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Connaissance

Ill. : Diane BIANCA-BONFILS

Discussion dans un café :

– Il faut être idiot pour être sûr de quelque chose

– Tu en es sûr ?

- Absolument !

Que valent les affirmations générales ?

Nous utilisons tous les jours des affirmations générales. On part d’un fait et on décide qu’il est universel. Par exemple : cet arbre est un végétal. Cette forme de raisonnement s’appelle l’induction. Malheureusement, faire une affirmation générale c’est prendre le risque de se tromper. Dans une forêt pétrifiée, les arbres sont des fossiles ayant gardé la structure du bois mais dont la matière organique a disparu car elle a été remplacée par des minéraux.

Est-ce que je puis dire : "il a la blancheur du cygne" ?

Je ne serai pas compris par un aborigène australien, car en Australie où il y a des cygnes noirs. Et avant la découverte de ce continent, les Européens pouvaient affirmer sereinement : « Tous les cygnes sont blancs ». Ils n’en avaient jamais vu d’autres…

Il y a des domaines où certains anarchistes rejettent toute généralisation. En effet, on ne peut pas dire "les Arabes" ou "la France". Chaque personne est particulière : les caractéristiques communes à un groupe sont le plus souvent erronées. Toutes les blondes n’ont pas les yeux bleus et tous les arabes ne sont pas musulmans. Parler de "la France" c’est soulever la question de la représentation. De quelle France s’agit-il ? Celle des politiciens ? Celle des footballers ? celle des sans abri ? C’est pour cela que beaucoup de réflexions anarchistes se placent au cas par cas, évitent de généraliser et entraînent des actions particulières.

La connaissance est une manière de voir le monde

Il y a des degrés dans la connaissance des êtres et des événements. Une mère comprend ce que veut son bébé alors que celui-ci ne ne le sait pas encore.

Mais suffit-il d’être au courant ? il faut savoir ce qui est vrai dans tout ce qu’on nous raconte à la maison, au travail, à la télé ou dans notre téléphone.

Il y donc aussi des degrés de certitude. Ce qui est évident, « ce qui crève les yeux » peut justement être une illusion. La certitude dépend donc de la réflexion, et donc des méthodes qu’on utilise pour raisonner.

La connaissance demande donc la réflexion, qui consiste à comprendre le sens et la portée de nos affirmations, c’est-à-dire, en fait, de ce que nous savons. Or, ce que nous savons, dépend de notre manière de regarder le monde. Le géographe Yves Lacoste observe :

« […] la description des courses de haute montagne se fait très souvent en des termes somme toute guerriers : approches, tentatives, risques, dangers mortels, assaut, conquête, victoire […]. Ne serait-ce pas parce qu’ils sont implicitement ou explicitement envisagés en fonction d’attitudes conquérantes, guerrières, qui correspondent à ce sport très particulier ? [1] »

Le sport devient alors un épisode guerrier. J’entends encore les gens crier, en regardant un match : « Tue-le ! »

On aurait pu raconter la course d’une toute autre manière, bien sûr. Par exemple en décrivant un lever de soleil, la beauté de la montagne, la camaraderie entre les coureurs, les échanges humoristiques dans la foule. Cela aurait provoqué de tous autres sentiments chez les auditeurs ou spectateurs de la course. Autrement dit, ils auraient été affectés tout autrement. Au lieu de crier « Tue-le ! » ils se seraient peut-être écriés : « O quel magnifique lever de soleil sur ces nuages ! Je m’en souviendrai toute ma vie ! »

Voir aussi : épistémologie - relatif - représentation


[1Yves Lacoste, « A quoi sert le paysage, qu’est-ce qu’un beau paysage ? », in La Théorie du paysage en France (1974-1994), Alain Roger dir., p. 42-73, cité par J. Cornuault, Les cahiers Élisée Reclus, janvier 1998) n° 2.