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Ferrua, Pietro
"Louis Lecoin. Le Cours d’une vie".- Le Commentaire de Pietro Ferrua
Article mis en ligne le 27 mai 2003
dernière modification le 26 avril 2015
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FICHE TECHNIQUE

Louis Lecoin était au soir de la vie quand il fut interviewé pour ce film qui chronique les combats de sa longue vie. Quand je le rencontrai pour la première fois à Paris, puis sur la Côte d’Azur, où il s’était temporairement retiré, j’étais un homme relativement jeune. Cependant, le fait que j’avais été un objecteur de conscience dans mon pays natal avait immédiatement attiré son intérêt. Je collaborai avec lui dans ses initiatives qui, à l’époque, consistaient à lancer le journal Liberté pour faire reconnaître légalement l’objection de conscience en France (les objecteurs de France, Italie, Belgique, Suisse, etc. pouvaient passer des années en prison pour refus du service militaire).

Le film signale qu’il finança la campagne contre l’engagement en vendant sa maison de retraite. Mais il lança aussi une grande loterie pour laquelle tous les anarchistes européens vendirent des billets (je le fis en Suisse). Les récompenses étaient des peintures d’artistes fameux (comme Cocteau et Vlaminck) qui avaient été données par leurs créateurs. Bien des écrivains très connus s’étaient liés d’amitié avec Lecoin, y compris André Breton, et Albert Camus.

Ces aspects ne sont pas couverts par le film, mais il y a suffisamment d’autres données pour le rendre intéressant. Les personnes qui apparaissent sur l’écran ne sont malheuyreusement pas identifiées. Je doute que les jeunes français ou les spectateurs étrangers soient capables de reconnaître ceux qui chantent ou sont interviwés. Parmi les célébrités, je peux repérer Yves Montand (dont on entend la voix en off) Georges Brassens, qui joue de la guitare et chante, mais parle aussi de sa participation à la Fédération anarchiste (il contribuait fréquemment et était coéditeur du Libertaire à la fin des années 1940), Mouloudji (acteur célèbre et chanteur qui se produisait régulièrement pour les causes anarchistes), l’abbé Pierre, prêtre catholique bien connu, le journaliste de renom Claude Bourdet, le vieil orateur anarchiste Félicien Challaye, l’écrivain Manès Sperber, le philosophe Henri Jeanson (initiateur du fameux "Manifeste des 121", ainsi que des avocats, des juges, des généraux, des cinéastes, etc.

Parmi les illustrations de fond, nous avons plusieurs gravures d’artistes fameux célébrant des événements politiques, mais de nouveau malheureusement jamais identifiés sur l’écran (mais nous pouvons reconnaître le style de Jossot et de Steinlein, entre autres).

Toutes les personnalités mentionnées ci-dessus aident à camper le caractère de ce militant singulier qui fit au total douze ans de prison pour ses idéaux : en commençant par sa première arrestation pour implication dans une grève en 1908 (condamnation de 3 mois), au refus d’obéissance en 1910 (pour refuser, en tant que soldat, de réprimer et de tirer sur des ouvriers en grève) ce qui lui valut une condamnation de six mois ; un autre procès en 1912 et une peine de cinq ans pour diffusion de propagande pacifiste, encore une année en 1916, durant la Grande Guerre, et ainsi de suite.

Parmi les célèbres campagnes de Lecoin, on doit signaler celle de Sacco et Vanzetti, au cours de laquelle il réussit à remplir les rues de Paris avec des manifestants (démonstration qui inspira à Ben Shahn sa fameuse peinture), puis une campagne victorieuse contre l’extradition des militants espagnols Francisco Ascaso et Buonaventura Durruti (tous les deux éventuellement vers l’Espagne en 1936) que le gouvernement français s’efforça à trois reprises de mettre en application.

Un autre grand accomplissement fut le prospectus "Paix immédiate !", signé par beaucoup d’intellectuels connus et distribué à cent mille exemplaires en 1939, ce qui le ramena en prison pendant deux ans durant la guerre.

Enfin et surtout, son célèbre jeune de 22 jours pour obtenir la légalisation de l’objection de conscience en France. Le Général de Gaulle, qui était alors au pouvoir, se montra plus souple que le Gouverneur du Massachusetts qui n’avait prêté aucune attention à la pétition en faveur de Sacco et Vanzetti, et fit discuter et adopter immédiatement la loi par le Parlement.

Lecoin pouvait maintenant mourir en paix : une nouvelle ère était commencée pour les soldats français furutrs. La mission était accomplie, Lecoin ne survit pas longtemps à sa victoire.

Sa vie ressemble à celle de beaucoup d’anarchistes militants plus ou moins obscurs qui dépensent des années à lutter contre les nombreuses injustices à l’oeuvre dans toutes les latitudes. Jeunes ou vieux, ils meureut heureux, sachant que quelqu’un les remplacera et continuera la lutte éternelle pour la liberté individuelle et sociale...

Commentaire de Cathy Ytak


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