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MINTZ, Frank. "Sur Bakounine, l’Allemagne et le nationalisme"
Article mis en ligne le 15 décembre 2006
dernière modification le 26 avril 2015

par r-c.
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Bakounine est une référence, non un dogme, pour les anarchistes. Il est donc logique et nécessaire, comme l’a fait René Berthier, de revoir certains points essentiels. Il s’agit ici de la fondation du nationalisme allemand et du pangermanisme, selon Bakounine. René Berthier juge les affirmations bakouniniennes et les conséquences qu’il en tire sur la prise de conscience révolutionnaire, à la lumière des connaissances historiques actuelles, et en comparant avec les analyses de Marx et Engels [1].

Formation du nationalisme allemand

"Partout, dit Bakounine, le protestantisme a produit l’esprit de liberté et d’initiative,"donnant principalement à la classe moyenne et aux corporations ouvrières des vil les un essor vigoureux et puissant. Pourquoi en Allemagne le protestantisme s’accompagne-t-il du despotisme des princes, de l’arrogance des nobles et de la soumission des classes laborieuses ? [2]

C’est en fait que l’expansion germanique a lieu à l’Est en luttant contre les Slaves, et donc, le pouvoir militaire devient le pilier de la société. Lors de la guerre des paysans de 1525, le pouvoir réprime, avec la bénédiction de Luther et d’autres théologiens. "C’est en effet à partir de cette date que commence, selon Bakounine, le long sommeil qui s’abattit sur le pays jusqu’à la moitié,du XVIII siècle [3]. "

Pour Bakounine, le protestantisme allemand est ainsi constamment caractérisé par la négation, dans les faits, de la liberté de conscience, par la soumission de l’Eglise au pouvoir politique, et par l’acceptation passive de tout sta¬tu quo politique et social, par ce que Bakounine appelle la "propagation systématique de la doctrine de l’esclavage" [4].

Les historiens, et l’interprète du protestantisme Max Weber, confirment les grands traits de cette interprétation. Marx et Engels également, mais ils en tirent des conclusions radicalement distinctes. Marx considérait les mouvements ré¬volutionnaires paysans comme rétrogrades. Cependant Engels avait observé les capacités organisationnelles des paysans allemands semblables, voire plus avancées que celles de la bourgeoisie germanique au XIX siècle. Mais cela ne modifia pas la vision déterministe de l’évolution historique par étapes successives obligatoires. Marx n’évolua que tardivement sur ce point [5].

Bakounine s’emportait contre la primauté absolue de l’économisme sur les autres facteurs sociaux ; Ce principe est profondément vrai lorsqu’on le considère sous son vrai jour, c’est-à-dire d’un point de vue relatif ; mais il néglige la réaction pourtant évidente, des institutions politiques et juridiques et religieuses sur la situation économique [6].

Le nationalisme allemand au XIX siècle

Les différents peuples slaves opprimés par la Russie, l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie cherchaient à s’émanciper, dans le désordre. Les Slovaques, dit Bakounine, les Silésiens et les Polonais s’opposaient aux Tchèques ; les Ruthènes [Ukrainiens] s’opposaient aux Polonais qui ne voulaient pas reconnaître leur droit. Les Slaves du Sud, "indifférents à toutes ces chamailleries", préparaient la guerre contre la Hongrie [...] Bref, chacun tirait la couverture à soi, cha¬cun voulait transformer les autres en marchepied sur lequel il monterait pour s’élever [7].

Notes :

[1René Berthier Bakounine politique (révolution et contre révolution en Europe centrale), Paris, Monde Libertaire, 1991, 237 p.

[2o. c., p. 13.

[3o. c., p. 20.

[4o. c., p. 32.

[5o. c., pp. 27-28 et p. 23.

[6o. c., p. 22.

[7o. c., p. 67.


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