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Constitution européenne
CGA. "Pour les luttes, OUI ou NON, riment avec ABANDON !"
L’Europe sociale ne se construira que par le biais de nos mobilisations !

Position de la CGA sur la Constitution européenne, adoptée le 10 avril 2005.

Article mis en ligne le 6 juin 2006
dernière modification le 25 avril 2015
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L’alternative : référendum ou luttes sociales

Aujourd’hui, la question de la Constitution européenne occupe, avec la réponse que les un-e-s et les autres se proposent de porter le 29 mai, la totalité du paysage politique de l’hexagone.

La tendance est même déjà à l’occultation, sinon des problèmes sociaux, du moins des luttes qui logiquement s’y rattachent !

En clair, si les manifestations successives, et quelquefois les grèves, auxquelles nous avons été conviées depuis le mois de janvier 2005 (20/01 ; 05/02 ; 10/03…) entretiennent un climat contestataire certain, elles n’ouvrent en revanche sur aucune perspective d’affrontement social avec le MEDEF et/ou le Gouvernement , encore moins sur d’éventuelles victoires ouvrières…

Le 10 mars pour la première fois depuis la défaite sur les retraites, salariés du public et du privé étaient côte à côte dans la grève. Dans des cortèges déjà peu combatifs, la propagande pour le Non a relégué au second rang des préoccupations ou occulté la nécessaire construction d’un rapport de force avec l’Etat et le patronnat sur le terrain social en faisant converger les luttes.

L’appel à choisir l’un ou l’autre camp éloigne les salarié-e-s, les exploité-e-s , les exclu-e-s et les chômeur(euse)s…, du terrain des luttes pour les livrer à la pratique illusoire et nuisibles de l’électoralisme et du « toutes et tous égaux » [1] dans les isoloirs...

Référendum et stratégie de chapelles…

Il paraît évident que certains y puisent un intérêt, sinon avoué, du moins avéré.

Pour l’ex gauche plurielle (PCF, militants verts, militants du MDC, du PS), il est très clair que la condamnation “électoraliste” des méfaits du libéralisme n’a d’autres incidence que celle d’exister dans le champ de la politique politicienne. Ils se contenteraient bien volontiers des dérives d’un capitalisme plus soft offrant une alternative sociale-démocrate libérale au libéralisme hard des tenants d’un ultra-libéralisme outrancier. Pour la “gauche de la gauche” comme la LCR ou encore pour des syndicalistes se retrouvant sur l’appel au vote NON à la constitution, ils ont depuis longtemps, tourné la page d’une révolution souhaitée et nécessaire. Ils ne considèrent visiblement plus la question de la révolution comme devant être le moteur de leurs engagements respectifs, encore moins le moteur et l’objectif avoué des luttes sociales... Leur engagement dans le système électoraliste et parlementaire nous laisse à penser qu’ils se contenteraient finalement eux aussi d’une gestion capitaliste plus “humaine”.

OUI ou NON, la gauche poursuit sa politique d’intégration…

Tous ceux-là, à l’exception des trotskistes qui n’étaient pas conviés, se rencontraient au quotidien gouvernemental sous les plafonds lambrissés du Pouvoir.

Au gouvernement hier, dans « l’opposition » aujourd’hui, ils se retrouvent quand il s’agit sinon d’avaliser le système tel qu’il est, en tous les cas de s’en contenter !
Les seuls changements que les uns et les autres s’accordent à envisager relèvent uniquement des aspects et/ou de certaines conséquences, « plus ou moins acceptables », de la division de la société en classes !

L’Europe « sociale » c’est l’alibi… L’Europe de « l’exclusion » c’est la réalité !

Que ce soit le OUI qui l’emporte ou que ce soit le NON, il est sûr que la condition de la France d’en bas, comme Raffarin se plaît à nous définir, ne s’en trouvera pas améliorée...

Sans la constitution proposée, au soir d’une hypothétique victoire du NON en France, l’Europe actuelle poursuivrait sa marche en avant, en favorisant le marché capitaliste, la libre circulation des marchandises, en renforçant les mesures inégalitaires déjà existantes, en amplifiant l’exploitation par le biais de la circulaire “Bolkestein”, au plus grand bénéfice des libéraux. Et pour nous rappeler que l’Europe de Rome, de Schengen, de Maastricht ce n’est pas et ce ne sera jamais l’Europe sociale !

Voter NON ce n’est en aucun cas faire un pas vers l’Europe sociale mais cela renforce l’idée totalement illusoire que le moteur du changement serait dans les urnes.

Avec la constitution adoptée, au soir d’un hypothétique succès du OUI en France, l’Europe ajouterait, à l’Europe actuelle, des mesures et des circulaires qui garantiraient son ancrage dans la tradition inégalitaire et libérale.

Alors, l’Europe sociale c’est pour quand ?

L’Europe sociale, si nous la désirons, nous nous devons de la construire contre les patrons. Nous ne pouvons attendre d’eux aucune concession !

L’Europe sociale, si nous la désirons, nous devrons la construire à partir des luttes dans chacun des pays qui composent l’Union, avec un souci commun, celui de créer une Europe fédérale débarrassée des Etats et du capitalisme.

Cette Europe sociale, tout naturellement, pourra s’inscrire dans un champ internationaliste, pacifiste, égalitaire et solidaire !

Et les syndicats là-dedans ?

Les organisations syndicales qui se proposaient de respecter non pas un neutralisme bienveillant, mais tout au moins un respect scrupuleux des engagements « partidaires ou non » de leurs adhérent-e-s viennent d’investir la scène référendaire.

Les consignes électorales qui n’avaient pas cours jusque là font aujourd’hui les délices des commentateurs et le miel des politologues.

Aujourd’hui, le NON et le OUI divisent les adhérent-e-s des centrales syndicales ouvrières.
A la Direction de la CGT par exemple, les positionnements font appel aux lois de l’équilibrisme. Ainsi Thibaut ne déclare-t-il pas qu’il est favorable au OUI alors que les instances de sa centrale se proposent de voter NON ?
Ces débats ne favorisent pas, c’est évident, la nécessaire union des salariés autour des combats sociaux...

Constitution ou construction européenne ?

Le fait de dire NON à la future constitution européenne se trouve, dans l’esprit de ses défenseurs, « médiatisé » à tel point que cela laisse supposer que c’est LE moyen de mettre un terme à la politique ultra libérale qui a cours dans l’hexagone et… bien au-delà.

En réalité, ceci est une vaste fumisterie.

L’Europe existe déjà, nous l’avons souligné, avec son cortège d’inégalités sociales, de circulaires tendant à limiter les droits des citoyens, européens et… étrangers. L’Europe libérale existante est déjà un vaste champ, ouvert à la libre circulation des marchandises et aux contrôles sévères et pointilleux des personnes…

Le NON n’y changera rien ! En revanche la participation à la mascarade référendaire (et électoraliste) légitime l’abandon des luttes au profit d’une participation toute illusoire au processus décisionnel quant à l’agencement de la future Europe…

Pour satisfaire leurs intérêts de chapelles, leurs appétits de Pouvoir et leurs stratégies politiciennes, les forces qui, à « gauche », appellent au NON, prennent soin de nous préciser que c’est à un NON de gauche qu’elles appellent !

Leurs bulletins, dans le secret des urnes s’additionneront avec les NON de droite et d’extrême droite. Ce simple constat nous renseigne sur les difficultés qui surgiront au moment de critiquer la constitution ainsi adoptée, démocratie bourgeoise et « participative » oblige…

Il serait bon du reste, de se souvenir que François Mitterrand et beaucoup d’autres socialistes en même temps que le Parti Communiste Français appelèrent à voter NON lors du référendum sur la Constitution de la Vème République.

Le résultat, un OUI massif, n’empêcha nullement, plusieurs années après, François Mitterrand d’être le Président élu de cette même constitution et le PCF de ne pas rechigner à faire figurer quelques ministres, dans divers gouvernements à partir de 1981…
Mme Buffet ne critiquait pas la Constitution « Gaulliste » lorsqu’elle était Ministre des sports du gouvernement Jospin…

Le vote, pour en terminer avec le flou entretenu, ne concerne pas tant l’acceptation ou le rejet du texte constitutionnel que la possibilité, à usage franco-français, d’opérer une recomposition à la gauche de la gauche, en vue d’une éventuelle alternance au moment des prochaines échéances nationales.

Pour toutes les forces qui s’engagent aujourd’hui autour de cette stratégie d’alliance à caractère électoraliste, les luttes sont un prétexte et un faire-valoir mais à aucun moment une finalité. D’autres partisans du NON pensent, pour certains sans attache « partidaire » précise, qu’il faut s’opposer à ce que les principes du libéralisme soient « gravés dans le marbre ». Ils espèrent, ce faisant, que des politiques étatistes et interventionnistes de « gauche » puissent stopper le rouleau compresseur libéral. Ils laissent supposer qu’elles sont les seules à même de le faire.

Ces partisans du NON reproduisent et accréditent ainsi l’idée qu’un changement radical et émancipateur peut s’envisager à partir d’une prise de pouvoir. Ils légitiment et valident ainsi une idée passablement dépréciée. Et, en perpétuant encore et toujours cette pratique social-démocrate totalement invalidée par l’Histoire, ils participent objectivement à éloigner le plus grand nombre du combat social qui, pour nous, reste la seule voie susceptible d’offrir des perspectives de changement.

L’alternative au vote…

Les choses paraîssent en réalité fort simple. Le référendum, nous en sommes convaincus, ne va rien changer à l’affaire et ce, quel qu’en soit le résultat au soir du 29 mai.

Aussi, il faut non seulement ne pas appeler les citoyens aux urnes, mais bien au contraire il faut les convier à s’en éloigner, à multiplier les situations de désobéissance civile, à multiplier les conflits dans les entreprises, à multiplier les foyers de résistance en réponse aux attaques patronales et gouvernementales.

Il ne s’agit nullement de renvoyer dos à dos les partisans du Oui et ceux du NON, mais, au contraire, de bien montrer qu’ils sont, les uns et les autres, et quels que soient les buts qu’ils poursuivent (inavoués quelquefois), en contradiction avec les intérêts des salariés, des chômeurs, des exclus, des sans, etc…

Pour la grande majorité de la population qui subit la « politique » et les conséquences de l’usage du pouvoir (de l’abus qui en est fait), les questions de l’investissement dans les luttes et l’auto-organisation de celles-ci doivent devenir des préoccupations essentielles dans la société.

La volonté de vivre dans un Pays (la France) débarrassé de toutes les inégalités sociales et autres, l’envie de vivre sur un Continent (l’Europe) où les questions sociales prennent le pas sur les dérives économiques et libérales, le souhait profond de vivre dans un Monde meilleur, avançant au rythme des progrès humains et non plus au bénéfice des inégalités et des profits capitalistes, cette volonté ne passe pas par les isoloirs mais par une lutte de tous les instants !

Coordination des Groupes Anarchistes
Perpignan, le 10 avril 2005

Notes :

[1C’est en effet la caractéristique majeure de l’électoralisme de faire avaler qu’en tant que citoyen, la voix d’un individu “ lambda ” et celle d’un patron d’entreprise (y compris du MEDEF), pèsent le même poids, au soir des joutes électorales…


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