RAForum
Slogan du site
Descriptif du site
PELAYO, Donato. "Jules Montels : une vie d’éternel rebelle"
L’Agglo-Rieuse Montpellier Nos 430, 431, 432 du 9 au 23 février 2011.
Article mis en ligne le 10 mai 2011
dernière modification le 27 avril 2015

par r-c.
logo imprimer
Enregistrer au format PDF

Destin hors du commun que celui de Jules Montels, natif de Gignac. Colonel des insurgés de la Commune, propagandiste anarchiste dans l’Hérault, précepteur des enfants du romancier russe Tolstoï, journaliste à Tunis. Un rebelle comme on n’en fait plus.

Louis Jules Marie Montels est né le 25 mars 1843 à Gignac. Dans une famille installée dans le village depuis longtemps, puisque les Montels abondent dans la commune dès le milieu du XVIe siècle. Il est le fils de Jean Montels, percepteur, alors âgé de 48 ans, et d’Henriette Jeanne Elisa Bouisset, fille unique de Nicolas Bouisset, marchand bijoutier place aux Herbes à Baziers, et Marie Thérèse Julie Vigo, née à Béziers le 29 décembre 1810. Ils se sont mariés deux ans plus tôt, le 26 avril 1841. Ils auront deux fils puis deux filles. Louis Jules Marie est le cadet.

Pour l’anecdote, qu’il ne faut jamais négliger car elle peut donner des pistes à des curieux voulant jouer au Sherlock Holmes, le père du cinéaste Jean Vigo, auteur de Zéro de conduite tourné au lycée de Millau, le journaliste Eugène Bonaventure Jean-Baptiste Vigo qui prit le nom de Miguel Almereyda (anagramme de "Y’a la merde") naquit aussi à Béziers le 8 janvier 1883, d’un père employé de commerce, né à Saillagouse, et d’une mère, Aimée Salles, couturière née à Perpignan. Il était issu d’une famille originaire d’Err, dans les Pyrénées-Orientales. Il n’est pas impossible qu’il y ait des liens de parenté entre la mère de Jules Montels et la famille du cinéaste. En tout cas, ils ont en commun d’avoir été des anarchites et des rebelles de belle taille.

Jules Montels n’a que huit ans quand, dans le département de l’Hérault, s’abat la répression antirépublicaine après le coup d’État du 2 décembre 1851, fomenté par Louis-Napoléon Bonaparte et prélude du Second Empire.

Sur l’ensemble du territoire national, 19 464 personnes furent condamnées par des commissions mixtes, 9 820 furent transportées, 239 à Cayenne, 4 549 en Algérie en résidence forcée et 5 032 en résidence libre.

A Montpellier, plusieurs avocats – Anterrieu, Bourely, Rouch, Guiter, Lisbonne notaire, Digeon père et fils –, des négociants, des étudiants, des artisans sont arrêtés et déportés. Victor Schoelcher les évoquera dans son livre, Histoire des crimes du 2 décembre, publié à Bruxelles.

Dans l’Hérault où l’imprégnation républicaine est vivace, 3 023 Héraultais sont arrêtés, le préfet en fait libérer 360. Les 2 663 autres passent devant des commissions entre février et avril 1852.

1574 sont condamnés à la transportation en Algérie, dans le pénitencier agricole de Lambèse ou les camps d’Aïn-Sultan, Birkhadem, Bourkika, Douéra, Oued-Boutan, Bel-Abbès et Sidi-Brahim. Cette répression massive n’épargne aucun village. Mais loin d’épuiser les racines républicaines, elle fit naître des surgeons qui s’engagèrent dans les voies les plus révolutionnaires, à l’image des Digeon père et fils, de Paul Brousse ou de Jules Montels.

Ces événements sont encore vivaces des décennies plus tard puisque, en 1883, quand la République décida de créer des pensions pour les victimes ou enfants de victimes du coup d’Etat, on attribua pour le seul département de l’Hérault 2 067 titres de pension et 1 056 050 francs de rente. Attestant que l’Hérault figure parmi les départements où la répression fut la plus massive et la plus féroce.

On ne trouve pas de Montels parmi la liste des transportés. Par contre, un Montels Antoine de Saint-Affrique, figure parmi les républicains aveyronnais arrêtés et déportés en Algérie après avoir embarqué à Sète. Peut-être s’agit-il d’un cousin ou d’un parent éloigné, les contacts entre le Sud-Aveyron et la vallée de l’Hérault étant depuis longtemps vivaces. Mais ce n’est là qu’une hypothèse hasardeuse.

Dans certains villages, comme Saint-Thibéry, Capestang ou Bédarieux, la répression concerna plusieurs dizaines de citoyens.

Les prisons de Montpellier, Béziers, Pézenas, le fort Brescou, au large d’Agde, se remplissent Ces républicains sont ensuite transportés à pied à Cette et attendent au fort Saint-Pierre leur embarquement sur les quatre navires – Le Grondeur, Le Requin, Le Dauphin et L’Eclaireur – affrétés pour les opérations de transportation vers Bône, Alger ou Oran.

Dans les années 1860, Jules Montels gagne Paris où il exerce plusieurs métiers comme clerc ou négociant-courtier en vins. Compte tenu de l’appartenance de son père à la petite bourgeoisie, il est vraisemblable qu’il ait fréquenté le lycée de Montpellier ou de Béziers où sa mère a des attaches, car il a un solide bagage scolaire. Il fréquente les milieux républicains, qui relèvent la tête alors que l’Empire se délite, et se trouve mêlé au maelström de la Commune. Tout naturellement, d’instinct même, il prend le parti des communards et se retrouve colonel de la 12e légion fédérée de la Commune. Il combat aux côtés du Nîmois Louis Rossel, chef de la 17e légion et chef d’état-major de la Commune, qui sera fusillé le 28 novembre 1871 à l’âge de 28 ans, au camp de Satory, par la seule volonté d’Adolphe Thiers voulant faire un exemple avec ce jeune colonel, militaire de carrière, qui aurait pu fuir mais qui avait préféré rester jusqu’au bout pour "être du côté des vaincus, du côté du peuple". Jules Montels se révèle un combattant féministe, puisque, le 14 mai, il fait imprimer une affiche vantant "le grand exemple donné par des femmes héroïques" qui ont demandé des armes au Comité de Salut public. Dans l’espoir que "ce noble sentiment" ranime le courage de "certains hommes", il organise une "compagnie de citoyennes volontaires" pour "marcher à l’ennemi" avec la 12e légion. Afin de stimuler l’amour-propre de "quelques lâches", il décrète : "1) Tous les réfractaires seront désarmés publiquement, devant le front de leur bataillon, par les citoyennes volontaires. 2) Après avoir été désarmés, ces hommes indignes de servir la République, seront conduits en prison par les citoyennes qui les auront désarmés."GIF

Il est délégué en province et chargé de nouer des contacts à Béziers et à Narbonne, où le remuant et actif Émile Digeon galvanise les militants républicains. Jules Montels fait sans cesse pendant des semaines des allers-retours entre son domicile parisien, passage de l’Alma, et Béziers, où il a un domicile et où il est fiché par la police comme "agitateur extérieur à la cité" (sic).

Il est fait prisonnier avec les trente-deux principaux protagonistes de la Commune de Narbonne. Les principaux accusés sont Émile Digeon, Bouniol, Nègre et Montels. Ils sont traduits devant la cour d’assises de Rodez le 13 novembre 1871 pour avoir fait partie d’une bande armée, "laquelle a exécuté un attentat ayant pour but de détruire ou de changer le gouvernement et d’exciter à la guerre civile, en portant les citoyens et les habitants à s’armer les uns contre les autres". Le capitaine Blondat du 52e de ligne qui, fait prisonnier par les communards narbonnais, avait été impressionné par la non-violence d’Émile Digeon, fait un plaidoyer en leur faveur. Ce qui impressionne le tribunal et le jury. Fait rare, touts les accusés, dont Jules Montels, sont acquittés.

Quand la Commune est définitivement matée, il fuit à Genève, accueilli par Jules Guesde, qui s’y était réfugié après avoir été condamné à plusieurs années années de prison pour des articles parus dans le quotidien Les Droits de l’Homme, qu’il avait créé à Montpellier et qui était diffusé dans l’ensemble du département de l’Hérault. Il le seconde dans son travail de propagande au sein de l’Internationale, gardant des contacts avec Béziers, où il y a toujours eu un noyau de républicains déterminés depuis la Révolution jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

On pense qu’il a alors contribué au pamphlet édité par Jules Guesde, Le livre rouge et la justice rurale. On sait, d’après les écrits de James Guillaume, dont il a été un temps le secrétaire, qu’il avait travaillé à Lausanne avec Paul Piat, chargé de la liquidation de la société française Laurent et Bergeron qui avait exploité de longues années durant la Compagnie des chemins de fer de la Suisse occidentale. Et qui était accueillante aux exilés politiques à qui elle procurait du travail. Il correspond aussi aec l’ingénieur et le révolutionnaire Maxime Vuillaume.

Toujours est-il qu’il participe au Congrès de l’Internationale à Genève en septembre 1873. Il en diffuse les conclusions dans les sections du Midi de la France et de la Catalogne où il a noué de solides contacts. Il collabore alors avec le professeur anarchiste corse Charles Alerini, actif à Barcelone et qui devait plus tard s’exiler en Égypte, le Montpelliérain Paul Brousse et le canut lyonnais Camille Camet, qui, vers les années 1890
animera le Parti ouvrier français de Jules Guesde dans la région lyonnaise. À Béziers, Jules Montels, toujours très actif, crée la section de l’Internationale et un Cercle d’études sociales.

Fidèle à ses idées anarchistes, il écrit un pamphlet virulent, Lettre aux socialiste révolutionnaires du Midi de la France préconisant un abstentionnisme actif aux élections législatives du 20 février et 5 mars 1876.

Il y aura en effet 18,71% d’abstentions. La Gauche républicaine et l’Union républicaine remporteront cependant un beau succès en enlevant 291 sièges des 533 mis en compétition.

En Suisse, Jules Montels s’active pour structurer la Fédération française de l’Internationale, aux côtés de l’anarchiste montpelliérain Paul Brousse. Les 19 et 20 août 1877, il est présent au congrès secret de cette fédération auprès de Brousse et Jean-Louis Pindy, un menuisier militant communard qui ordonna l’incendie de l’Hôtel de Ville et qui, condamné à mort, se réfugia en Suisse, où il fut l’un des dirigeants de tendance bakouniniste de la Fédération jurassienne. Jules Montels sera choisi comme délégué de la fédération au 9e Congrès de l’Internationale, qui se tient en 1877 à Verviers (Belgique), en septembre de la même année. Un saut de puce, et toujours en compagnie du Montpelliérain Paul Brousse, il participe au congrès socialiste mondial à Gand. Un congrès décisif qui voit l’affrontement puis la séparation entre les tendances anarchistes et les socialistes.

Un an auparavant, Jules Montels a publié à Genève Lettres aux socialistes révolutionnaires du Midi de la France, édité par la Revue socialiste, imprimerie coopérative de Genève.

Il est alors parmi les signataires de la motion pure et dure de l’anarchie, aux côtés de Paul Brousse, Pierre Kropotkine et François Dumartheray au second congrès de la classe ouvrière à Lyon. Avec Ballivet, délégué du syndicat des mécaniciens de Lyon, ils présentent la collectivisation des terres et des moyens de production industrielle, perspectives tellement hardies pour l’époque qu’elles sont finalement rejetées.

Vraisemblablement lassé par ce militantisme permanent, il quitte la France en août 1877 et s’installe en Russie, où il séjournera trois ans. À Paris, il avait été tour à tour peintre, commerçant en vins, en bâtiment et professeur, "professeur de latin et d’un peu de grec", disait-il plaisamment et modestement. Il rejoint Iasnaïa-Poliana (la clairière lumineuse, en russe), à une centaine de kilomètres de Moscou. C’est la résidence d’été du grand romancier Tolstoï dont on a oublié qu’il était tout à la fois un libertaire et un pacifiste, et l’un des pionniers de la non-violence. Dans cette propriété de famille, où il est né et où il a été enterré, Tolstoï a écrit Guerre et paix, Anna Karénine. Il y a aussi créé une école pour les paysans, qu’il sera obligé de fermer à la suite de pression des autorités. Pour sa nombreuse famille – le couple Tolstoï aura treize enfants entre 1862 et 1882, – il se fait assister par une gouvernante. Celle-ci, Lucie Gachet (1849-1900), est native de Bioley-Orjulaz, dans le canton de Vaud, en Suisse. La comtesse Sophie l’évoque avec affection à de nombreuses reprises dans ses mémoires, rapportant ses promenades avec des ânes ou le jeu de croquet auquel elles s’adonnent. Lucie ayant la charge des filles Macha et Tafia.

Jules Montels est recruté comme précepteur des garçons, par l’entremise de Lucie Gachet, qu’il a rencontrée lors de ses séjours en Suisse. Et qui entre-temps est devenue sa femme. Jules Montels revient dans l’Hérault en 1880, après l’amnistie plénière, en compagnie de son épouse.

En souvenir de la répression violente des événements de 1851, il publie un pamphlet, La Justice de l’ordre en 1851, et Vie et mort d’André-Abel Cadelard où il évoque l’exécution de ce militant républicain, en compagnie de trois autres, – Choumac, Vidal et Pagès.

Ceux-là même que Victor Hugo avait évoqués dans son pamphlet politique Napoléon le Petit qu’il publia à Bruxelles, en août 1852, huit mois seulement après le coup d’État du 2 décembre 1851 qui l’avait contraint à l’exil.

Cap sur la Tunisie

Nouvelle rupture dans l’existence agitée de notre révolutionnaire professionnel. Vers les années 1880, le parlementarisme reprend du poil de la bête et les débats dans les assemblées occupent l’essentiel du spectre politique.

Jules Montels quitte la France avec son épouse, fin 1881, et s’installe en Tunisie. Il devient rédacteur en chef de Tunis Journal tout en exerçant la profession de commissaire-priseur.

Le premier numéro de Tunis Journal, "politique, littéraire, scientifique, agricole et commercial", journal des petits colons français, parut le 28 février 1884. Conçu par Jules Montels, il connut immédiatement le succès. Il traitait des questions coloniales et des conflits opposant colons nouvellement installés et l’administration coloniale. Il était aussi ouvert aux doléances des paysans tunisiens trop souvent spoliés. Il affichait aussi une opposition farouche face aux menaces du général Boulanger. Ni le Premier ministre résident Théodore Roustan, ni son successeur Paul Cambon (février 1882-octobre 1886) n’étaient favorables à l’émergence d’une presse locale. Ils avaient par ailleurs pris les devants en créant un Journal officiel local, en janvier 1883, tiré sur les presses de l’imprimerie La Rapide de Tunis.

Le journal de Jules Montels inquiéta tellement l’administration coloniale que celle-ci suscita un concurrent, La Dépêche tunisienne, en 1889, à qui Justin Massicault (sic), un ancien journaliste devenu préfet puis résident général de France de 1886 à 1892, fixa une ligne de conduite explicite : "Faites-moi un journal tel que les Français, les étrangers, les Arabes et les Juifs, les franc-maçons et les catholiques n’éprouvent en l’ouvrant aucun frisson ; un journal amorphe qui ne blesse les convictions de personne et que tout le monde lira." Une profession de foi œcuménique qui est encore appliquée de nos jours à la lettre dans de nombreux journaux.

Pour l’anecdote, il convient de signaler qu’au XIXe siècle – souvenons-nous de la mort dans un duel du journaliste montpelliérain Aristide Ollivier en juin 1851 – les journaux d’opinion opposés se montaient le bourrichon et n’hésitaient pas à régler leurs différends dans des duels au fleuret non moucheté, voire au pistolet.

A Tunis, les salles d’armes étaient fréquentées par nécessité quasi professionnelle par les journalistes italiens et français dès le lendemain de l’instauration du protectorat. Le journal officieux, La Dépêche tunisienne, précautionneux, installa même une salle d’armes dans ses propres locaux.Les articles n’étant pas signés, quand survenait un duel, seules les meilleures lames ou les meilleurs tireurs se rendaient sur le champ, en prétendant courageusement et inconsciemment qu’ils étaient les auteurs des articles incriminés, même si ce n’était pas le cas.

Jules Montels est un polygraphe actif. Il collabore à la Revue tunisienne où il narre ses excursions et sa découvert de la Tunisie. Il collabore aussi à l’éphémère et loufoque Revue noire de Georges Sadnac, publiant dans son premier numéro un texte sur "Tourgneneff [sic] chez Tolstoï" où il raconte par le menu les rencontres entre les deux grands écrivains russes en août 1878 et mai 1879.

Il écrit un livre sur les biens de mainmorte en Tunisie, et les biens habous propriétés d’établissements publics, de communautés religieuses ou de corporations, après avoir consulté scrupuleusement les archives.

Il écrit ainsi : "Les biens habous de l’islam sont nés de la même pensée qui animait les chrétiens des premiers siècles. On ne peut mettre en doute que les biens habous n’aient eu pour cause déterminante de leur création l’idée religieuse". Ajoutant : "Sous la domination turque, aussi bien que sous la domination des deys et des beys, il fallut bien hercher à soustraire sinon sa vie, du moins ses biens à la rapacité du maître et des faméliques (sic) qui formaient son entourage".

Alors qu’il est installé en Tunisie et qu’il en connaît toutes les strates sociales, il participe à la création, en 1908, de la section tunisienne de la SFIO. Pour mémoire, elle a été créée en France trois ans plus tôt. Pour construire ce nouveau parti, il s’associe aux éléments les plus progressistes de la colonie française, à savoir le docteur israélite Albert Cattan, les syndicalistes Boisson, Silve, Serressèque, mécanicien des chemins de fer, Riols de Fonclare, dont la famille est vraisemblablement originaire de Saint-Pons, dans l’Hérault. Ils s’expriment bientôt dans les colonnes du journal Le Courrier de Tunisie.

Comme la mémoire collective est souvent vivace, en 1901, Antoine Moulin, professeur, radical socialiste et franc-maçon, élu municipal et départemental, alors président de la section locale de la Ligue des droits de l’Homme mais aussi père du héros de la Résistance Jean Moulin, fit une campagne pour réhabiliter la mémoire des deux insurgés André Abel Cadelard et Joseph Laurent, qui s’étaient opposés au coup d’État de Napoléon III.

[…]

Son épouse, avec laquelle il eut trois enfants, s’étant éteinte en 1900, Jules Montels déménage alors à Sfax, un port situé à 270 kilomètres au sud de Tunis et seconde ville du pays. Peut-être y a-t-il été attiré par la présence d’une importante population laborieuse, en butte à une exploitation effrénée, surtout dans les gisements de phosphate, qu’il veut gagner à ses convictions désormais socialistes. Ce qui est certain, c’est que jusqu’au jour de sa mort, le 15 septembre 1916, Jules Montels a été à l’écoute des vibrations et des soubresauts du monde, toujours soucieux de l’améliorer par son action taciturne. Sur le registre de l’état-civil où est consigné son décès, on a porté la mention "Protestant". Chez lui, il s’agissait autant d’une religion que d’un gérondif exprimant une attitude de rebelle irréductible.

[…] Jules Montels a été un journaliste dans l’âme et a toujours accordé de l’importance à l’écrit, un trait commun à tous les révolutionnaires du XIXe siècle, désireux de faire partager leurs idées.

En 1886, il écrit une préface pour une édition de Guerre et paix de Tolstoï.

Il rédige pour la revue Les Temps nouveaux un article intitulé "L’État d’âme de Tolstoï en 1878-1880", bonnes feuilles d’un ouvrage qu’il voulait faire paraître, Trois années chez le compte Tolstoï (en décembre 1910, destinées pour prépublication à la Revue noire). Ébauches qui se trouvent dans des papiers inédits déposés à l’Institut International d’Histoire Sociale d’Amsterdam.

Curieusement, on le trouve mêlé aux événements de 1907, puisqu’il figure aux côtés d’Ernest Ferroul et Marcelin Albert sur une liste de 89 inculpés renvoyés devant une cour d’assises pour cause de suspicion légitime et atteinte à la sûreté publique, dans une requête du procureur général près la cour d’appel de Montpellier. Ce qui atteste qu’il est intéressé de près à la révolte des viticulteurs et a été en contact avec ses meneurs. Il est revenu dans le Midi au cours de cette période mouvementée.

Lucien Descaves (1861-1849) est un littérateur et journaliste devenu célèbre par le roman antimilitariste Les Sous-offs, ses écrits sur la Commune et son autobiographie, Souvenirs d’un ours. Il a été par ailleurs président du jury du prix Goncourt de 1945 à 1949.

Il était en contact épistolaire avec Jules Montels, puisque dans les documents qu’il a laissés, on trouve une lettre que lui a adressée Jules Montels, datée du 9 avril 1914, donc deux ans avant sa mort.

Jules Montels a aussi entretenu une correspondance suivie avec Jean Grave, ainsi qu’en attestent des lettres écrites en 1914, 1915, la dernière étant datée du 12 août 1916, soit à peine un mois avant sa mort. Jean Grave (1854-1939) est un socialiste devenu anarchiste qui s’attacha à propager les idées de l’anarchiste russe et néanmoins prince, Pierre Kropotkine. Il a dirigé la célèbre revue Les Temps nouveaux où collaboraient Élisée Reclus, Kropotkine, Octave Mirbeau, Félix Fénéon, écrivains anarchistes, et les peintres, eux aussi anarchistes, Camille Pissaro et Maximilien Luce.

On doit imaginer la vie de cet enfant de Gignac heureuse et bien remplie. Comme le sont toutes les vies de ceux qui luttent non pour satisfaire leur petit ego, mais pour participer à la lente et difficile émergence de plus d’humanité et de fraternité parmi ceux que Rutebeuf appelait déjà les "frères humains".


Haut de page
Réalisé sous SPIP
Habillage ESCAL 4.1.4