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8 janvier. Centenaire de la mort de Pietro Gori, le chevalier-errant de l’anarchie, avocat et poète italien (1865‐1911)
Article mis en ligne le 10 janvier 2011

par r-c.
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Funérailles de Pietro Gori
Elles auront lieu trois jours durant car des milliers d’ouvrier de toute la Toscane sont venus honorer le défunt.

Pietro GORI, grande figure historique du mouvement italien, auteur de brillants essais , est aujourd’hui surtout connu comme poète ; il est l’auteur de quelques-unes des plus célèbres chansons anarchistes de la fin du dix-neuvième siècle, notamment Addio a Lugano. Militant de l’anarchisme-communiste, il rayonnera en Italie et en Suisse, mais aussi en Amérique du nord et du sud.

Il naît à Messine le 14 août 1865 de parents toscans. Son grand père a été officier de la vieille garde de Napoléon Ier. Son père Francesco, est officier de l’armée royale ; il a participé aux guerres du Risorgimento, et c’est un admirateur de Mazzini, le patriote et fervent républicain italien.

Tout jeune, Pietro adhère à une association royaliste, dont il sera expulsé pour "indélicatesse" [1]. Il collabore alors à un journal modéré, La Riforma.

A 20 ans, il s’inscrit en droit à l’Université de Pise. Sa fréquentation des cafés estudiantins, où les contacts sont fréquents avec les ouvriers, et notamment des anciens membres de l’Association Internationale des Travailleurs, captent son intérêt et il adhère bientôt au mouvement anarchiste de la ville dont il devient une figure marquante. Il anime, organise, coordonne, prend la parole et polémique avec brio.

Il va aussi écrire et sera aussitôt arrêté pour avoir rédigé une épitaphe en souvenir des anarchistes de Chicago. [2] On l’accuse aussi d’être l’organisateur d’une protestation contre les navires états-uniens dans le port de Livourne.

Devenu secrétaire de l’association étudiante, il suscite en 1888 une commémoration du philosophe Giordano Bruno, autrefois brûlé vif pour hérésie par le tribunal de l’Inquisition catholique.

Il soutient une thèse sur "La misère et le délit" et obtient sa licence d’avocat en 1889. Sous le pseudonyme de RIGO (anagramme de son nom) il publie ses causeries dans un opuscule "Pensées rebelles", qui lui vaut d’être arrêté pour "instigation à la haine de classes" parce qu’il attaque "le droit inviolable à la propriété". Cette arrestation assure le succès de la brochure qui sera tirée à 1500 exemplaires. Gori obtiendra d’ailleurs un non lieu, grâce au témoignage de ses professeurs, de ses camarades étudiants et même d’un député radical de renom, Enrico Ferri.

Il sera arrêté l’année suivante pour le même motif d’instigation à la haine de classes pour être parmi les organisateurs des manifestations du 1er mai à Livourne. Il sera condamné à un an de prison à Livourne, puis à Lucca, mais sera libéré le 9 novembre parce que son procès sera annulé en Cassation.

Il s’installe à Milan où il exerce la profession d’avocat dans l’étude de Filippo Turati avant d’ouvrir son propre cabinet. Il participe au Congrès de Capolago, en 1891, qui décidera de la fondation du Parti socialiste révolutionnaire anarchiste. Il soutient les thèses de Malatesta. Cette même année, il participe aussi au Congrès du Parti Ouvrier Italien (futur Parti Socialiste Italien). Il traduit à cette occasion le Manifeste du Parti communiste de Karl Marx et Friedrich Engels (à partir de la version française). Il commence la publication d’un journal "socialiste-anarchiste" qui lui vaudra de multiples arrestations et procès. Ce journal, L’Amico del popolo [L’Ami du Peuple] aura 27 numéros, qui seront tous saisis par la justice italienne.

Etroitement surveillé par la police, et même par le Ministère de l’Intérieur, il est systématiquement arrêté par mesure de précaution à l’approche du premier mai. de chaque année. C’est ainsi qu’en prison, en 1892, il écrira l’hymne du premier mai". L’impression à 9000 exemplaires de ses premiers poèmes, 0 "Alla conquête de l’avenir" et "Prisons et batailles", est vite épuisée. Il participe en 1893 au Congrès socialiste de Zurich, dont il sera expulsé, et il fonde la revue "La Lotte sociale", de courte durée, du fait des ombreuses saisies par les autorités. Pendant toute cette période, il multiplie les conférences et mène sans relâche la défense de camarades aux prises avec la justice.

C’est ainsi qu’amené à prendre la défense de Sante Caserio, le meurtrier du Président Sadi-Carnot, il est accusé par la presse d’être l’inspirateur de l’attentat. Pour éviter l’emprisonnement, il s’enfuit à Lugano, en Suisse. Mais il est arrêté en 1895, avec quinze autres exilés politiques italiens, et expulsé du pays deux semaines plus tard. C’est à cette occasion qu’il compose les vers de sa chansion Addio a Lugano.

Il traverse l’Allemagne et la Belgique et arrive à Londres où il rencontre quelques-uns des principaux propagandistes de l’anarchisme dans le monde. Il part ensuite à New York, puis à Paterson, dans le New Jersey, où réside une importante communauté italo-américaine. Il y donne une première conférence le 27 juillet 1895, y demeure trois mois, durant lesquels il prend en main le travail éditorial de la revue La Questione sociale. Deux soirs par semaine, ses conférences attirent homees et femmes dans une salle bourrée de monde qui pourtant peut contenir jusqu’à deux mille personnes.

Les militants lui ont organisé une tournée de conférences dans toute l’Amérique du nord : il en fera plus de 400 en un an ! Ce séjour, où il collabore à la revue La Questione sociale, va donner l’élan à de nombreux groupes à travers les Etats-Unis et le Canada. Un témoin américain le décrit comme étant un des hommes les plus doués qu’il ait rencontré : une belle voix de ténor, un poète de mérite, un joueur de guitare, et un écrivain et conférencier très compétent." (Zimmer, 140). Sa visite en Californie donnera naissance à l’Alleanza Socialista-Anarchica qui adhèrera - et survivra- à sa Federazione Socialista-Anarchica dei Lavoratori Italiani nel Nord-America.

Il écrit dans cette période une pièce de théâtre, Senza Patria [Sans Patrie), qui met en scène un paysan, ancien combattant de l’unification italienne. Il part en Amérique où il ne trouve pas de patrie, mais seulement "un peu plus de pain". Gori a ainsi inspiré le thème du "sans-patrie", qui lance ce cri émancipateur : "le monde est ma patrie". Ce slogan va jouer un rôle très important dans la communauté italo-américaine, qui se sentira solidaire du monde entier. [3].

Il retourne à Londres durant l’été 1896 comme délégué des groupes ouvriers états-uniens pour participer au 2e Congrès de l’Internationale socialiste, où il défend les thèses anarchistes. Il tombe gravement malade et doit être hospitalisé.

Grâce à l’appui de quelques parlementaires, il est autorisé à revenir en Italie, avec l’obligation de résider dans l’île d’Elbe durant les premiers temps. Une fois revenu au pays, il reprend ses activités : défense des camarades, dont Errico Malatesta, collaboration aux journaux anarchistes, notamment l’Agitazione, publié à Ancône.

Les 17 et 18 janvier 1898, une grève générale a lieu à la suite de l’augmentation du prix du pain. Le mouvement de protestation se développe dans le pays et des émeutes ont lieu à Milan. Elle sont durement réprimées par l’armée : le général donne l’ordre de tirer sur la foule. Selon les estimations, on comptera entre 80 et 300 morts. La répression s’exerce sur les syndicats et les partis de gauche, de sorte que Gori est contraint de s’exiler à nouveau pour éviter une condamnation à douze ans de prison.

Il s’embarque à Marseille pour l’Amérique du sud. Il se fait connaître en Argentine à la fois comme promoteur de la FOA (Federación Obrera Argentina) (qui deviendra quelques années plus tard la FORA) et comme fondateur d’une revue de "Criminologie moderne", grâce à ses cours à l’Université de Buenos Aires. Il renverse les positions du trop célèbre professeur Lombroso, qui identifiait des dispositions criminogènes et anarchistes à partir de portraits photographiques.

Gori part au Chili en 1901 et contribue à fortifier le mouvement dans la région des Andes et à lui donner une expression internationale.

L’amnistie, les problèmes de famille et de santé l’amènent à revenir en Italie en 1902. L’année suivante, avec Luigi Fabbri, il fonde la revue Il Pensiero (La Pensée). En 1904, il se rend en Egypte et en Palestine, mais passera le reste de sa vie en Italie dans la défense de ses camarades et la propagande anarchiste.

"Le poète de l’amour, des fleurs et de la fraternité" [4] meurt le 8 janvier 1911, à Portoferraio, laissant une oeuvre importante qui dans les domaines de la criminologie. de la poésie et du théâtre. Ses drames, Primo Maggio et Senza Patria seront joué pendant des décennies sur tout le continent nord-américain. Il n’a que 45 ans.

Notes :

[1Que fallait-il entendre par là ? On ne l’a jamais su

[2En 1886, la justice américaine imputa mensongèrement un attentat aux anarchistes et ils furent condamnés à mort.

[3"Nostra patria è il mondo intero
nostra legge è la libertà"

[4Vecoli, "Primo Maggio", 4


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