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CREAGH, Ronald. Actualité du pacifisme
Article mis en ligne le 11 octobre 2006

par r-c.
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Des personnalités parmi les plus respectables ont adhéré aux principes du pacifisme : l’indien Gandhi, le russe Tolstoï, l’autrichien Stefan Zweig, l’anglais Bertrand Russell, le français Romain Rolland. Pourtant, cette philosophie est mal connue et les pacifistes sont diffamés.

Des groupes religieux ont également promu ou soutenu le mouvement pacifiste : par exemple, les quakers et les mennonites, les tolstoïens, et bien d’autres.

Le pacifisme serait-il une pieuse ilusion ?

L’avenir n’est plus ce qu’il était

Tout le monde veut la paix, mais les opinions changent quand la patrie est attaquée. Certains réclament un gouvernement mondial, mais il serait naïf de penser qu’il ne reflèterait pas les rapports de force en présence. De quel poids pèserait le petit peuple en comparaison des multinationales ?

D’autres prônent le désarmement général, et de fait la prospérité du Japon et de l’Allemagne, après la Seconde guerre mondiale, provient en partie du fait qu’ils ont fait l’économie d’une armée dispendieuse.

Les luttes de classe et les guerres civiles apparaissent dans les sociétés hiérarchisées, où dominent des groupes ethniques, religieux, des mafias politiques ou financières ; en effet, le pouvoir est concentré dans les mains de quelques-uns, les minorités et parfois les majorités sont opprimées [1]. Toute société hiérarchisée connaît ainsi d’interminables et parfois de sanglantes luttes pour le monopole du pouvoir. Le phénomène s’est amplifié avec les sociétés étatiques : le carnage est d’autant plus grand que leur population est plus nombreuse et les armes plus dévastatrices.

Les guerres se multiplient de nos jours en prenant des formes nouvelles. Par exemple, les guerres dites "de basse intensité" ou le gouvernement par la peur. Les premières recourent de plus en plus à l’espionnage généralisé des couches les plus pauvres de la société, baptisées "populations à risque". Le matraquage médiatique sur l’insécurité urbaine ou le "terrorisme", qualification bien commode qui permet de déconsidérer tout contestataire, bref une atmosphère généralisée d’instabilité du monde, a considérablement changé les espaces de vie. Les voisins se claquemurent dans leur propriété et il suffit de se rendre dans une grande gare pour se croire sous un régime d’occupation militaire. Enfin, l’égocentrisme prôné par la société capitalisme accroît encore le sentiment d’impuissance de chaque individu.

L’armée ne suffit pas, on recourt aux mercenaires. Leurs employeurs peuvent ainsi se laver les mains : les bandes errantes n’engagent pas la responsabilité du pays recruteur. Une pléiade d’institutions viennent compléter l’oeuvre de déculturation : volontaires de la paix, Eglises chrétiennes, islamistes, etc. Les agressions à l’extérieur s’accompagnent ainsi de plus en plus d’une guerre civile sous-jacente.

Le pacifisme est divers

Malgré ces constatations, tous les pacifistes ne sont pas anarchistes, loin s’en faut, et tous les anarchistes ne sont pas pacifistes.

D’ailleurs, le pacifisme prend des formes très diverses, le militarisme aussi. Le chansonnier Montehus, par exemple, salue les militaires qui n’ont pas tiré sur les émeutiers français, mais les applaudit quand ils affrontent un pays étranger.

Le courant pacifiste s’exprime dans plusieurs traditions, universaliste, religieuse ou laïque. Il utilise aussi plusieurs stratégies pour la paix, du refus absolu de toute utilisation de la force (non-violence) à celle de la résistance armée (contre-violence)". [2]

Les pacifistes sont-ils réalistes ?

On critique à juste titre la collaboration de certains pacifistes français avec les nazis. Néanmoins, ces cas particuliers n’autorisent guère les généralisations hâtives et orientées de ceux qui accusent en bloc tout ce courant de révisionnisme. Ce type de collaborateurs participa surtout à la propagande et n’imita pas ces officiers français qui rejoignirent les Waffen SS, puis la division Charlemagne, laquelle compta quelque 7000 volontaires.

Certains militaires français ont accrédité l’idée que la guerre de 1939 a été perdue à cause de la propagande en faveur du désarmement. Ils ont singulièrement oublié les fanfaronnades de leur propagande au sujet de la Ligne Maginot, et ils n’ont visiblement pas lu les Mémoires de leur maréchal en chef, qui raconte que lorsque la France a déclaré la guerre à l’Allemagne nazie, les tanks se trouvaient en un lieu, les hommes dans un autre, et l’essence ailleurs...

Discrédité et caricaturé, le pacifisme est aussi méconnu. À notre connaissance, l’Université française compte des Centres de recherche militaire mais pas un seul Institut d’Études de la paix.

Les promoteurs de la paix ne peuvent plus se contenter de réclamer la suppression des armées, ils doivent convaincre une foule qui est maintenue dans la peur et se confronter à d’autres adversaires, claquemurés dans l’ordre établi, et dont certains sont payés pour les dénoncer.

Insoumis, antimilitaristes, non violents ne rêvent pas d’un monde sans conflits, ce qui serait le priver de sa substance. Ils militent pour que peuples et individus apprennent à gérer les conflits sans agressivité et s’efforcent de diffuser une culture de la non violence. Ils estiment que "si la guerre est la réponse, c’est que la question est idiote".

Faut-il rappeler que la chûte de la plus puissante armée du Moyen-Orient, celle d’Iran, s’est faite pratiquement sans tirer un coup de feu, et que l’Union soviétique s’est écroulée lorsque les populations ont voté avec leurs pieds en quittant en masse leurs pays ?

Ronald CREAGH

Notes :

[1Ainsi la classe ouvrière était marginale à la nation française jusqu’à la guerre de 1914. La législation, par exemple, était dans les mains patronales.

[2Bernard Ravenel, Le Monde diplomatique, juillet 1994


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