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MASSONI, Marie-Dominique.- André Bernard’s Ma chandelle est vive...
Article mis en ligne le 22 novembre 2009

par ps

André Bernard,

L’un de lune et l’une de lin

Bien sûr, beaucoup d’entre nous connaissent les boucles brunes et le regard noir d’André Bernard. Il a été de tant d’aventures… Réfractaire à la guerre d’Algérie, rejoignant l’Action civique non violente, il a fait de la prison. Correcteur, il a été de la grève du Parisien libéré. Anarchiste, il est l’un des membres fondateurs du CIRA de Lausanne. Il participe aux rencontres autour de la culture libertaire organisées par Alain Pessin et nos amis de l’ACL de Lyon, crée avec quelques-uns la revue Réfractions, donne de son temps aux Temps maudits, à la dernière formule du Monde libertaire… Il est, sinon à l’origine, du moins à des tournants importants de bien des publications et rencontres anarchistes.

Son abord perfectionniste bougon – et ses débords – avec lequel ont eu affaire tous ceux qui ont mené avec lui tel ou tel projet coexiste avec une émotivité et une tendresse qu’il ne cherche pas à cacher. André n’est pas un sur-mâle, mais un homme comme je les aime, un poète en liberté. Revendiquant le droit à la paresse, il est donc sur-actif. Homme de désir, il est ainsi la pudeur même. Combien de ceux qui l’ont croisé rue Amelot ou aux Vignoles savent-ils que ce visage digne d’une BD de Tardi est l’un de ceux qui ont su renouveler le collage, que cet œil vigilant à la moindre faute d’orthographe ou de typographie aime les mots comme des « clairs de femme » ? Anita, la compagne de toute une vie, promène son sourire paisible dans les plus beaux poèmes d’amour, avec l’évidence d’une détermination tranquille. En voilà deux qui n’ont jamais dérogé ! Sans mise en spectacle de leur geste anarchiste, tranquillement, point à point ils ont tissé une belle constellation amicale et complice.

Le beau livre [1] que vient d’éditer l’ACL nous permet de découvrir les forfaits que ce curieux silencieux a commis au fil des ans. Devenu correcteur après la prison, il découvre le plaisir du collage lors de l’occupation du Parisien libéré. Micheline et Vincent Bounoure, qui continuent avec quelques amis l’activité collective d’un mouvement surréaliste qui passe pour mort après 1969, ne s’y trompent pas. Le voilà membre du groupe surréaliste. Il participe à l’exposition « Le Collage surréaliste » en 1978 et se réjouit du jeu des objets parallèles. Comme il a rencontré Pierre Sommermeyer ou Patrice Antona, du temps de l’action non violente, il rencontre Pedro Azevedo et quelques autres auxquels comme toujours et pour toujours il se liera d’une fraternelle amitié. Quelques projets menés, beaucoup de projets perdus dans les méandres de l’aboulie humaine, quelques blanches colères, et notre homme décide de faire cavalier seul, mais pas vraiment seul. Avec d’autres complices le voilà qui crée les potlatchs, aventure de création et de libre dispersion.