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"Anarchisme globaliste contre ’syndicalisme révolutionnaire’. Un combat de la Fédération Ouvrière Régionale Argentine (FORA)"

samedi 18 août 2007, par ps

Les anarchistes sont à l’origine du mouvement ouvrier Argentin. Jusqu’en 1910, ils sont pratiquement hégémoniques en son sein. Mais affaiblis par la terrible répression consécutive aux protestations ouvrières qui ont lieu lors de la commémoration du centenaire de l’Etat argentin, ils perdent progressivement leur prééminence.

Jusqu’à la dictature du général Uriburu en 1930, les anarchistes ont encore une grande influence dans la classe ouvrière argentine, mais ils sont confrontés à d’autres idéologies dont la plus importante est celle du syndicalisme révolutionnaire. Leur organisation, la Fédération ouvrière régionale argentine (FORA) adhère à l’Association internationale des travailleurs (AIT) dès sa constitution en 1922. Pourtant, la FORA rejette les principes du syndicalisme révolutionnaire qui figurent dans les statuts de l’AIT. Les réflexions critiques, surtout lorsqu’elles proviennent de compagnons qui n’ont jamais failli à leur devoir de solidarité internationale, constituent un patrimoine historique qui mérite d’être partagé. C’est pourquoi, dans la première partie du présent article, nous allons tenter d’expliquer en quoi le "forisme", ou anarchisme ouvrier, diverge des traditions anarchistes européennes. Ensuite, nous présenterons brièvement le destin du "syndicalisme révolutionnaire" [1]argentin, courant auquel les militants de la FORA se sont opposés pendant des années. Cette confrontation, aussi bien idéologique que concrète, permettant de comprendre pourquoi la FORA a dû élaborer sa propre doctrine.

Une organisation ouvrière anarchiste

La FORA ne se définissait pas comme une organisation syndicale, mais comme une organisation ouvrière anarchiste. Les organisations qu’elle regroupait portaient très rarement le nom de syndicat. Elles s’appelaient par exemple : Société de résistance des domestiques ; Union des ouvriers boulangers... Leur principale activité était la lutte des travailleurs, la résistance quotidienne à l’exploitation, mais elles diffusaient aussi l’idéal anarchiste parmi les ouvriers. En se sens, la FORA se sépare de toute une tradition du mouvement libertaire qui, à la suite de Malatesta, veut absolument différencier les organisations syndicales, des groupes spécifiques anarchistes.

En 1907, au congrès anarchiste d’Amsterdam, Malatesta déclare par exemple :

Je ne demande pas des syndicats anarchistes qui légitimeraient, tout aussitôt des syndicats social-démocratiques, républicains, royalistes ou autres et seraient, tout au plus, bons à diviser plus que jamais la classe ouvrière contre elle-même. Je ne veux pas même de syndicats dits rouges, parce que je ne veux pas de syndicats dits jaunes. Je veux au contraire des syndicats largement ouverts à tous les travailleurs sans distinction d’opinion, des syndicats absolument neutres. [2]

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A cela les militants de la FORA répliquent :

En réalité, il n’existe dans aucun pays de tels syndicats, ouverts à tous les ouvriers de toutes les tendances ; même s’ils se proclament politiquement neutres, ils n’en sont pas moins inféodés à un parti ou à un système d’idées ou de tactiques prédominantes (...) et l’on ne permet pas non plus aux anarchistes de faire de la propagande pour leurs idées dans le mouvement syndical lié à d’autres tendances, qu’elles soient réformistes ou révolutionnaires. [3]

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Ce document, paru dans Forum anarchiste free a ensuite été complété par d’autres articles que l’on peut trouver à la même adresse.

Il faut noter que ce document, paru sur d’autres sites anarchistes, a ensuite été enlevé, peut-être à cause de cette controverse. Je n’ai pas pu à ce jour vérifier si l’article original est complet. Il semble, en effet, qu’il parle d’une "première partie", ddont on ne voit pas la suite.


[1Comme nous allons l’expliquer plus loin, le "syndicalisme révolutionnaire" qui s’est développé en Argentine constitue une interprétation discutable de cette doctrine, c’est pourquoi nous utilisons des guillemets. Il n’y en a pas quand nous parlons du syndicalisme révolutionnaire en général.

[2Congrès anarchiste tenu à Amsterdam, août 1907, Paris, La Publication sociale, 1908, p. 79.

[3Emilio López Arango, Diego Abad de Santillán, El anarquismo en el movimiento obrero, Ediciones Cosmos, Barcelone, 1925, p. 164.