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Chapitre II : Que la raison collective traditionnelle est une fiction
Article mis en ligne le 12 mars 2013

par r-c.
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Chapitre précédent :

Chapitre I : L’anarchie, c’est l’ordre

Posée en ces termes, la question se trouve avoir, par-dessus
le socialisme et l’inextricable chaos que lui ont fait les chefs d’école,
le mérite de la clarté et de la précision. Je suis
anarchiste, c’est-à-dire homme de libre examen, huguenot politique
et social, je nie tout, je n’affirme que moi ; car la seule vérité
qui me soit démontrée matériellement et moralement,
par des preuves sensibles, appréhensibles et intelligibles, la seule
vérité vraie, frappante, non arbitraire et non sujette à
interprétation, c’est moi. Je suis : voilà un fait positif
 ; tout le reste est abstrait et tombe dans l’X mathématique, dans
l’inconnu : Je n’ai pas à m’en occuper.

La société a toute sa raison d’être dans une vaste
combinaison d’intérêts matériels et privés ;
l’intérêt collectif ou d’État, en considération
duquel le dogme, la philosophie et la politique réunis ont jusqu’à
ce jour réclamé l’abnégation intégrale ou partielle
des individus et de leur avoir, est une fiction pure, dont l’invention
théocratique a servi de base à la fortune de tous les clergés,
depuis Aaron jusqu’à M. Bonaparte. Cet intérêt n’existe
pas en tant que législativement appréhensible.

Il n’a jamais été vrai, il ne sera jamais vrai, il ne
peut pas être Vrai qu’il y ait sur la terre un intérêt
supérieur au mien, un intérêt auquel je doive le sacrifice,
même partiel, de mon intérêt, il n’y a sur la terre
que des hommes, je suis homme, mon intérêt est égal
à celui de qui que ce soit ; je ne puis devoir que ce qui m’est
dû ; on ne peut me rendre qu’en proportion de ce que je donne, mais
je ne dois rien à qui ne me donne rien ; donc, je ne dois rien à
la raison collective, soit le gouvernement, car le gouvernement ne me donne
rien, et il peut d’autant moins me donner qu’il n’a que ce qu’il me prend.
En tout cas, le meilleur juge que je connaisse de l’opportunité
des avances que je dois faire et de la probabilité de leur rentrée,
c’est moi ; je n’ai, à cet égard, ni conseil, ni leçon,
ni surtout d’ordre à recevoir de personne.

Ce raisonnement, il est non seulement du droit, mais il est encore du
devoir de chacun de se l’appliquer ou de le tenir. Voilà le fondement
vrai, intuitif, incontestable et indestructible du seul intérêt
humain dont il faille tenir compte : de l’intérêt privé,
de la prérogative individuelle.

Est-ce à dire que je veuille nier absolument l’intérêt
collectif ? Non, certes. Seulement, n’aimant pas à parler en vain,
je n’en parle pas. Après avoir posé les bases de l’intérêt
privé, j’agis à l’égard de l’intérêt
collectif comme je dois agir vis-à-vis de la société
quand j’y ai introduit l’individu. La société est la conséquence
inévitable et forcée de l’agrégation des individus
 ; l’intérêt collectif est, au même titre, une déduction
providentielle et fatale de l’agrégation des intérêts
privés. L’intérêt collectif ne peut être complet
qu’autant que l’intérêt privé reste entier car, comme
on ne peut entendre par intérêt collectif que l’intérêt
de tous, il suffit que, dans la société, l’intérêt
d’un seul individu soit lésé pour qu’aussitôt l’intérêt
collectif ne soit plus l’intérêt de tous et ait, par conséquent,
cessé d’exister.

Il est si vrai que l’intérêt collectif est une déduction,
naturelle de l’intérêt privé dans l’ordre fatal des
choses, que la communauté ne me prendra mon champ pour y tracer
une route ou ne demandera la conservation de ma forêt pour assainir
l’air qu’en m’indemnisant de la façon la plus large. C’est ici mon
intérêt qui gouverne, c’est le droit individuel qui pèse
sur le droit collectif ; j’ai le même intérêt que la
communauté à avoir une route et à respirer l’air sain,
toutefois j’abattrais ma forêt et je garderais mon champ si la communauté
ne m’indemnisait pas, mais comme son intérêt est de m’indemniser,
le mien est de céder, Tel est l’intérêt collectif qui
ressort de la nature des choses.

Il en est un autre accidentel et anormal : la guerre, celui-là
échappe à la loi, il fait la loi et il la fait toujours bien
 ; il n’y a pas plus à s’en occuper que de celui qui est permanent.
Mais quand vous appelez intérêt collectif celui en vertu duquel
vous fermez mon établissement, vous m’interdisez l’exercice de telle
industrie, vous confisquez mon journal ou mon livre, vous violez ma liberté,
vous me défendez d’être avocat ou médecin par la vertu
de mes études privées et de ma clientèle, vous m’intimez
l’ordre de ne pas vendre ceci, de pas acheter cela ; lorsque enfin vous
appelez intérêt collectif celui que vous invoquez pour m’empêcher
de gagner ma vie au grand jour, de la manière qui me plaît
le mieux et sous le contrôle de tout le monde, je déclare
que je ne vous comprends pas, ou, mieux, que je vous comprends trop.

Pour sauvegarder l’intérêt collectif, on condamne un homme
qui a guéri son semblable illégalement ; - c’est un
mal que de faire le bien illégalement ; - sous le prétexte
qu’il n’a pas reçu ses grades, on empêche un homme de défendre
la cause d’un citoyen (souverain) qui l’a investi de sa confiance on arrête
un écrivain ; on ruine un imprimeur : on incarcère un colporteur
 ; on traduit en cour d’assises un homme qui a poussé un cri, ou
qui s’est coiffé d’une certaine façon. Qu’est-ce que je gagne
à toutes ces infortunes ?

Qu’y gagnez-vous ? Je cours des Pyrénées à la Manche
et de l’Océan aux Alpes, et je demande à chacun des trente-six
millions de Français quel profit ils ont retiré de ces cruautés
stupides exercées en leur nom sur des malheureux dont les familles
gémissent, dont les créanciers s’inquiètent, dont
les affaires périssent et qui se suicideront peut-être de
désespoir ou deviendront criminels de rage quand ils auront échappé
aux rigueurs qu’on leur fait subir. Et, à cette question, nul ne
sait ce que j’ai voulu dire, chacun décline sa responsabilité
dans - ce qui s’est fait ; le malheur des victimes n’a rien rapporté
à personne : des larmes ont été versées, des
intérêts ont été lésés en pure
perte. Eh c’est cette monstruosité sauvage que vous appelez l’intérêt
collectif. J’affirme, pour ma part, que si cet intérêt collectif
n’était pas une honteuse erreur, je l’appellerais le plus vil des
maraudages.

Mais laissons là cette furieuse et sanglante fiction, et disons
que la seule manière de parfaire l’intérêt collectif
consistant à sauvegarder les intérêts privés,
il reste démontré et surabondamment prouvé que la
chose la plus importante, en matière de sociabilité et d’économie,
c’est de dégager, avant tout, l’intérêt privé.

J’ai donc raison de dire que la seule vérité sociale,
c’est la vérité naturelle, c’est l’individu, c’est moi.

Suite

Chapitre III : Que le dogme individualiste est le seul
dogme fraternel

Chapitre IV : Que le contrat social est une monstruosité

Chapitre V : De l’attitude des partis et de leurs journaux

Chapitre VI : Le pouvoir. C’est l’ennemi

Chapitre VII : Que le peuple ne fait que perdre son temps et prolonger ses souffrances en épousant les querelles des gouvernements et des partis

Chapitre VIII : Que le peuple n’a rien à attendre d’aucun parti

Chapitre IX : De l’électorat politique ou suffrage universel

Chapitre X : Que l’électorat n’est et ne peut être actuellement qu’une duperie et une spoliation

Chapitre XI : Le droit d’aînesse et les lentilles du peuple français

Chapitre XII : Que ce qui fait naître n’est pas ce qui fait vivre les gouvernements

Chapitre XIII : Que démasquer la politique c’est la tuer

Conclusion


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