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COURBET, Gustave. "L’Atelier du peintre. Allégorie réelle qui marque une phase de sept ans dans ma vie artistique" (1855)
359 x 598 cm
Article mis en ligne le 21 février 2007
dernière modification le 6 juillet 2013

par r-c.
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Refusé au Salon de la peinture de 1855, Courbet crée sa propre exposition, à deux pas de celui-ci, dans l’avenue Montaigne, signalé par "un écriteau portant en toutes lettres : DU RÉALISME. G. Courbet. Exposition de quarante tableaux de son oeuvre. C’est une exhibition à la manière anglaise. Un peintre, dont le nom a fait explosion depuis la révolution de février, a choisi, dans son oeuvre, les toiles les plus significatives, et il a fait bâtir un atelier.

C’est une audace incroyable, c’est le renversement de toutes institutions par la voie du jury, c’est l’appel direct au public, c’est la liberté, disent les uns.

C’est un scandale, c’est l’anarchie, c’est l’art traîné dans la boue, ce sont les tréteaux de la foire, disent les autres." [1]

Dans le tableau, Courbet se place au milieu, en train de peindre, ce que très peu de peintres ont osé jusque là. En fait, il expose ses conceptions de l’art, mais aussi de la France de son époque, avec des personnages bien en chair, bien réels, et qui ont en même temps, comme tout le reste du tableau, une fonction allégorique.

Au centre, donc, un tableau dans un tableau : c’est l’extérieur qui entre dans l’intérieur, de l’atelier, avec toutes les sources de l’inspiration : la nature, représentée par son paysage natal, Ornans, recréé de mémoire, la vie, l’innocence, et l’enfance, avec un petit berger comtois,– son fils,– pieds nus dans ses sabots. Il tourne le dos à la muse, nue, qui le regarde ; la draperie dans ses mains est peut—être une allusion à la peinture académique.

A gauche, les exploiteurs, les gens qui vivent de la mort, et les exploités, les pauvres. Le braconnier assis devant ressemble à Napoléon III : Courbet se rit de la censure de l’époque. La presse est représentée par une tête de mort sur un journal et par un croquemort avec les traits d’Émile de Girardin, fondateur de journaux populaires, tenu pour « fossoyeur de la République » pour avoir soutenu Louis Napoléon Bonaparte en 1851. La religion est dénoncée, avec un rabbin et un prêtre (l’ultra-catholique Louis Veuillot), mais aussi le commerce (un juif offrant une étole à un bourgeois), le théâtre (une paillasse à bicorne) et le romantisme (un poignard et un sombrero), par rapport auquel il a pris ses distances. Dans le fond, toujours à gauche, les exploités : un faucheur et un terrassier symbolisant la vie des champs, un chômeur, une fille publique.

Courbet écrit à son ami Champfleury (représenté sur un tabouret) qu’il a mis à droite avec "tous les actionnaires, c’est-à-dire les amis, les travailleurs, les amateurs du monde de l’art. » Au premier plan, Charles Baudelaire, lisant assis sur une table, symbolise la poésie et ne s’intéresse pas à ce qui se passe ; à ses côtés des militants fouriéristes montpelliérainas, le couple Sabatier ; plus loin, un couple qui s’embrasse, symbolisant l’amour libre, et tout au fond, avec ses lunettes, le fidèle ami Proudhon.

Tombe de Gustave Courbet
Photo : Eric Beaunie
Notes :

[1Lettre de Champfleury à George Sand, Septembre 1855.

P.S. :

COLI, Jorge. L’atelier de Courbet. Hazan, 2007. 140 p. (Ateliers).


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