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BAISSAT, Bernard. "Ecoutez Serge Utgé-Royo"
Article mis en ligne le 24 mars 2008

par r-c.
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France, 1999

couleur

58’

IMAGE : Bernard BAISSAT

SON : Frédéric PIERRE, Valérie POISSON

LUMIÈRE : Bruno DARAQUAY, Jerôme FAVROT ;

MONTAGE : Bernard BAISSAT

CO-PRODUCTION : EDITO-HUDIN-NOIR COQUELICOT- BONNES BOBINES

Le mouvement libertaire français a toujours attiré, choyé, inspiré les poètes-chansonniers. Longue tradition qui se perpétue depuis le milieu de XIXe siècle et persiste de nos jours. Chacun a chanté l’Anarchie à sa manière, sans devoir quoi que ce soit à ses prédécesseurs, parfois même sans les avoir connus ou fréquentés. Imitation semble être un terme inconnu dans ce sillon, pourtant riche et continu. Une forte dose d’individualisme plutôt qu’un orgueil démesuré ont toujours poussé les uns et les autres à se distinguer grâce à un style invariablement très personnel.

Pour ceux qui vivent à l’autre bout du monde et qui, en plus, ne s’intéressent guère au genre, certains noms qui circulent depuis longtemps arborent un aura de gloire,
sans doute, mais continuent à flotter dans le vague. Il faut une expérience directe et parfois l’occasion tarde à se présenter. Mais quand cela arrive on est foudroyé et on se demande comment a-t-on pu vivre sans découvrir un trésor pourtant évident et visible depuis longtemps. Mais le temps écoulé ne nuit pas à la jouissance que l’on éprouve en retard. Que d’autres y soient arrivés avant nous, c’est à peine une honte (encore que certainement une lacune enfin comblée) : les émotions chambrées éclatent et pétillent avec plus de vigueur.

C’est grâce à Bernard Baissat, à son image tendre et discrète, que l’on découvre – tant pis si c’est après une trentaine d’années – Serge Utgé-Royo, ce nom construit en trois langues, qui confond sans doute les idées, mais en tout cas pas les sentiments. Sa voix pénètre en vous immédiatement avec une douceur et une délicatesse infinies et on comprend très bien – mais c’est seulement vers la fin du film – que celle qui est sans doute la compagne de sa vie, ait pu se poser la question de savoir ce qu’il y a derrière ses poèmes, quel homme s’y cache. Très pudique, elle ne se présente pas mais elle – tout aussi charmante et chaleureuse que lui – nous laisse deviner la réponse : elle a évidemment "découvert" ce qui était dissimulé et elle en a été satisfaite.

"La philosophie libertaire me va comme un gant" déclare Serge dans l’entrevue. Et il nous parle aussi des camarades qu’il admire et qui l’ont marqué : son père cénétiste, ouvrier se cultivant sans cesse, May Piqueray (de qui Baissat avait déjà brossé un portrait sublime) qu’il définit une "grande soeur, elle m’a appris beaucoup de choses". Ce que le poète ne dit pas, il le chante et vous versez une première larme quand vous l’entendez, en français puis en espagnol, évoque les barricades. Mais les plus grosses larmes coulent lorsque vous reconnaissez "El cant dels ocells" (non identifié dans le film) qui est sans doute la plus belle composition musicale du Moyen-Age catalan, voire même ibérique, sur lequel se greffent "Les diamants de l’été". Vous êtes secoué et vous savez d’ores et déjà que ces beaux vers et cette merveilleuse mélodie (dépouillée ici de son image habituellement mystique) vous accompagneront jusqu’à la fin. S’il est vrai, comme nous le proposait Inagaki dans "L’Homme au Pousse-Pousse", que dans les derniers moments de notre vie on revoit les images les plus poignantes, bouleversantes ou significatives, vous savez désormais que le visage de Serge Utgé-Royo, sa voix, sa musique, vont s’ajouter à toutes les autres fulgurations que vous avez ressenties au cours de votre existence.

Pietro Ferrua


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