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BIANCO, René. 1871 : La Commune révolutionnaire de Marseille
Article mis en ligne le 6 mars 2004
dernière modification le 24 avril 2015
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René Bianco

On a beaucoup écrit sur la Commune, et en particulier sur la Commune de Paris. Pas assez peut-être, car les Communes de province sont trop souvent méconnues et même, les répercussions du mouvement communaliste à l’étranger, soit sous l’aspect des poursuites intentées aux communards ou aux internationaux, soit sous l’angle de l’interprétation et de l’utilisation politique, scientifique et sociologique, sont laissées dans l’oubli le plus complet.

À cela une raison essentielle : les idées-force que l’on peut en extraire n’intéressent personne, elles n’apportent de l’eau qu’au moulin des anarchistes ! Et c’est pourquoi les travaux qui y sont relatifs ne jouissent pas de la faveur du grand public. On ne peut que le regretter.

C’est donc dans le but de compléter notre connaissance de ce mouvement que nous publions cette étude, rendant hommage, à près d’un siècle de distance, à tous les obscurs combattants de la Commune et en particulier à ces 4 500 membres de l’Internationale (dans le seul département des Bouches-du-Rhône) qui, sous l’influence de Bakounine, s’efforcèrent de réaliser une société nouvelle basée sur le fédéralisme et la liberté de l’individu.

R. Bianco [1]


La tentative des 7 et 8 août 1870

Dès le lendemain de la défaite de Forbach, une grande agitation se manifeste à Marseille. 40 000 personnes ayant à leur tête Gaston Crémieux, Naquet, Brochier, Rouvier et quelques autres manifestent devant la préfecture.

L’arrestation d’Alfred Naquet provoque une recrudescence de colère et aussitôt se forme un Comité central d’action révolutionnaire, la foule occupe bientôt la mairie et les membres du Comité sont portés au pouvoir sous les acclamations populaires. Ce Comité, comprenant surtout des membres de l’Internationale (en l’absence de Bastelica, la section marseillaise reçut très vraisemblablement les ordres directs de Bakounine) et quelques républicains radicaux, et présidé par Gaston Crémieux, se trouve ainsi à la tête d’un pouvoir révolutionnaire issu du peuple.

Malheureusement, ses délibérations sont de courte durée, car une escouade de policiers, dispersant la foule aussi prompte à s’enthousiasmer qu’à devenir d’une passivité extrême, bloque les insurgés dans la mairie et, après un court échange de coups de feu, capture les membres du Comité. Les prisonniers, au nombre d’une trentaine environ, sont enfermés au Fort Saint-Jean et entassés dans un cachot puant. Le 10 août, sur ordre de l’impératrice régente, l’état de siège est proclamé et le 27 ils sont jugés.

Deuxième tentative d’insurrection révolutionnaire

1er novembre 1870

Le préfet Esquiros s’oppose à Gambetta et au gouvernement provisoire. Au Conseil municipal un affrontement se produit entre les modérés et les révolutionnaires et très vite, la Garde nationale (bourgeoise) commandée par le Colonel Marie va s’opposer à la Garde civique et l’Internationale.

La réaction populaire est immédiate et spontanée, l’hôtel de ville, défendu par les gardes nationaux est occupé et la Commune révolutionnaire est proclamée aussitôt. Un comité d’une vingtaine de membres est formé qui représente toutes les nuances de l’opposition radicale et socialiste parmi lesquels plusieurs membres de l’Internationale dont Bastelica, Chachouat, Job, Cartoux, etc. Le général Cluseret qui vient d’arriver à Marseille après l’échec de la Commune de Lyon se joint bientôt à eux, et la Commune prend l’héritage de la Ligue du Midi. Mais Esquiros qui jouit de l’estime populaire se retire (son fils atteint de typhoïde meurt et ce deuil l’abat profondément) ; il est remplacé par Alphonse Gent qui, à la faveur des circonstances (un attentat manqué contre lui qui soulève la réprobation générale) va reprendre le pouvoir en main pour le compte du Gouvernement et écarter tous ceux qui pouvaient raffermir la volonté populaire.

Le 13 novembre, le préfet télégraphie à Gambetta l’Ordre tout entier règne à Marseille ...

La Commune révolutionnaire de Marseille

(23 mars – 4 avril 1871)

Le 21 mars 1871

Une dépêche télégraphique du préfet, le contre amiral Cosnier indique : Marseille est tranquille. Tous les rapports qui m’arrivent sur l’état des esprits dans le département sont rassurants.

Le 22 mars

La proclamation de Thiers, flétrissant l’insurrection parisienne et exhortant à l’union est affichée sur les murs de la ville. Cette proclamation qui parle en termes favorables de Canrobert et de Rouher apparaît aux Marseillais comme une traîtrise et, le soir même, devant plus de 1 000 personnes, Gaston Crémieux, prononce un discours extrêmement violent :

Le gouvernement de Versailles a essayé de lever sa béquille contre ce qu’il appelle l’insurrection de Paris, mais elle s’est brisée entre ses mains, et la Commune en est sortie. Ainsi Citoyens, les circonstances sont graves. Avant d’aller plus loin, je veux vous poser une question. Quel est le gouvernement que vous reconnaissez comme légal ? Est-ce Paris ? Est-ce Versailles ?

Toute la salle unanime, crie : "Vive Paris !" À ces cris unanimes qui sortent de vos mille poitrines nous nous unissons et nous crions : "Vive Paris !".

Mais ce gouvernement va être combattu par Versailles. Je viens vous demander un serment, c’est celui de le défendre par tous les moyens possibles, le jurez-vous ?

- Nous le jurons !

- Et nous aussi, s’il faut combattre, nous nous mettrons à votre tête. Nous serons obligés de le défendre dans la rue. Rentrez chez vous, prenez vos fusils, non pas pour attaquer, mais pour vous défendre...

Le 23 mars

Le contre-amiral Cosnier organise une contre-manifestation en faveur du gouvernement de Versailles, mais depuis l’aube, les gardes nationaux des quartiers populaires s’étaient rassemblés, et une foule immense se regroupe autour d’eux.

La préfecture est envahie, les autorité destituées, une commission départementale est formée, présidée par Crémieux et comprenant 12 membres. Elle représente équitablement les diverses fractions de l’opinion publique : les Radicaux avec Job et Étienne, l’Internationale avec Alérini, la Garde nationale avec Bouchet et Cartoux, et trois membres délégués par le Conseil municipal.

La Commission déclare :

À Marseille, les citoyens prétendent s’administrer eux-mêmes, dans la sphère des intérêts locaux. Il serait opportun, que le mouvement qui s’est produit à Marseille fût bien compris, et qu’il se prolongeât.

Nous voulons la décentralisation administrative avec l’autonomie de la Commune, en confiant au conseil municipal élu dans chaque grande cité les attributions administratives et municipales.

Le 26 mars

Le général Espivent de la Villeboisnet, officier réactionnaire et clérical s’il en fut, qui s’était réfugié à Aubagne avec ses troupes, et qui calque sa conduite sur celle de Versailles, proclame le département des Bouches-du-Rhône en état de guerre.

Le 27 mars

Le conseil municipal (composé de républicains modérés et bourgeois) rompt avec le conseil départemental. Cette rupture accroît les difficultés matérielles auxquelles devait faire face la Commune après le départ de nombreux fonctionnaires.

Le 28 mars

Arrivée à Marseille de trois représentants en mission envoyés par la Commune de Paris (May, Amouroux et Landeck). Malheureusement, ils sont tous trois incapables et vont s’immiscer dans les affaires marseillaises portant de graves préjudices à l’action locale.

Le 1er avril

Le Conseil municipal est dissout.

Le 3 avril au soir

Espivent fait marcher ses troupes (6 à 7000 hommes) sur Marseille. Il a l’appui de trois navires qui croisent au large du port. En pleine nuit, les soldats parcourent les 17 km qui les séparent de Marseille. Pendant ce temps, des barricades sont dressées autour de la préfecture et quelques hommes se rassemblent. Les soldats d’Espivent prennent la gare, le fort Saint- Nicolas et le fort de Notre-Dame-de-la-Garde, ils effectuent un mouvement d’encerclement complété par le débarquement des marins.

Pourtant, la population réagit. Une foule immense, armée en partie et tumultueuse, se réunit. Deux bataillons d’infanterie fraternisent levant leurs chassepots en l’air aux applaudissements de la foule. Mais Espivent, après avoir reçu sèchement Crémieux, venu parlementer, fait bombarder la ville (300 obus tomberont sur la préfecture). Les combats acharnés se déroulent jusqu’au soir et la préfecture est finalement investie par les marins.

La Commune de Marseille avait vécu, la répression cléricale et réactionnaire allait s’exercer impitoyablement jusqu’en 1875.

Notes :

[1Article paru dans Le Monde libertaire (mai 1965) N° 112.

P.S. :

Bibliographie.

A. Olivesi, La Commune de 1871 à Marseille


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