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L’anarchie cosmique
Article mis en ligne le 3 avril 2004
dernière modification le 2 juillet 2017

par r-c.
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"L’anarchie, c’est le chaos"

Les hommes et femmes qui ont réfléchi sur l’anarchisme se sont inévitablement interrogés sur la nature de l’univers. Était-il organisé selon un ordre harmonieux ? Existait-il une hiérarchie, c’est-à-dire des éléments dominants et d’autres qui leur étaient subordonnés ? Ou bien tous les rapports étaient-ils d’affrontement perpétuel, d’antagonisme et de combat ?

Kropotkine, par exemple, a tenté de réfuter ceux qui prétendaient que la vie c’était le "chacun pour soi" et la victoire du plus fort. Il a cherché a démontré que l’évolution des espèces s’est faite tout autant par la coopération que par la soi-disant "lutte pour la vie". Les exemples qu’il a donnés à son époque ne sont plus acceptés aujourd’hui, mais son intuition était juste. Élisée Reclus, autre géographe, a souligné les liens qui existaient entre l’humanité et la nature. Cette harmonie a inspiré des peintres anarchistes comme Pissaro.

Des écrits du 19e siècle ont souvent conçu un "ordre naturel", par rapport auquel les systèmes culturels étaient "artificiels" ; c’est le cas des américains Josiah Warren et Albert Parsons. En revanche, Proudhon et d’autres ont plutôt mis l’accent sur les contradictions et conflits sociaux qu’ils considéraient comme incontournables ; l’anarchisme ne pouvait que les gérer.

Ill. Diane Bianca Bonfils

Les religions de la Bible ont construit le mythe du chaos initial, succédé par l’ordre créé par Dieu. Sociétés et individu imitent ce récit fondateur et passent leur existence à formater l’univers et même leur vie, qu’il s’agisse du "nouvel ordre mondial" ou de "l’ordre moral".

Une certaine sagesse des peuples d’Asie, par exemple le mythe du chaos, adopte un point de vue différent. Elle fait entrer le chaos dans l’idée de développement. Celui-ci représente une étape de la croissance, où il se mêle intimement à l’ordre.

Aujourd’hui, les théories du chaos suggèrent que l’on peut repenser l’anarchie comme forme du chaos. L’évolution chaotique du monde vers une complexité croissante entraîne d’imprévisibles enchaînements. Qui aurait pu anticiper qu’un jour des poissons s’aventureraient à vivre sur terre ?

On peut affirmer, comme Élisée Reclus, que l’anarchie c’est l’ordre ; mais aussi que c’est le chaos créatif. Il y a un anarchisme cosmologique, que l’on peut retrouver dans le mouvement du vivant.

Comme l’a suggéré Roger Dadoun, le premier acte de l’individu est un acte anarchiste, puisqu’il s’agit de la naissance, mouvement vers une plus grande autonomie. Tout être vivant tend à la fois à s’autonomiser et à vivre en symbiose avec son environnement.

Cet anarchisme cosmologique, qui n’a peut-être rien à voir avec l’exercice de la liberté, se retrouve dans la vie sociale.

L’anarchisme se retrouve dans la vie sociale

Les déterminismes de l’histoire, sur lesquels on a glosé pendant des siècles, apparaissent aujourd’hui comme des reconstructions après coup. Il y a trop de déterminismes, qui se contredisent les uns les autres, pour que nous ne puissions jouer les uns contre les autres.

Il n’est donc pas étonnant qu’on puisse parler de moments d’anarchie dans les processus de l’univers et, par conséquent, des sociétés.

Et d’un anarchisme existentiel dans l’histoire humaine. Chaque instant de la vie, prévu ou non, inattendu ou même catastrophique, ouvre de nouvelles possibilités. Et la liberté, qui est toujours en devenir, est une résultante des puissances constitutives du monde. C’est ainsi que Élisée Reclus définit les humains : "L’homme est la nature prenant conscience d’elle-même." Il s’agit ainsi, à chaque moment, d’agencer toutes les forces qui permettent à la fois l’émancipation individuelle et collective, toujours inséparables l’une de l’autre.


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