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FUGLER, René. "Pouvoirs et puissances dans les mondes d’Ursula Le Guin"
Article mis en ligne le 24 septembre 2008
dernière modification le 26 avril 2015
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De l’oeuvre foisonnante, en constante évolution, d’Ursula Le Guin, les lecteurs qui ne sont pas particulièrement attirés par la littérature de l’imaginaire ont retenu surtout un roman, Les Dépossédés1. Pour intéressante et riche d’idées qu’elle soit, cette histoire d’un savant poursuivant ses recherches envers et contre tout dans une société anarchiste en train de se scléroser dans son isolement volontaire n’est peutêtre pas l’entrée la plus facile dans un univers qui offre beaucoup d’autres attraits. Et qui, dans la variété des récits qui nous font traverser les sociétés les plus surprenantes, met toujours en jeu l’affrontement d’individus en quête de liberté avec des pouvoirs avides de s’accroître quitte à basculer un monde entier dans le chaos. Mais cela n’aurait pas de sens de lire Le Guin à la recherche de théories politiques : la motivation est d’abord dans le plaisir de la lecture, dans l’attrait des histoires racontées. Si on y trouve matière à réflexion – il y a matière à réflexion – c’est chemin faisant, dans une belle entreprise de « décolonisation de l’imagination » et d’ouverture à la différence.

Ce plaisir de la lecture doit beaucoup au fait qu’Ursula Le Guin est un véritable écrivain2, même si elle a choisi de s’exprimer dans des genres qu’elle-même considère parfois comme mineurs, la science-fiction en particulier. Elle mène des intrigues qui tiennent en haleine dans une langue économe et claire. Son goût du détail dans la description des environnements sociaux ou naturels s’en tient au plus significatif. La construction de ses traditionnelle, est très concertée dans ses changements de perspective entre personnages et dans ses ruptures chronologiques. Une fine sensibilité colore discrètement les relations qu’elle tisse entre ses personnages et tout autant ses évocations de la nature, qui restent toujours liées à la tonalité du récit ou aux péripéties de l’intrigue. histoires du futur Les Dépossédés (1974) est le roman qui ouvre ce qu’on appelle le « cycle de Hain », la grande saga de science-fiction d’Ursula Le Guin. Cette « utopie ambiguë » – selon les termes de l’auteure – en constitue même le premier épisode, selon la chronologie interne du cycle, même si, dans l’ordre des publications, quatre romans et des nouvelles ont déjà raconté des épisodes ultérieurs. Selon la chronologie proposée par Gérard Klein d’après une étude américaine, les Dépossédés se situeraient ainsi vers l’an 2300, alors qu’un roman précédent, la Main gauche de la nuit (1969) nous amenait déjà vers 48703. Une autre tentative de chronologie, cependant, ne sépare les deux histoires que de quatorze siècles4. Ursula Le Guin elle-même s’amuse de ces tentatives de mise en ordre : le fil chronologique du cycle, ditelle, « ressemble à ce qu’un chaton retire du panier à tricot, et son histoire est surtout constituée de trous ».

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