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DUPUIS-DÉRI, Francis. « Hommes anarchistes face au féminisme »

mercredi 1er juin 2011, par ps

in Réfractions, no. 24, 2010.

Version française et légèrement modifiée de « What about patriarchy ? Some thoughts of a heterosexual anarcho-male », Social Anarchism, 43, 2009.

En souvenir de Léo, Et de nos longues discussions dans la nuit de Lyon Au flanc de la Croix-Rousse. Parce que j’essaie encore, Malgré tout…

C’est beau de se dire pacifiste, féministe ou anarchiste Mais ton cœur est capitaliste/J’en ai subi les injustices

« Rebelle féministe », Genr’ radical

C’est comme si tu pensais que de te dire « anarchiste » te rendait propre et pur, et ne faisait plus de toi le sujet d’une auto-analyse ou d’une critique. Tu as rendu le terme répugnant pour moi. […] Il est temps pour moi d’être avec des femmes. J’ai passé ma vie dans un monde défini par les hommes, à apprendre des hommes, à être en relation avec des hommes, à lire des hommes, à essayer d’écrire et de parler comme des hommes, à être avec des hommes. Si tu te sens menacé parce que moi et mes soeurs sommes excédées, et que nous sommes réunies, peut-être as-tu une bonne raison de fuir.

Anonyme, « what is to be a girl in an anarchist boys’ club »

En principe, l’anarchisme valorise la liberté, l’égalité, la solidarité, ainsi que le bonheur et le plaisir. L’anarchisme favorise l’association libre, donc la diversité et le pluralisme, ainsi que les relations consensuelles. L’anarchisme lutte contre les injustices, la domination, la coercition et l’exploitation. N’y a-t-il pas là les principes pour fonder des relations amoureuses et sexuelles épanouies, émancipées, égalitaires et consensuelles ? D’ailleurs, les anarchistes ont critiqué le patriarcat dès les débuts de leur mouvement organisé, au XIXe siècle, dénonçant « l’esclavage sexuel » et en appelant à « l’égalité politique des femmes ». Des anarchistes ont été parmi les premiers en Occident moderne à prôner « l’amour libre », soit la liberté de choix amoureux et sexuel pour les hommes comme pour les femmes, et le droit pour celles-ci à contrôler leur reproduction. Des anarchistes ont aussi été parmi les premiers à dénoncer l’absurde criminalisation de l’homosexualité. Ces préoccupations se retrouvent surtout chez les femmes anarchistes comme Emma Goldman et Voltairine de Cleyre, mais aussi chez quelques-uns de leurs camarades masculins. Des hommes anarchistes ont même été réprimés pour leur position en faveur des femmes. Voltairine de Cleyre consacre ainsi un texte à célébrer le camarade Moses Harman, emprisonné et condamné aux travaux forcés pour avoir identifié comme un « viol » la relation sexuelle imposée par un homme à une femme dans le cadre du mariage.


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