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René Fugler
L’anarchisme pragmatique de Paul Goodman
Article mis en ligne le 24 septembre 2008
dernière modification le 26 avril 2015
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Dans les années soixante, Paul Goodman était une des personnalités les plus connues et les plus influentes auprès des milieux intellectuels critiques et de la jeunesse contestataire engagée dans le mouvement de la contre-culture aux États-Unis. Romancier, poète et psychothérapeute, il devait sa réputation essentiellement à ses analyses et critiques du système scolaire, de l’urbanisme et de la technologie, mais aussi à son engagement contre la guerre du Vietnam. Ses prises de position, qui s’exprimaient à travers une grande variété de livres, d’articles et de conférences, étaient centrées sur une philosophie anarchiste qui préconisait l’action non-violente, l’insertion d’un individu autonome dans des communautés ouvertes et créatrices, la participation à des initiatives pouvant transformer dans le présent les hommes et leur vie sociale.

Goodman, pourtant, est peu connu en France, même dans la mouvance libertaire qui pourtant n’ignore pas tout de l’anarchisme américain : des textes de Murray Bookchin, de dix ans son cadet, ou d’autres plus jeunes, comme Hakim Bey ou même John Zerzan, qui sont loin d’avoir atteint la même notoriété, circulent et sont discutés. Qu’est-ce qui a pu faire barrage ? Sans doute le refus de l’idée d’une révolution violente, et les propositions de formes d’action et de coopération considérées alors comme trop réformistes.

Ce qui m’amène maintenant à Goodman, c’est la réédition de deux ouvrages de Bernard Vincent, professeur à l’université d’Orléans, qui lui sont consacrés1. Ils sont désormais réunis en un seul volume. Le premier, Paul Goodman et la reconquête du présent, a été publié d’abord au Seuil en 1976. Il n’a pas eu d’écho en milieu libertaire, mais on peut penser aussi que les attachés de presse n’envisagent pas spontanément qu’il y a des relais à trouver par là… Le second, Pour un bon usage du monde : une réponse conviviale à la crise de l’école, de la ville et de la foi (essai sur le naturalisme libertaire de Paul Goodman), est paru chez Desclée – à ne pas confondre avec Desclée de Brouwer – mais n’a jamais été diffusé. Dans un avertissement au lecteur, l’auteur attribue cette censure « au radicalisme dérangeant des idées de Goodman, mais surtout à la nature peu orthodoxe pour un éditeur catholique épris de tradition, des idées goodmaniennes en matière de religion et de foi ». N’aggravons pas le cas de Goodman : né dans une famille juive, il était incroyant mais utilisait généreusement un vocabulaire et des références d’origine religieuse.

Avant ces deux livres, Bernard Vincent avait soutenu une thèse sur Paul Goodman, « critique de la société technologique et théoricien de l’utopie » (Lille) et tenté de faire connaître ses idées dans deux articles de la revue Esprit qui sont intégrés dans le présent ouvrage.

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