelques précisions à propos de "La triste farce de la ’victoire’ du non"

3. Lettre de Xavier

4. COLEMAN, Yves. Réponse à Xavier

5. Lettre de Julien sur la victoire du "non"

Alternative libertaire n’a pas à rougir de sa campagne contre la Constitution européenne. Une réponse, à titre personnel, à quelques pages publiées dans Courant alternatif .

Le mensuel Courant alternatif a traité, dans son dernier numéro, du résultat du référendum sur la Constitution européenne. Mais à mon sens – et c’est ce qui motive cette réponse –, il l’a fait de façon incohérente. Ainsi, en pages 4 à 6, Courant alternatif publie, sous le titre « Le référendum comme analyseur social » une analyse de Jean-Pierre Duteuil sur la situation politique née de la victoire du « non ». En elle-même, cette analyse est assez proche de celle que peut faire Alternative libertaire : nature de classe du « Non », marginalisation de l’expression d’extrême droite, recompositions politiciennes en vue. Manque sans doute une appréciation de ce qu’a signifié, en termes de clarifications internes, le positionnement des organisations syndicales (CGT, Solidaires, etc.). Car si la victoire du « non » pouvait apporter quelque chose de positif, cela ne pourrait venir que du mouvement social, théâtre essentiel du militantisme libertaire.

Quelle expression des libertaires ?

Or Jean-Pierre Duteuil reste silencieux sur l’intervention des libertaires dans la campagne. Il concluait pourtant avec justesse :

« Deux erreurs sont à éviter. L’une, que la satisfaction vis-à-vis des résultats du référendum et des résistances qui l’ont précédés nous illusionnent sur les capacités et l’efficacité des regroupements et des recompositions à venir […]. Que l’on oublie que nous n’avons pas assisté à une rupture avec le capitalisme et qu’une telle rupture ne peut provenir d’un résultat électoral. L’autre serait de se complaire dans un strict repli critique qui se contenterait de décortiquer et d’analyser chaque élément du puzzle politique qui s’étale devant nous, avec justesse peut-être, mais d’une manière si froide et lapidaire qu’elle interdirait en définitive toute perspective de pratique sociale. Entre les deux, la voie est étroite, mais sans doute empruntable. »

Cette voie étroite, celle d’une opposition anticapitaliste et internationaliste au Traité constitutionnel européen (TCE), tout en poussant les luttes sociales, Alternative libertaire s’est justement efforcée de l’emprunter. Peut-être de façon imparfaite d’ailleurs, mais cette organisation n’est pas fermée à la critique et aurait volontiers reçu des remarques sur le contenu de sa campagne [1]. Hélas, au lieu d’un commentaire argumenté, Courant alternatif a choisi de reproduire, en pages 26-27, sous la têtière « Point de vue », l’éructation bouffonne d’un Yves Coleman…

Du Philippe Val ultra-gauche

Ce papier est tellement bête et méchant qu’on croirait presque le voir gesticuler, et jeter de droite et de gauche les énormités éculées dont les éditos de L’Express ou du Point, pour ne citer qu’eux, nous avaient déjà régalés pendant des mois. Florilège : selon Coleman
« la pseudo-victoire du non est le fruit d’une alliance contre-nature dans les urnes » entre les électeurs du FN et ceux de gauche » (l’alliance dans les urnes : tarte à la crème du politologue fatigué) ; « La campagne […] a vu ressurgir […] les formes les plus ambiguës de l’anti-américanisme au nom de la dénonciation de l’Otan ou de l’OMC […] » (dénoncer l’Otan et l’OMC, c’est de l’anti-américanisme : crétinisme libéral pur jus) ; et pour finir, l’affaire du « plombier polonais » serait selon lui imputable aux opposants au TCE… qui n’y sont pour rien, puisque cette expression est due à Fritz Bolkenstein – partisan du TCE dans mon souvenir – et a ensuite été martelée par les médias oui-ouistes jusqu’à faire croire que cette absurdité était due aux opposants. Cette inversion des rôles, Coleman la fait sienne, mais, pris par son élan, il va jusqu’à nous informer qu’en réalité… il n’y a que 150 plombiers polonais en France (ouf, nous voilà rassurés !), donnant ainsi du crédit à cet argument inepte, cinq lignes après s’en être offusqué.

Vu la confusion de ses propos, visiblement, le seul but de ce papier était d’insulter l’extrême gauche – dont bien sûr Alternative libertaire. D’ailleurs que reproche-t-il précisément à AL ? De n’avoir pas appelé, dans le cadre de la campagne, à « renverser l’État bourgeois et former des conseils ouvriers »… Brillante idée. Passons. Et quoi d’autre ? D’avoir, en évoquant le 29 mai, parlé d’une « petite victoire sociale, et une grande victoire symbolique ». C’est pourtant ce que ça a été, à moins de démontrer le contraire. Pour comprendre ce qu’AL voulait dire par là, il fallait lire la suite, que Coleman ne cite pas :

« Mais tout dépendra alors de ce que nous saurons en tirer. Ce sera pitoyable, si cette victoire sert uniquement de tremplin pour battre la droite en 2007 et la remplacer par un gouvernement de gauche, dont on sait qu’il poursuivra pour l’essentiel la même politique. Au contraire, cette victoire du Non, […] il faut espérer qu’elle regonfle le moral des classes populaires, qu’elle serve de tremplin pour un renouveau des luttes sociales […]. » (allocution AL du 1er mai 2005).

La controverse oui, la polémique non

C’est la position sans ambiguïté d’AL contre le TCE qui lui a permis d’avoir un minimum d’audience dans cette bataille d’opinion. Les camarades de Courant alternatif reconnaîtront, je pense, qu’il y avait alors deux enjeux. Primo : stopper ce projet de régression sociale qu’est le TCE ; secundo : le faire avec une argumentation anticapitaliste et internationaliste, et en dénonçant clairement les illusions social-démocrates sur une hypothétique « autre Europe ». Alternative libertaire l’a fait, et s’est efforcé de montrer en cela davantage de cohérence que certaines organisations et groupes anarchistes, qui se sont pris les pieds dans le tapis de leurs propres tabous, et n’ont eu dans cette affaire qu’une expression confuse, contradictoire et embarrassée.

Après le 29 mai, l’enjeu a changé. Il est désormais d’éviter la polarisation sur 2007, en mettant l’accent sur le nécessaire rebond des luttes sociales – l’initiative autour de Dugny (Meuse) contre le train privé avait cette importance politique. Il y en aura d’autres. C’est là qu’on attend les militant(e)s révolutionnaires, plus que dans des jérémiades d’arrière-garde sur la grève générale qui n’a pas éclaté le 30 mai…

Pour conclure, je regrette que Courant alternatif ait cru opportun d’adresser des critiques à Alternative libertaire par le biais de l’article brouillon d’un auteur fluctuant [2]. L’article de Duteuil, pour sa part, montre bien qu’il y a des interrogations communes. Alors quitte à ne pas être d’accord, optons pour une franche controverse, mais ne cédons pas à ces petites malveillances.

Guillaume Davranche (militant d’Alternative libertaire)

Suite du débat

7. COLEMAN, Yves. Bref commentaire sur les procédés d’un plumitif « libertaire »

8. Temps critiques Quelques remarques sur « La farce de la victoire du non »

9. COLEMAN, Yves. Réponse à Temps critiques : malentendus et désaccords

Notes :

[1Ce contenu a été largement diffusé et est encore consultable sur www.alternativelibertaire.org. On peut se reporter notamment, dans l’ordre chronologique, au quatre-pages argumentaire sur le TCE qui a charpenté la campagne ; aux désaccords d’AL avec l’Appel des 200 (article : « L’Europe, nouvelle utopie sociale-démocrate ») ; à l’intervention publique à la fête d’AL (« Tout dépendra de ce que nous saurons tirer d’une victoire du Non ») publiée dans le n° de mai ; ou encore au tract « 2007 on s’en fout, tout passe par la lutte » diffusé le soir du 29 mai.

[2Personnellement je trouve ridicule son indignation, lorsque le PS se fait virer de manif (article « Aujourd’hui, ils cognent le PS, demain à qui le tour ? » dans Ni Patrie Ni Frontière n°6-7)…


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