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Les Gardes noires
Une courte présentation des Gardes Noires anarchistes et de leur anéantissement par les bolcheviks à Moscou en 1918.
Article mis en ligne le 23 avril 2012
dernière modification le 4 avril 2012

par r-c.
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    traductions de cet article :
  • English

Texte en anglais trouvé sur le site anar britannique Libcom.org (http://libcom.org/ ), dans sa
rubrique « History », sous le titre « The Black Guards ».

Cette traduction a été réalisée en octobre 2011. Nous signalons que ce texte n’a pas été traduit
directement par le CATS de Caen mais par une personne qui est entré en contact avec nous.
C’est cette personne, qui se reconnaîtra, qui a réalisé la traduction que voici, et nous l’en
remercions chaleureusement.

Pour des raisons de facilité, une partie des noms de lieux et de personnes ont été laissés tels
qu’ils étaient dans la version anglaise du texte.

D’autres traductions sont en téléchargement libre sur le site : http://ablogm.com/cats/

Petrograd 1917 - Meeting à l’intérieur de l’usine Putilov

Beaucoup d’anarchistes russes s’opposèrent radicalement à l’institutionnalisation des Gardes Rouges,
unités de combat qui avaient été créées par des ouvriers d’usine au cours des révolutions de Février et
d’Octobre. Rex A. Wade, dans son livre sur les Gardes Rouges, met l’accent sur la participation et la forte
influence des anarchistes dans les Gardes Rouges lors de la phase initiale de la Révolution.
Les relations entre les anarchistes et les bolcheviks avaient commencé à se détériorer après la révolution
d’Octobre et des délégués anarchistes au 2e congrès des soviets, en décembre 1917, accusèrent Lénine et
son parti de militarisme rouge, arguant que les commissaires ne se maintenaient au pouvoir qu’à la pointe
des baïonnettes. En conséquence, à Moscou, Petrograd et dans les autres principaux centres, ils/elles
firent une tentative concertée pour mettre sur pied des unités de combat libres qu’ils/elles ont appelées les
Gardes Noires.

En 1917 des détachements de Gardes Noires furent fondés en Ukraine, y compris par Makhno. Nikolai
Zhelnesnyakov, qui avait dû fuir Petrograd après que les bolcheviks eurent essayé de l’arrêter, fonda un
grand groupe de la Garde Noire en Ukraine. D’autres détachements de Gardes noires opérant en Ukraine
ont été conduits par Mokrousov, Garin avec son train blindé, Anatolii Zhelesnyakov, le jeune frère de
Nikolai, et le détachement mené par Seidel et Zhelyabov qui a défendu Odessa et Nikolaev. Un autre
détachement de la Garde Noire a été mené par Mikhail Chernyak, plus tard actif dans le contreespionnage
makhnoviste. À Vyborg, près de Petrograd, des ouvriers anarchistes de l’usine Renault russe
fondèrent une Garde Noire mais elle a vite été absorbée par une Garde Rouge qui avait été créée à l’usine
en même temps.

Burevestnik, le journal de la Fédération des anarchistes de Petrograd, a averti que « ces messieurs se
trompent s’ils pensent que la vraie révolution est terminée… Non, une révolution réelle, la révolution
sociale, libérant les ouvrierEs de tous les pays, commence seulement. »

En avril 1918 il y avait déjà 50 unités de la Garde Noire à Moscou, formées par la Fédération des groupes
anarchistes de Moscou (FGAM). Peters, le vice-président de la Tchéka, s’est particulièrement inquiété de
leur croissance. « Je me souviens qu’après mon arrivée à la Tchéka de Moscou, ici, il y avait deux
pouvoirs : d’une part le soviet de Moscou, et d’une autre le quartier général de la Garde Noire à l’ancien
club des Marchands dans Malaya Dmitrovka. Ce quartier général de la Garde Noire se présentait et
opérait comme les autorités, organisant des raids dans les rues, confisquant des armes et des objets
précieux, saisissant des maisons… »

La Fédération de Moscou avait déjà saisi 26 maisons qui avaient été les hôtels particuliers des riches et
les utilisait comme des bases. Certaines de ces maisons étaient stratégiquement bien placées dans la ville.
Elles étaient équipées de nids de mitrailleuses, comportaient des dortoirs, des bibliothèques, des salles de
lecture, un stock d’armes et des réserves de nourriture.

Comme le note Maximov : « Grâce à son pouvoir et à son influence, la Fédération a réussi à confisquer
les locaux du Kupechesky Club (le club des Marchands) situé à Malaya Dmitrovka, une immense et magnifique maison, luxueusement décorée et pourvue d’une bibliothèque et d’un théâtre. Les locaux
saisis furent rebaptisés Dom Anarchia (la maison anarchiste), s’avérant parfaitement adaptés pour les
activités anarchistes les plus diverses et les plus variées. » À cette époque, la Fédération passa un accord
avec l’un des plus grands ateliers d’imprimerie de Moscou, ce qui lui permit de commencer à sortir un
quotidien au lieu de l’ancien journal hebdomadaire.

En mars 1918, la Fédération était devenue une organisation importante par ses effectifs. Outre le travail
effectué à l’extérieur de Dom Anarchia, une importante activité se déroulait dans le quartier général
nouvellement établi. Des cours fréquents et bien suivis et des grands rassemblements ont eu lieu dans le
hall du théâtre de Dom Anarchia. Une bibliothèque et une salle de lecture ont été aménagées sur place,
des cercles prolétariens d’impression d’art, de poésie et de théâtre ont été organisés et de nombreuses
autres activités de la même sorte ont été lancées.

Prenant exemple sur la formation d’une armée de Gardes Rouges, la Fédération entreprit l’organisation de
sa propre force militaire, qu’elle nomma la Garde Noire. Une autre maison fut saisie et transformée en
caserne pour les contingents de la Garde Noire nouvellement formés. Kaydanov, une figure active dans le
mouvement anarchiste et un camarade de longue date, fut chargé de l’organisation et de la direction de
cette formation militaire. Celle-ci devint très vite la cause officielle de l’hostilité des bolcheviques qui
aboutit à la diffusion de viles calomnies, de fausses accusations d’intentions subversives formulées envers
les anarchistes, et pour finir à la destruction des organisations anarchistes.

Les activités de la FGAM s’étaient intensifiées après que le Conseil des ministres eut emménagé à
Moscou. Dans les rangs de la FGAM travaillaient les frères Gordin, Alexander Karelin, Vladimir
Barmash, M. Krupenin, Piotr Arshinov et Kazimir Kovalevich. Le secrétaire général de la FGAM était un
des théoriciens du mouvement, Lev Chorny. Immédiatement après le coup d’État d’Octobre, la FGAM
publia son journal Anarkhiia tous les jours, encourageant les masses à étendre et développer la révolution.
En avril 1918, à Moscou, il y avait déjà plus de 50 groupes et détachements de la Garde Noire, comptant
environ 2 000 militantEs, les plus célèbres étant : Ouragan, Avant-garde, Autonomie, Socialistes
Immédiats, Tornade, Lave, Tempête, Lutteurs, Pétrel, Anarcho-syndicalistes, Fraternité, Parti des
étudiants et le détachement anarchiste letton Lesma (Flamme). Par un rapport du KGB nous savons qu’un
détachement anarchiste de Samara était aussi arrivé dans la ville. Tous les groupes et toutes les unités
organisationnelles de la Garde Noire étaient rassemblés autour du Conseil de la FGAM et du quartier
général de la Garde Noire, situés dans la Maison de l’anarchie dans Malaya Dmitrovka. Il y avait un
secrétariat de la Fédération, le département de la propagande et le conseil de rédaction d’Anarkhiia.
Selon la Tchéka, les anarchistes préparaient une insurrection prévue pour le 18 avril et il a été décidé de
lancer une attaque préventive pour désarmer les troupes de la Garde noire. L’allégation d’une insurrection
ainsi planifiée fut toujours niée avec énergie par les anarchistes. Une assemblée générale de la FGAM fut
programmée pour le 14 mais on en resta là.

En conséquence, dans la nuit du 11 au 12 avril, la Tchéka a convoqué une réunion de crise, a établi un
quartier général dirigé par Dzerzhinsky et a commencé les opérations de désarmement des détachements
anarchistes. Dzerzhinsky remarque : « Nous avions certaines informations indiquant que les dirigeants
voulaient prendre des éléments criminels rassemblés autour d’un groupe de la Fédération, pour agir
contre le pouvoir soviétique. » (Izvestia n° 75, 16 avril 1918.) Déjà le 8 avril le commandant du Kremlin
P. Malkov et le commandant des mercenaires lettons E. Berzins avaient conduit une reconnaissance pour
déterminer les forces de la FGAM. Un plan avait été approuvé pour éliminer la “contre-révolution
anarchiste”. L’opération a impliqué des unités militaires de la Tchéka (le 1er détachement de mitrailleurs),
et le 4e régiment letton de fusiliers, ainsi qu’une partie de la garnison de Moscou. Les opérations ont
commencé à minuit avec l’encerclement des maisons anarchistes par ces troupes.

Beaucoup d’unités anarchistes manquaient d’expérience du combat et d’endurance mais les bolcheviks
ont rencontré une résistance armée féroce en certains endroits, par exemple dans Malaya Dmitrovka à la
Maison de l’anarchie. La Garde Noire a occupé les maisons environnantes et a mis une pièce d’artillerie
légère sur le toit. Les tchékistes ont pris d’assaut le bâtiment, soutenus par un feu d’artillerie qui a détruit
la pièce d’artillerie légère et le rez-de-chaussée de la construction. Cependant les tchékistes n’ont pu
prendre la place qu’après avoir reçu le renfort des fusiliers lettons. Le dernier bastion de la Garde Noire
était l’hôtel particulier Zeitlin, qui fut enlevé à midi. Les combats entre les forces de la Tchéka et les
anarchistes cessèrent globalement vers 14 h.

Suite à cette opération, les bolcheviks ont tué 40 anarchistes, certainEs fusilléEs sur place, tandis que 10 à
12 tchékistes et soldats sont morts dans les combats. L’anarchiste vétéran Mikhail Khodounov a été
assassiné par la Tchéka et son corps déposé dans la rue.

Rapportant ces événements, Voline a écrit dans son livre La Révolution inconnue : « Pendant la nuit du
12 avril, sous un absurde prétexte fallacieux, [les quartiers de] toutes les organisations anarchistes à
Moscou – et principalement ceux de la Fédération des Groupes Anarchistes de cette ville – ont été
attaqués et mis à sac par les troupes et les forces de police. Pendant plusieurs heures la capitale a pris
l’apparence d’une ville en état de siège. Même l’artillerie a participé à l’action. »

Cette opération a servi de signal pour la destruction des organisations libertaires dans presque toutes les
villes importantes de la Russie. Et comme toujours les autorités provinciales ont surpassé en ardeur celles
de la capitale.

Léon Trotski, qui pendant deux semaines avait préparé l’attaque et qui avait effectué en personne, parmi
les régiments, une propagande déchaînée contre les “anarcho-bandits”, eut la satisfaction de pouvoir faire
sa célèbre déclaration : « Enfin le gouvernement soviétique, avec un balai de fer, a débarrassé la Russie
de l’anarchisme » (p. 308, édition 1974). En effet Trotski s’était adressé aux unités de l’Armée Rouge
dans des discours anti-anarchistes, les excitant jusqu’à la frénésie.

Après la défaite de la Garde Noire à Moscou, 500 anarchistes ont été arrêtéEs (certainEs ont été libéréEs
peu après). Le détachement anarchiste de Samara, qui avait pris un rôle actif dans la défense des clubs
anarchistes, a été expulsé de la ville.

Dzerzhinsky, le chef de la Tchéka, commentant les événements, a dit dans Izvestia n° 75, daté du 15 avril
1918 : « Nous n’avons, dans aucun cas, imaginé ni n’avons voulu combattre les anarchistes idéologiques.
Maintenant nous libérons tous les anarchistes idéologiques arrêtés la nuit du 12 avril et si, peut-être,
certainEs d’entre eux/elles seront traînéEs devant la justice, c’est seulement en raison des exactions
commises par des éléments criminels qui ont infiltré les organisations anarchistes. Il y a très peu
d’anarchistes idéologiques parmi ceux qui sont retenuEs par nous. »

Les événements à Moscou ont marqué le début de la répression dans les provinces. Des attaques
semblables ont été effectuées à Petrograd, Vologda, Smolensk, Briansk, etc. Au petit matin du 12 avril, à
Gorodets dans la province de Nizhniy Novgorod, des anarchistes, menéEs par le président du soviet de la
ville, Morev, ont résisté à des attaques bolcheviques. À Koursk, des anarchistes se sont mutinés et ont
tenu la ville entre le 10 et le 29 avril 1918. Le 9 mai le Commissariat des affaires internes a envoyé une
directive à tous les soviets de province : « L’expérience de Moscou, Petrograd et d’autres villes a montré
que sous le drapeau des anarchistes sont cachés des voyous, des voleurs et des contre-révolutionnaires, se
préparant secrètement à renverser le pouvoir soviétique... Toutes les gardes et organisations anarchistes
doivent être désarmées. Personne ne peut détenir une arme sauf avec la permission de soviets locaux. »
(Izvestia n° 91, le 10 mai 1918). Cependant, le 17 mai, des anarchistes alliéEs avec des maximalistes sont
entréEs en révolte à Samara.

La Garde noire a été vaincue et a été en conséquence présentée comme un ramassis de criminelLEs. Une
distinction a été faite, comme nous l’avons vu, entre les anarchistes “idéologiques” et les “anarchobandits”.
Comme Trotski devait le dire : « Ils étaient simplement des maraudeurs et des cambrioleurs qui
ont mis l’anarchisme en péril. L’anarchisme est une idée, bien qu’une idée fausse, mais le vandalisme est
le vandalisme et nous avons dit aux anarchistes : vous devez tirer une ligne nette entre vous et les
voleurs… Le régime soviétique a pris le pouvoir, non pas pour piller comme les brigands de grand
chemin ou les cambrioleurs, mais pour introduire une discipline de travail collectif et une honnête vie de
labeur. » Ainsi un message clair a été envoyé prévenant que les anarchistes seraient traitéEs comme des
criminelLEs de droit commun. Trotski continua à mettre les anarchistes en garde : « Si vous voulez vivre
en bonne intelligence avec nous sur la base des principes d’une discipline commune de travail, vous
devez vous soumettre à celle des classes laborieuses, mais si vous voulez barrer notre chemin, ne nous
blâmez pas si le gouvernement du travail, le pouvoir soviétique, vous traite sans prendre de gants. » En
d’autres termes : soumettez-vous ou préparez-vous à la répression.

La description par Trotski de l’anarchisme criminel est un peu en décalage avec la réalité. Les formalités
d’admission à la Garde noire étaient très rigoureuses et l’entrée n’était obtenue qu’après délibération de
divers organismes. Comme Anarkhiia (numéro 15, 10 mars 1918) a écrit : « La réception des militantEs
dans les Gardes Noires est faite avec la recommandation de soit : 1) des groupes locaux, 2) trois membres
de la Fédération et 3) les comités d’usine et d’atelier, 4) les soviets de quartier, quotidiennement, de 10 h 00 à 14 h 00 dans les locaux de la Maison de l’anarchie. » Et dans le numéro 22 il a été exposé que
« les camarades qui veulent s’inscrire dans les bataillons noirs devraient se préoccuper d’obtenir des
appuis. S’ils n’ont pas de recommandations ils ne peuvent pas être inclus dans les listes d’équipes de
combattants. Le Quartier général. »

Il a été établi clairement que la Garde Noire n’effectuerait pas d’opérations de maintien de l’ordre comme
les Gardes Rouges (des raids, des arrestations, etc.) dont c’était la prérogative. En ce qui concernait la
réquisition de maisons, ce devait être le travail d’une commission spéciale composée de déléguéEs de
groupes locaux. Le secrétariat de la FGAM a demandé au quartier général des Gardes Noires de fournir
une liste de tous/tes ses membres pour le 4 avril.

D’un autre côté, la Tchéka et les unités de l’Armée Rouge ont pu procéder à des arrestations sans être
contrôlées par les soviets, tuant arbitrairement des gens dans leurs caves après que la peine de mort eut
été supprimée par le gouvernement soviétique. L’action contre les anarchistes n’a pas été effectuée par
des Gardes Rouges ou des unités de l’Armée Rouge, qui auraient refusé de participer à ces attaques, mais
par des unités spécialisées contrôlées par les bolcheviks. Il faut aussi noter que, quand les unités de la
Garde Rouge ont été formées à la hâte, en 1917, elles ont inclus des criminels aussi bien que des
prisonniers de guerre allemands. Le pillage a été effectué à Moscou au printemps 1918 par des unités de
Gardes Rouges et avec un mandat des tchékistes. Si les unités de Gardes Noires n’étaient pas
irréprochables, elles n’étaient pas les seules.

P.S. :

Sources :

Skirda, A., Les Anarchistes russes, les soviets et la Révolution de 1917, éd. de Paris-Max Chaleil, Paris,
2000.

Voline, La Révolution inconnue, Belfond, Paris, 1969.

Wade, Rex A., Red Guards and Workers’ Militias in the Russian Revolution, Stanford Univ. Pr., Stanford, 1984.

Maximov, G., The True Reasons for the Anarchist Raids (Moscow 1918)

Dubovik, A., The Defeat of the Moscow anarchists

[The murder of Mikhail Sergeyevich Khodounov->http://www.katesharpleylibrary.net/8kpsdr


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