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MICHEL, Louise. La Commune de Paris

"Toute révolution, maintenant, sera sociale et non politique, c’est le dernier souffle, l’aspiration suprême de la Commune dans la grandeur farouche de ses noces avec la mort."

Article mis en ligne le 2 avril 2012
dernière modification le 31 mars 2012

par r-c.
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Commentaire paru dans La Revue Blanche t. 12 (1er semestre 1897) pp. 300-301.

Pendant vingt-six ans on a parlé des victimes de la Commune ! A peu près soixante dont on sait les noms.– Ses morts, à elle, sont sans nombre ; Paris fut un immense abattoir dans lequel après huit jours d’égorgement les vols de mouches des charniers arrêtèrent les tueries – on craignait la peste.

Les morts de la Commune pendant la semaine sanglante ne peuvent être évalués, ils ont été enfouis partout, dans lessquares, sous les pavés des rues, dans les puits, dans les tranchées creusées au temps des Prussiens ; dans celles des cimetières, dans les casemates où ils furent brûlés ; on en apportait par voitures au champ de Mars où ils furent également brûlés : la cendre n’en fut point recueillie dans des urnes, les vents qui l’ont emportée ne diront ni les noms ni le nombre.

Ainsi la Commune qui avait attendu naïvement l’attaque de Versailles et qui n’avait pas enfoncé le pieu au cœur de pierre du vampire, la Banque, la Commune expia sa générosité ;

Mais invaincue sous les flammes vengeresses de l’incendie, elle renaîtra plus forte, car elle avait compris combien sont inutiles les changements politiques qui mettent des hommes en place d’autres hommes ; elle savait que le vieux monde parlementaire ne donnera jamais que ce qu’il fit au 4 septembre, il l’a prouvé depuis. Toute révolution, maintenant, sera sociale et non politique, c’est le dernier souffle, l’aspiration suprême de la Commune dans la grandeur farouche de ses noces avec la mort.

Les armées de la Commune comptaient peu d’hommes connaissant ce qui s’appelle le métier de la guerre, mais tous étaient également braves. Clusert, La Cecilia, Dombrowski, Rossel étaient presque les seuls généraux venant de l’armée, mais l’enthousiasme, le mépris de la mort ont une grande valeur, quand le nombre des combattants est relativement petit, il fut quelquefois si restreint, à Ivry, à Clamart, à Neuilly que ce fut une hance extraordinaire que l’ennemi ne s’en doutât pas.– C’est avec cette sorte de combattants qu’il eût fallu enlever la situation dès les premiers instants ; – déjà perdue, la ruche fédérée arrête pendant huit jous la plus formidable armée qu’ait déployée la troisième république.

Ce n’était pas l’heure du parlementarisme et la Commune n’eut jamais à se louer des séances où elle en fit, quoiqu’elle comptât des hommes éloquents, tels que le vieux Pyat, Vallès et tant d’autres. Majorité et minorité se trouvèrent réunies, à l’heure suprême, dnas une même grandeur de sacrifice.

Vous me demandez, chers camarades, quel a été mon rôle du 18 mars à la fin de mai 1871. Je suis partie avec les compagnies de marche de la Commune, dès la première sortie ; je faisais partie du bataillon de Montmartre et je me suis battue dans les rangs comme un soldait, j’ai pensé qu’en conscience c’était ce qu’il y avait de plus utile à faire – j’ai nécessairement continué dans Paris comme les autres, jusqu’à ce que les Versaillais ayant arrêté ma mère pour la faire fusiller à ma place, je sois allée la faire mettre en liberté (malgré elle) en réclamant cette place pour moi.

J’ai raconté bien des fois comment pendant le voyage de Calédonie je suis devenue anarchiste, et il me semblait les événements de cette époque loin de nous comme de mille années, quand on s’est remis à parler de la Commune et à nous interroger, nous qui sommes pareils à des ombres, ayant pasé à travers tant de morts ; l’heure serait-elle venue où le spectre de mai se lèvera ?

Londres.


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