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ENCKELL, Marianne. "La position de la Suisse durant la Guerre d’Espagne"
Article mis en ligne le 23 juillet 2006

par r-c.
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La position de la Suisse

Extrait de la Préface de Pour le bien de la révolution

Les premières informations envoyées d’Espagne sont enthousiastes. Domenico Ludovici, Italien immigré en Suisse depuis 1907 et collaborateur du Réveil anarchiste de Genève, écrit de Barcelone le 6 août : « On vit en plein enthousiasme. Ici, si ce n’est pas l’anarchisme pur, nos camarades espagnols nous ont montré que l’on peut vivre sans patrons... Je vis des heures d’intense émotion et il me semble avoir encore vingt ans. C’était mon rêve, la révolution a été l’aspiration de ma vie tout entière. Ici nous la vivons sur le plan moral et matériel ; que demander de plus à un militant ? »

Giuseppe Ruozzi, correspondant du journal anarchiste genevois depuis janvier 1936, note le 22 août, sous le pseudonyme de Tranquillo : « La révolution espagnole actuelle poursuit la série des révolutions entamée avec celle de 1789. » Un fil rouge courrait donc de la Révolution française à la Révolution espagnole, passant par la Commune de Paris et la Révolution russe, aujourd’hui dégénérée en un État autoritaire dirigé par une nouvelle classe. Les anarchistes de Suisse s’organisent avec une grande énergie. Leur enthousiasme se comprend aisément : leurs organisations, liquidées par le fascisme dans plusieurs pays, continuent de se développer en Espagne de manière exceptionnelle.

Le 7 août 1936, au Victoria Hall de Genève se tient un meeting du Comité d’aide au peuple espagnol. Devant 1500 personnes, le typographe tessinois Louis Bertoni, rédacteur du Réveil/Risveglio, exalte la révolution espagnole et demande la solidarité des classes opprimées. D’autres réunions se tiennent sans cesse, récoltent plus de 10 000 francs ; un groupe d’anarchistes se charge des liens avec l’Espagne, de la divulgation d’information, de l’envoi de matériel, d’armes et de volontaires. L’Association des Amis de l’Espagne républicaine multiplie meetings de propagande et soutien matériel. Les contacts avec l’Espagne sont directs. Certains, comme l’anarchiste Auguste Cornu ou le médecin socialiste André Oltramare (ancien conseiller d’État à Genève), se rendent en Espagne en septembre ; Octave Heger et Adrien Buffat, des anarchistes de la FOBB lausannoise, y seront en octobre, suivis de près par d’autres syndicalistes, les Valaisans Léonce Meizoz et Fernand Fellay, les Genevois Lucien Tronchet et Louis Bertoni. Ce dernier parle dans un meeting à Barcelone avec d’autres anarchistes connus, Emma Goldman, Sébastien Faure, Camillo Berneri. Des groupes de femmes tricotent et envoient des vêtements et des vivres aux compagnons partis pour le front ; Lucien Tronchet, secrétaire de la FOBB genevoise, est chargé par l’Office ibérique d’expansion économique de jumeler les coopératives agricoles espagnoles avec les coopératives de consommation en Suisse ; il fournit aussi des fraiseuses et ajusteuses aux usines de Catalogne. Déjà au début d’août 1936, la presse suisse se lamente sur les pertes financières subies en raison des collectivisations de Catalogne, de l’Aragon et du Levant. Des cars partent chercher ou aider le millier de Suisses qui résident en Espagne. Le 14 août, le Conseil fédéral publie un décret interdisant l’enrôlement de Suisses dans la guerre d’Espagne ainsi que toute forme de solidarité. Le 3 novembre, un autre décret ordonne aux PTT de confisquer « journaux, écrits ou autre matériel de propagande importé en Suisse à caractère communiste ou anarchiste, antimilitariste ou antireligieux ».

Le 23 novembre 1936, Louis Bertoni reçoit un courrier du procureur général de la Confédération : on le menace d’inculpation s’il continue sa série de conférences. La répression s’alourdit en 1937. Des militants communistes sont emprisonnés sous l’accusation d’avoir organisé l’envoi de volontaires, des manifestations publiques sont interdites, comme le 1er mai 1937 à Genève où 150 policiers en armes confisquent de force un autocar portant les couleurs de la CNT-FAI. La censure de journaux, la saisie de tracts, la violation du secret postal et télégraphique, les menaces contre les subversifs étrangers deviennent quotidiennes. Le 4 janvier 1938, le compte de chèques postaux du Réveil anarchiste est bloqué par les autorités et le restera jusqu’en mars 1939, à la fin de la guerre d’Espagne."

Marianne ENCKELL


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