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STEVENS, Annick. "Détermination contre terreur au Mexique"
Article mis en ligne le 17 décembre 2012
dernière modification le 27 avril 2015

par r-c.
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Réfractions No. 19 (Automne 2007)

Cela fait plus d’un an maintenant que le peuple de l’État d’Oaxaca s’est soulevé contre son gouvernement corrompu et autocratique, contre la sujétion, la misère, le clientélisme imposés par le « Parti Révolutionnaire Institutionnel » (PRI). Plusieurs mois déjà que l’occupation de la capitale, Oaxaca, a pris fin sous les assauts de la mal nommée « Police Fédérale Préventive ». Et pourtant, pas plus maintenant que durant la phase la plus violente du conflit, on n’assiste à un recul de la combativité des rebelles ; aucune des stratégies mises en place par la terreur d’État n’a réussi à écraser cette lutte,même si en apparence les pouvoirs habituels se sont réinstallés. Si l’on veut comprendre l’extraordinaire résistance des peuples d’Oaxaca, que n’ont fait reculer ni les meurtres, ni les arrestations en masse, ni la violence aveugle exercée contre tous les habitants, quelle que soit leur implication dans le mouvement, il faut replacer cette rébellion dans la longue histoire de l’oppression des peuples américains depuis la colonisation. Sans remonter aux premiers siècles d’extermination et d’esclavage, on peut affirmer que la situation actuelle reflète encore, sous le masque des réformes démocratiques, celle qu’a instaurée la dictature de Porfirio Diaz, dans laquelle quelques familles se partagent l’ensemble des terres cultivables et la totalité de l’industrie, tandis que les indigènes et les métis pauvres y travaillent dans des conditions peu éloignées du servage. À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, les mouvements révolutionnaires sont à la fois ouvriers et paysans, réclamant la réforme agraire et la fin de l’exploitation capitaliste industrielle. Les moyens de lutte sont ceux des mouvements ouvriers dans le monde entier : grèves, manifestations, sabotages ; la propagande correspond au discours révolutionnaire international, de tendance marxiste ou anarchiste ; la répression étatique est tout aussi classique, sauf que, quand il s’agit de révoltes d’indigènes, elle prend une nette coloration raciste et recourt plus massivement aux massacres et aux déportations de tribus entières1. Les années de révolution (1911-1919) se caractérisent par les victoires du peuple armé sous la direction de Zapata et de Villa, et par la trahison du peuple par les politiciens opportunistes qui prétendaient le soutenir. La Constitution de 1917 apporte certes des avancées très importantes, notamment en ce qui concerne la propriété de la terre, mais dans les régions des grandes exploitations agricoles elle reste inappliquée, détournée par la corruption et par la collusion de la classe politique avec la classe possédante. Aujourd’hui, la part de la population qui profite du système s’est élargie et comprend toute une classe moyenne qui espère maintenir son relatif bien-être économique en se rangeant aux côtés des partis de droite. Le monde ouvrier ne bouge pas, d’une part parce que les syndicats sont presque totalement inféodés aux partis, d’autre part parce que le peu d’emplois salariés disponibles fait accepter n’importe quelles conditions de travail. L’économie informelle est le seul moyen de subsistance d’une partie importante de la population, qui se trouve de ce fait atomisée, incapable de s’unir dans une lutte ou dans un projet commun. Dans ces conditions, la seule population un tant soit peu nombreuse qui possède une conscience collective est la population indigène vivant encore en communautés, refoulée le plus souvent dans des régions très reculées et très ingrates. Le soulèvement zapatiste de 1994 a révélé au monde entier le potentiel révolutionnaire de cette population, dont le discours et le projet n’ont plus grand chose à voir avec les mouvements prolétaires du début du siècle, si ce n’est l’identification de l’ennemi, à savoir l’oligarchie politique et économique, et, plus généralement, le système d’exploitation capitaliste. Cet ennemi est perçu comme extérieur à la société indigène et identifié au colonisateur venant envahir un territoire et piller ses ressources ; le modèle de société qui lui est opposé est celui de la communauté traditionnelle, dont l’organisation politique et économique est exactement l’inverse de celui-là : propriété commune et travail en commun ; service gratuit à la communauté ; relations d’entraide très développées ; égalité de statuts ; absence de pouvoir institué et décisions par assemblées. Que ce modèle corresponde dans les grandes lignes à un modèle anarchiste est une coïncidence, qu’a bien exploitée Flores Magón pour unifier les luttes indigène et ouvrière


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