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DOMMANGET, Maurice. 9. L’essor mondial de « L’internationale » après guerre
Article mis en ligne le 10 avril 2007
dernière modification le 25 avril 2015

par r-c.
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Chapitres précédents :

Préambule

La "Marseillaise" chant de guerre

Du Second Empire à la Commune

Rouget de Lisle et Eugène Pottier

La "Lyre des travailleurs"

"L’Internationale" dotée de musique

Lente expansion de "L’Internationale"

L’essor en France de "L’Internationale"

Lent cheminement de "L’Internationale" sur le plan mondial

L’essor mondial de "L’Internationale" après guerre

Film (U.S.A) sur l’Internationale de Peter Miller

Depuis, elle a conquis droit de cité sur la planète. Elle a fait, si l’on peut dire, le tour du monde. On l’a certes proscrite dans les États fascistes mais le premier État qui s’est réclamé de l’idéal socialiste et prolétarien en a fait, dès sa naissance, son chant officiel. Il est juste, d’ailleurs, de noter en contre-partie, que les révolutionnaires enfermés dans les prisons et les isolateurs de l’U.R.S.S.chantent aussi l’Internationale, pour protester contre les violences dont ils sont victimes [1].

Si d’U.R.S.S. nous passons en Espagne, nous rappellerons que c’est le 17 juillet 1936, au soir, que les premières nouvelles du soulèvement de Franco parvenaient à Madrid. Et sur son carnet de notes, un dessinateur bourgeois, Chas. Laborde, notait précisément à cette date, que dans une rue d’Oviedo, encore atteinte par l’insurrection des Asturies, un vieux piano mécanique jouait l’Internationale entre deux vieilles danses. Le 19, à Santander, le même voyageur voyait passer un cortège paysan de chars attelés de bœufs et décorés de pampres, au son de l’Internationale. Ces deux petits faits, qui se placent à deux jours l’un de l’autre, et qui sont puisés à la même source [2], indiquent assez la popularité acquise par le chant de Pottier dans la péninsule ibérique. Quelques mois plus tard, devant Madrid, c’est encore au chant de l’Internationale, cette fois dans cinq ou six langues différentes, que la brigade internationale partait au combat [3]. Ainsi, aux yeux des combattants de la Liberté, l’Internationale comme la Marseillaise, mieux que la Marseillaise, avait – elle aussi – des « moustaches ».

Position encore récente des communistes

Dans ces conditions, étant données l’avance très sérieuse dans le prolétariat mondial et la marche triomphale en France de l’Internationale, nul ne pouvait s’attendre à une résurrection de la Marseillaise dans les masses. S’il y a quatre ans à peine, une personne donnée de la faculté prophétique, se fût permis d’annoncer ce événement, on lui eût ri au nez.

En effet, pratiquement, on ne connaissait plus la Marseillaise dans les deux tronçons du mouvement ouvrier, tant sur le plan syndical que sur le plan politique. Ses admirateurs d’aujourd’hui, plus spécialement, la vouaient aux gémonies. Je n’en citerai pour preuve que le poème d’Aragon, publié après les journées sanglantes de février 1934. Ce poème, qui rachète sa faiblesse littéraire ar un verbalisme révolutionnaire brutal, jette la Marseillaise aux orties, et salue, en même temps que « la transformation de la guerre en révolution, » « l’Internationale contre la Marseillaise ».

Aragon, après avoir commenté mot à mot le premier couplet de la Marseillaise, termine sur le refrain, en s’écriant :


« Cède le pas ô Marseillaise
à l’Internationale, car voici
l’octobre où sombrent tes derniers accents.
Aux armes citoyens !
Qui parle ? Des généraux, des marchands, la police.
Formez vos bataillons !
Nous vous connaissons gendarmes !
Marchons, marchons ! eh bien, qu’ils marchent
Nous les attendons, camarades,
Vous êtes tous des ouvriers, des paysans, des travailleurs.
C’est contre vous, c’est contre nous qu’ils vont, qu’ils marchent.
Soyons unis. Comment auraient-ils assez de balles pour nous tous ?
Et nous pouvons prendre les arsenaux et les armureries.
Soyons unis dans l’action : pas de pitié.
Ils reviendront toujours plus forts. Vous souvient-il
Comment ils ont tué Sabattier ?
Soyons unis : les voilà. Que chantent-ils les vaches ?
Qu’un sang impur
Abreuve nos sillons.
On va bien voir lequel est le plus rouge,
Du sang du bourgeois ou du sang de l’ouvrier.
Debout !
Peuple travailleur.
Debout !
Les damnés de la terre [4]

Le revirement actuel et les réactions qu’il a suscitées

Pour en arriver à la régression actuelle, à cette espèce de symphonie nègre-blanc qui consiste à fondre la Marseillaise et l’Internationale, l’hymne par excellence de la mystique nationale, de l’exaltation chauvine et le chant de la communauté internationale des travailleurs, l’hymne d’un Passé qu’on pensait révolu et le chant de l’Avenir et de la suprême Espérance, il a fallu – paradoxe inouï – un Parti qui se pose comme le plus révolutionnaire et le plus internationaliste.

Il a fallu que ce Parti – qui érigeait jusque-là en principe intangible la théorie du défaitisme révolutionnaire – accomplisse en quelques années toute une série de tournants et de volte-faces marquant le passage fulgurant de l’internationalisme irréductible au nationalisme à peine déguisé. Il a fallu, pour tout dire, un revirement complet de la politique intérieure et extérieure de l’U..S.S. dont l’Internationale « communiste » n’est que l’instrument diplomatique sur le plan ouvrier.

C’est une chose dont on ne comprend que trop la portée tragique. L’événement est d’importance et si l’on se reporte au passé, comme nous venons de le faire. Il prend la valeur d’un symptôme tout à fait alarmant.

Ainsi que leurs prédécesseurs, les nouveaux convertis à la Marseillaise font du chant de Rouget de Lisle le ciment chauvin entre la classe ouvrière et la bourgeoisie capitaliste, avant même que Sa Majesté le Canon ait fait entendre son grondement terrible. Ils ne s’en différencient qu’en s’y prenant plus tôt. Sans doute pressent-ils que la boucherie future aura une ampleur sans précédent, qu’elle exigera la tension au maximum de toutes les forces, y compris la force prolétarienne…

Il faut dire à son honneur que le Parti Socialiste fut loin d’être unanime à subir cette triste opération. Bien des militants l’acceptèrent comme un sacrifice sur l’autel de l’unité d’action et d’autres s’y opposèrent nettement. Le fait est qu’aucun congrès ou conseil national du P. S. n’a été souillé comme les assemblées du P.C. par le chant de la Marseillaise.

Quant aux libertaires, aux syndicalistes, aux pacifistes, ils se sont cabrés dès qu’on a voulu par un accouplement monstrueux marier le feu et l’eau, la Marseillaise et l’Internationale. La Patrie Humaine, l’Ecole Emancipée, l’Ecole libératrice, Nouvel Age insérèrent notamment des articles magnifiant le chant de Pottier et condamnant toute résurrection de la Marseillaise et toute apologie de son auteur, l’officier contre-révolutionnaire qui flatta sans cesse « la croupe fumante des canons ».

Le groupe culturel Mai 36 organisa, de son côté, une conférence dont la présente brochure n’est qu’une amplification.

C’est qu’ils sont plus nombreux qu’on ne croit ceux qui se refusent à cette sinistre comédie préparatoire à la grande tragédie. Et ils n’ont pas eu besoin du comte réactionnaire Wladimir d’Ormesson [5] pour sentir qu’ « aucun compromis n’est possible » entre la Marseillaise et la contre-Marseillaise, entre le Poison et le Contre-poison, entre le chant des massacreurs qui ne parle que de sang, de gloire et de cercueils et l’Internationale des producteurs qui demande que le monde « change de base » et que le soleil brille pour tous.

Conclusion

Le prolétariat, qui est parvenu au prix de son sang et d’innombrables sacrifices, dignes de la sainteté de sa cause, à s’élever au-dessus de toute confusion en dotant son mouvement international de classe d’un drapeau, d’une journée et d’un hymne autonomes, doit laisser Rouget de Lisle et sa Marseillaise à la Bourgeoisie et aux fauteurs de guerre.

Il doit glorifier Pottier et s’en tenir à l’immortelle Internationale.

Notes :

[1Victor Serge. Destin d’une Rébolution, p. 87-88.

[2La Chronique filmée du mois, n°30 (août-sept. 1936) : Juillet en Espagne.

[3Pierre Robert : Sozialistichi Warte, 1er janvier 1937, reproduit dans Révolution prolétarienne, 25 janvier 1937.

[4Rétrospective.Réponse aux Jacobins.

[5Le Figaro, 27 janvier 1937.

P.S. :

L’Internationale a aussi été orchestrée par le grand Arturo Toscanini. La New York Public Library possède un photostat de cette composition :

Inventory of The Toscanini Legacy Scores, 1686-1956 ; Collection number : JPB 90-1 ; Music Division, New York Public Library for the Performing Artsf. f B40
Degeyter, Pierre Crétien.
[Internationale]
Int’ernatsional.
Moskva : Gos. Muz. Izd., c1932.
5 p.
Pl. no. GMIM 4468Published Russian vocal score ; with 7 pp. Ozalid reproduction and 7 pp. negative photostat of orchestration by AT.Includes 3 positive photostats and 1 negative photostat of French text by Pottier.


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