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René BIANCO
BASTELICA, André
Article mis en ligne le 13 décembre 2003
dernière modification le 24 avril 2015

par r-c.
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Voir aussi La Commune de Marseille, de René BIANCO

Né à Bastia le 28 Novembre 1845, il apparaît à 23 ans dans l’histoire de l’ Internationale .

Anarchiste, il le fut jusqu’au bout des ongles, alors même que le mot n’était pas encore inventé. En effet, tour à tour employé de commerce et typographe, il possédait une culture étonnante pour son âge et sa condition.

Une immense curiosité, toujours en éveil, l’avait poussé à s’instruire dans tous les domaines. Journaliste de talent, il écrivait dans de très nombreux journaux : L’Égalité de Genève, L’Internationale de Bruxelles, La Marseillaise de Paris, L’Égalité et Le Peuple de Marseille, et dans des revues littéraires, avec un style précis et fougueux, plein de flamme et de vivacité, un style qui traduit la pensée et surtout la parole, car Bastelica était aussi un brillant orateur.

C’est son éloquence surtout qui explique le véritable ascendant que ce tout jeune homme exerçait sur les masses.

À l’idéal généreux qui l’animait, il joignait l’immense avantage de posséder un sens pratique de l’organisation, un souci méthodique et lucide de l’action révolutionnaire.

Son camarade de combat, Albert Richard, disait de lui : Il avait besoin de vivre, d’agir, de produire... et de défendre, à la lumière, l’idée qu’il incarnait en lui.

Voilà l’homme qui constitua, avec Eugène Varlin et Benoît Malon à Paris, Émile Aubray à Rouen et Albert Richard à Lyon, la génération spontanée de la renaissance du socialisme français.

Alors même que Tolain, découragé, pensait que l’Association Internationale des Travailleurs était morte en France, elle allait renaître avec des hommes nouveaux et des idées nouvelles, des hommes jeunes, des hommes issus des milieux ouvriers.

D’abord isolés dans la clandestinité, du fait de la répression ils vont peu à peu se trouver en contact, unis dans une même cause et par une amitié jamais démentie.

Bientôt, ils vont coordonner leurs efforts dans une parfaite égalité d’action, sans qu’aucun d’entre eux n’essaie de dominer les autres et cela aussi bien en France qu’à l’étranger, lors des congrès de l’Internationale, et cela à tel point qu’un éminent historien pourra écrire :

Leur activité commune, parallèle, évitant toute hiérarchie est un remarquable exemple d’autonomie, de libre initiative de décentralisation volontaire au sein d’une organisation perfectionnée qui rêvait précisément de fonder la société nouvelle sur des bases fédéralistes . [1].

Nous ne nous attarderons pas sur l’influence que Bakounine exerça sur Bastelica. Elle n’eut aucun rapport de maître à élève mais de compagnon de lutte à son frère d’armes, d’ami à ami. En effet, dès son adhésion à l’Internationale, Bastelica avait écrit à Albert Richard :

Nous voulons le non-gouvernement parce que nous voulons la non-propriété, et vice versa. La morale humaine détruira les religions révélées, le socialisme supprimera le gouvernement et la question politique. Si le peuple comprend aujourd’hui surtout la question politique, c’est que dans sa conception théorique, il croit que le gouvernement représente la société (on croit entendre Bakounine).

Et c’est sous l’impulsion de cet homme, qui fait preuve d’une activité prodigieuse d’organisateur et de propagandiste, que Marseille, ralliée au communisme non-autoritaire de Bakounine allait devenir l’une de bases de la Révolution mondiale que l’Internationale souhaitait et pour laquelle elle oeuvrait de toutes ses forces. [2]

Fondée en juillet 1867, la section marseillaise de l’Internationale connut dès la fin de l’année suivante (arrivée de Bastelica) une rapide extension. Organisée strictement selon les principes proudhoniens, elle compte 27 corporations groupées dans la fédération marseillaise, une des mieux organisées de France. Les adhérents atteignent bientôt le nombre de 4 500. Infatigable, Bastelica laisse à ses camarades (Poletti, Combes, Pacini, Roger, Alérini) le soin de s’occuper des affaires locales et parcourt la campagne, en de perpétuels déplacements, pour créer de nouvelles sections dans les départements voisins : Aix (600 adhérents), La Ciotat, Saint- Tropez, Cogolin, Callabrières, Gonfaron, La Garde-Freinet, Toulon, La Seyne, Draguignan deviennent à leur tour des foyers actifs. Il ira jusque dans l’Hérault et les Basses-Alpes, pour convertir à la cause les population rurales.

Le 28 avril 1870, il écrit à James Guillaume :

La section marseillaise marche résolument dans la voie des grands progrès... Je suis de retour d’une excursion parmi les populations révolutionnaires du Var. Quel enthousiasme l’Internationale a soulevé sur le passage de son propagateur ! J’ai acquis cette fois la preuve invincible, irrécusable que les paysans pensent, et qu’ils sont avec nous... Tout ce mouvement brise mes forces mais augmente mon courage.

Quatre jours auparavant, il écrivait dans Le Mirabeau (journal socialiste) à propos des grèves du Creusot :

Jugulée par une politique honteuse et réactionnaire, la grande voix du peuple, pour se faire entendre, emprunte un autre organe plus terrible : la grève.

La grève c’est l’irruption endémique du mal social. Organiquement, la société actuelle aboutit à la grève : ce n’est ni la paix, ni la justice.

La théocratie et l’aristocratie reprennent courage et essayant l’offensive sur la Révolution trahie par la bourgeoisie, sa fille aînée...

Que l’État, l’Église et les bourgeois se coalisent pour une oeuvre d’imposture et d’ignominie, le peuple vengeur, les confondra dans une même ruine. Le principe autour duquel le peuple doit se grouper c’est la solidarité... les fruits de cinq révolutions seraient perdus pour nous si nous ne nous redressions forts, et défiant les traînards de la civilisation d’oser porter la main sacrilège sur le sanctuaire de la justice sociale.

Mais le gouvernement s’inquiétait du développement de l’Association. Le Congrès retentissant tenu à Lyon en mars 1870, présidé par Varlin et auquel assistaient Bastelica et Bakounine, avait affirmé la volonté des fédérations françaises d’intensifier leur action révolutionnaire.

Aussi Émile Ollivier, décide de sévir : il télégraphie aux préfets de poursuivre l’Internationale et surtout ajoute-t-il : Frappez à la tête !

Varlin et Richard sont arrêtés. Bastelica se réfugie à Barcelone (il était en contact étroit avec les bakouninistes catalans de l’Internationale). Le mouvement est momentanément désorganisé, mais il est trop puissant pour périr et il aboutira aux événements grandioses que l’on connaît, que certains regrettent, avec raison sans doute, puisqu’ils furent le tombeau du mouvement ouvrier, la porte ouverte au socialisme autoritaire et autres dictatures du prolétariat.

Ainsi, un des rares révolutionnaires de valeur que Marseille possédait fut envoyé à Paris (on sait qu’en échange, la Commune de Paris délégua à Marseille trois représentants en mission qui ne l’égalèrent pas, c’est le moins qu’on puisse dire), et là, d’une honnêteté scrupuleuse, il manipula des millions sans en distraire un centime, en dirigeant avec beaucoup d’intelligence le service des contributions directes et indirectes de la Commune de Paris.

Bastelica, qui fut incontestablement l’un des hommes les plus brillants de son époque, Bastelica qui aurait pu utiliser ses talents à des fins ambitieuses et qui aurait certainement réussi, Bastelica qui préféra se vouer avec un rare désintéressement à la cause ouvrière et socialiste, mourut, exilé en Suisse, en 1884, à l’âge de 39 ans, brisé par l’écrasement de son grand rêve de révolution internationale.

Son seul défaut, en effet, fut d’être vulnérable au découragement : il ne put supporter la défaite du socialisme, refusa de s’abaisser aux compromissions politiques et mourut dans la pauvreté et la tristesse.

Tel fut l’homme de réelle valeur qui fit de Marseille une des capitales du socialisme.

R. Bianco

Notes :

[1A. Olivesi, La Commune de 1871 à Marseille


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