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BAUSCHER, Lance. "Utopia USA" Interview de Robert Anton Wilson (Extrait)
Traduction Ronald Creagh
Article mis en ligne le 27 novembre 2010
dernière modification le 27 avril 2015

par r-c.
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Robert Anton Wilson est un écrivain américain dont l’oeuvre la plus connue est "Illuminatus", une trilogie de science-fiction dont seulement deux des trois ouvrages ont été traduits en français.

Le texte intégral en anglais se trouve sur le site "deepleaf productions"

"La communication, la vraie, ne se produit qu’entre égaux ; parce que lorsque vous traitez avec des gens qui sont hiérarchiquement au-dessus de vous, vous apprenez à ne pas leur dire ce qu’ils ne veulent pas entendre. Si vous leur dîtes quelque chose qu’ils ne veulent pas entendre, c’est : "Encore un mot, Lagaffe, et vous êtes viré !". Ou dans l’armée : "Encore un mot et c’est la cour martiale". Il en est ainsi dans tout le système.

Aussi plus on monte dans la hiérarchie, plus on dit de mensonges pour flatter les supérieurs. Ceux qui sont tout en bas doivent s’ajuster aux règles faites par ceux qui sont au-dessus et qui ne savent pas ce qui se passe. Ceux qui sont au sommet peuvent écrire des règles sur ceci, cela et le reste, tandis que ceux qui sont au bas doivent ajuster la réalité pour qu’elles s’adaptent aux règles autant que possible.

J’ai enseigné celà pendant plus de trente ans, presque 40 ans. J’ai demandé de plus en plus dans mes ateliers : "est-ce que quelqu’un peut lever la main et affirmer qu’il a dit la vérité, toute la vérité, et rien que la vérité lorsqu’il avait affaire au gouvernement ?" Personne n’a jamais levé la main. Tout le monde ment quand on traite avec le gouvernement ! Vous ne savez jamais pour quelle raison ils vont vous tomber dessus, et donc vous leur dîtes ce que vous pensez qu’ils veulent entendre.

Je pense que c’est vrai aussi pour beaucoup de sondages d’opinion. Les gens pensent qu’ils servent de prétexte à la CIA ou à quelqu’un. Aussi ceux qui sont au sommet n’ont aucune idée de ce qui se passe, de ce que les gens veulent vraiment, ou de ce qui en approche.

En attendant, comme personne n’a envie de se sentir à la fois lâche et menteur, il est plus facile de s’arrêter de voir la différence entre la réalité et ce qu’en disent les gens au sommet, et de se convaincre qu’elle correspond à ce qu’ils en disent. Même si pour cela on doit se cogner les genoux contre des choses qu’ils prétendent ne pas être là ou que l’on tombe dans des escaliers qu’ils affirment ne pas exister, et ainsi de suite.

Aussi j’appelle cela le fardeau de l’omniscience : ceux qui sont au sommet sont supposés voir, entendre, sentir, goûter et tout percevoir, connaître et conceptualiser pour toute la société. Et ceux qui sont en-bas ne doivent que s’ajuster à ce que les supérieurs pensent, et qui se fonde sur toute la désinformation qui remonte dans une hiérarchie où, pour toute parole vraie, on peut se faire punir.

Je vois l’anarchisme comme un idéal théorique vers lequel nous sommes tous en train d’évoluer graduellement jusqu’au moment où tout le monde peut dire la vérité à tout le monde et personne n’en est puni. Ceci ne peut arriver que s’il n’y a pas de hiérarchie ni de gens qui aient l’autorité de punir d’autres personnes.

Je ne crois pas qu’on puisse abolir totalement la hiérarchie, mais on peut la rendre temporaire et tournante. Un orchestre symphonique a besoin d’un chef, mais cela ne signifie pas qu’il va s’emparer de la vie des musiciens, leur dire ce qu’ils doivent manger, fumer, boire et ainsi de suite, où ils peuvent voyager et où ils ne peuvent pas. Une équipe de baseball a probablement besoin d’un manager, etc. Il y a probablement beaucoup d’endroits où nous avons besoin d’une hiérarchie temporaire, mais cela n’a pas besoin de durer une vie entière ni même quatre annés. Et il n’est pas nécessaire d’inclure tout ce que couvrent nos hiérarchies dans les entreprises, les bureaucraties et les gouvernements.

...

Je tends à me tenir à l’écart du mot anarchiste, parce que la plupart des gens pensent que cela veut dire jeter des bombes. Et beaucoup de gens qui se considèrent anarchistes semblent aussi le penser. Mais je ne puis utiliser le mot "libertarien", parce que les gens qui ont capturé le mot sont même moins rationnels selon mes critères. Je pense que "décentralisateur" serait le mot que je devrais choisir pour me désigner. Décentralisation à la base, d’une manière ou d’une autre, dans l’esprit de Jefferson.

Quoi d’autre vous intéresse dans la philosophie et la pratique de l’anarchisme ?

Très tôt dans la vie j’ai décidé que je ne croyais pas dans le système capitaliste. Le physicien Fredrick Saudi disait : "Economie ? Cela devrait s’appeler brigandage". Je veux dire que c’est la science du vol et du pillage organisé.

Mais d’un autre côté, le socialisme marxiste est même pire. Bien sûr, il y a le socialisme démocratique, tel qu’on le trouve en Europe du nord, et je vois beaucoup à admirer en cela, beaucoup.

Mais il y a aussi d’autres alternatives, et l’une de celles qui m’attire est l’anarchisme des Américains autochtones, parfois appelé anarchisme individualiste ou anarchisme mutuelliste, qui est fondé sur l’idée d’association volontaire, qui est le précurseur du groupe affinitaire dont nous entendons beaucoup parler aujourd’hui. Où la "commune", le milieu de vie en marge.


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